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Trois séries tragi-comiques par et pour les femmes

Il y a trois ans le monde découvrait le mouvement MeToo. Cette revendication sociale majeure, initiée par les actrices d’ Hollywood a vite déferlé sur le monde entier, libérant la parole des femmes. Trois séries reflètent particulièrement bien ce mouvement et son impact sur les productions audiovisuelles : Fleabag, Mrs Maisel, et l’incontournable Orange Is The New Black. Intéressons-nous à ces tragi-comédies toutes signées par des femmes … [ATTENTION SPOILERS]

Fleabag, une femme en série

Phoebe Waller-Bridge, le couteau suisse … anglais !

Diffusée entre 2016 et 2019 sur la chaîne BBC Three, Fleabag est l’adaptation d’une pièce de théâtre. On pourrait penser que la créatrice de la série, l’irrévérencieuse Phoebe Waller-Bridge, ne fait que prendre le meilleur d’une œuvre déjà existante. Quel mérite à cela ? Mais ce serait sans compter sur le fait que la pièce a été écrite par la jeune britannique elle-même en 2013 : elle avait d’ailleurs remporté le Fringe First Award pour cette première version de Fleabag. Trois ans plus tard, Waller-Bridge offre à son personnage de londonienne désenchantée une gloire mondiale : la pièce est adaptée en série et connait d’emblée un succès extraordinaire. Artiste complète et jusqu’au-boutiste, la nouvelle reine de l’humour à l’anglaise endosse elle-même le rôle principal, révélant au monde le génie de son interprétation, toute en nuances…

« Quand tu fais rire les gens, tu les rends vulnérables par rapport à ta personne. C’est là que tu les poignardes. »

Phoebe Waller Bridge
Séries tragi-comiques femmes

Qui est Fleabag ?

La frontière entre l’interprète et le personnage qu’il ou elle incarne peut être mince, et dans le cas de Phoebe et Fleabag quasi-imperceptible. Pourtant, Fleabag n’est pas qu’un simple résultat de pari lancé à Waller-Bridge lors de ses années de stand-up. Elle est devenue avec la série un personnage emblématique dans lequel se retrouvent bien des femmes.

Premièrement, Fleabag n’a pas de prénom : elle n’est désignée que par ce surnom peu flatteur signifiant littéralement “sac-à-puces”. Une identité trouble compensée par une forte personnalité et un caractère bien trempé. Car la demoiselle, oscillant sans cesse entre amusement et amertume, fait preuve d‘une répartie cinglante et pose sur le monde un regard empreint de cynisme.

Par ailleurs, Fleabag véhicule par son attitude un message très déculpabilisant : quand son père lui demande maladroitement “si elle va bien, si elle a assez de vêtements” elle lui répond avec un matérialisme so girly qu’on on ne peut “jamais avoir assez de vêtements.” Lors d’une conférence sur la condition des femmes, elle et sa sœur se font remarquer en admettant qu’elles n’hésiteraient pas à troquer 10 années de leur vie pour avoir le “corps parfait”. Un discours de bad feminist qui révèle en fait toute l’humanité du personnage.

Subtilement trash

Entre le café en faillite qu’elle tient seule depuis que son amie Boo s’est suicidée par erreur, la belle-mère artiste-peintre passive-agressive, sa sœur sexuellement frustrée et son beau-frère alcoolique, Fleabag garde la tête hors de l’eau… à sa façon.

Il faut dire que la jeune femme aux allures de “Madame Tout le monde” mène une sexualité très débridée et ne s’en excuse pas : un aspect très cathartique pour les spectatrices qui peuvent enfin s’identifier à l’héroïne et partager sa soif de liberté. Notons d’ailleurs que la série a le mérite de montrer la réalité complexe d’une femme “normale”, et non pas un stéréotype d’héroïne écervelée purement définie par son physique.

Séries tragi-comiques femmes

Fleabag crève l’abcès des tabous, surtout quand ils ne devraient pas en être : chorégraphier la douleur des règles dans une rame de métro bondée, faire le point sur la masturbation féminine, le harcèlement sexuel au sein de la famille et poser des questions existentielles …

Pourtant, malgré cette liberté de ton, on ne tombe jamais dans la gratuité : Fleabag réussit l’exploit d’oser dire le vrai, non pas pour choquer mais pour libérer. En cela la série est la digne héritière de l’humour anglais qui, entre insolence et vérité, sait toujours nous montrer avec justesse la nature des êtres et de leurs relations.

Mrs Maisel, “let me stand-up”

Amy Sherman-Palladino, une valeur sûre

Séries tragi-comiques femmes
Photo: Frederick M. Brown/Getty Images.

La productrice, scénariste et réalisatrice américaine n’en est pas à son premier succès. Rappelez-vous : dans les années 2000 elle nous régalait déjà avec la série Gilmore Girls. Aujourd’hui, elle revient avec Mrs Maisel (ou pour être exacte The Marvelous Mrs Maisel) et choisit cette fois-ci de mettre en scène une héroïne improbable : une mère au foyer, juive, séparée, découvrant son talent caché pour le stand-up dans le Manhattan des années 50.

Amy Sherman-Palladino remporte son pari : la série est acclamée par la critique, obtenant entre autres deux Golden Globes en janvier 2018. Quant à Rachel Brosnahan, qui interprète la pétillante Mrs Maisel, elle remporte le prix de la meilleure actrice dans une série comique la même année.

Une réflexion sur la place de la femme

Sous ses faux-airs de bonbons acidulés, la série ne manque pas de substance. En situant son action dans les années 50 elle dénonce subtilement le regard que la société patriarcale posait (et pose encore) sur les femmes, notamment dans le monde du travail et au sein de la famille.

Car Miriam « Midge » Maisel fait le choix très osé pour l’époque d’assumer sa séparation avec Joel Maisel, son adultère de mari. Défiant les traditions et les codes, elle fait de sa situation précaire une ouverture vers plus d’indépendance. D’abord embauchée dans le département maquillage d’un centre commercial, elle se tourne naturellement vers un monde réservé aux hommes à l’époque : le stand-up. Et malgré le succès immédiat qu’elle rencontre lors de ces premières interventions au Gaslight Cafe, la jeune femme se heurte quotidiennement aux remarques machistes de ses confrères.

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Mais la star montante du stand-up continue de surprendre par la relation qu’elle entretient avec Joel. Leur divorce aussitôt prononcé, ils œuvrent tous deux à préserver une relation d’amitié et de respect. C’est finalement à lui que revient la charge de leurs deux enfants, un comble dans ce monde où les femmes ne pouvaient même pas disposer d’un simple compte bancaire.

Sur scène, Midge aborde sans détours les anecdotes de sa vie qui font écho en chacune d’entre nous. Elle questionne audacieusement sa maternité, parle sexe, argent, raconte sa vie de nouvelle employée, déballe ses problèmes de couple. Archétype de la femme moderne, l’infatigable Mrs Maisel trouve peu à peu sa voix, sur scène d’abord, puis dans sa vie quotidienne, repoussant avec élégance et panache les limites qui sont imposées au soit-disant “sexe faible”.

Mrs Cute et Mrs Badass

On comprend vite le penchant quasi-maniaque de Miriam Maisel pour son apparence physique. Surveillant de prêt l’évolution de sa silhouette depuis des années elle annote régulièrement ses mensurations dans un petit cahier. Une habitude dont elle ne se cache pas, bien au contraire : elle vante à qui veut l’entendre qu’après deux grossesses elle rentre toujours sans problème dans sa robe de mariée. Avec sa silhouette healthy entretenue notamment par des cours de gym, Mrs Maisel travaille son allure en véritable esthète : elle offre à la coquetterie ses lettres de noblesse (ou de bourgeoisie en l’occurrence). Et effectivement, les nombreuses toilettes qu’elle déploie au fil des épisodes sont d’un chic absolu. Toujours glamour et sophistiquée, Midge crée finalement un personnage qui accroche les regards et la lumière sur scène pour mieux surprendre par son franc-parler.

Il faut dire qu’on aurait tort de la résumer à ses allures de cupcake.

Séries tragi-comiques femmes

Car au-delà de ses boucles brunes, de son teint de porcelaine ou de ses robes rose bonbon, la jeune femme possède une volonté hors du commun et fait preuve d’une capacité d’adaptation remarquable. Une force de caractère qu’elle partage avec son agent, la très masculine Susie Myerson. Ensemble, elles forment un duo improbable et contrasté. Mais ces deux femmes que tout oppose a priori ont un point commun : leur désir de s’affirmer dans un monde d’hommes. Et c’est justement ce qui leur permettra de surmonter tous les obstacles. Une solidarité entre femmes qui force le respect de leur entourage, comme un clin d’œil encourageant aux spectatrices que nous sommes.

Orange Is The New Black, la série qui libère les femmes

Du livre à l’écran

La série phénomène, diffusée de 2013 à 2019 sur Netflix, est avant tout l’adaptation d’un livre. Et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit d’une autobiographie. L’auteure, Piper Kerman, y relate son année passée en prison pour blanchiment d’argent. La série, qui empreinte directement son nom au livre, est réalisée par Jenji Kohan. La créatrice de Weeds s’attaque à Orange Is The New Black en prenant soin de développer fidèlement tous les aspects que recouvre le milieu carcéral féminin sans pour autant tomber dans le réalisme d’un documentaire. La série sera plusieurs fois récompensée, notamment dans le milieu LGBT avec le prix de la meilleure série télévisée comique au GLAAD Media Awards en 2014.

La prison, lieu d’émancipation

L’action de OITNB se déroule à Litchfield, une prison pour femmes de sécurité minimale. L’héroïne (ou plutôt l’anti-héroïne) Piper Chapman y est incarcérée pour quinze mois. Dix ans plus tôt, elle transportait une valise remplie d’argent, fruit d’un trafic de drogue international. Elle découvre bien vite que son amante de l’époque, la très charismatique Alex Vause est à l’origine de sa peine. Commence alors un long voyage pour Piper, entre adaptation et survie dans un milieu diamétralement opposé à celui qu’elle a connu jusqu’ici.

Cependant, la jeune WASP aux allures de cendrillon effarouchée va vite comprendre les règles qui régissent ce microcosme 100% féminin. Et plus les conditions de sa détention seront difficiles plus elle gagnera en résistance et en force, allant même jusqu’à inspirer de la crainte chez certaines détenues. Peu à peu, Piper se défait du personnage social qu’elle était autrefois : elle se sent à présent libre d’être elle-même, sans entrave.

Un phénomène étonnant qui semble affecter toutes les femmes emprisonnées à ses côtés : chacune pose un regard détaché sur le passé, trouvant une place et une voix au sein de cette étrange famille carcérale. Elles découvriront bien vite que l’union fait la force, notamment face à l’autorité des gardes et leurs abus. Finalement, la prison fait écho au monde extérieur, mais ici les femmes se libèrent de leur chaînes et prennent le pouvoir pour changer les règles du jeu.

Séries tragi-comiques femmes

Féminités multiples

Si la force de la série réside en grande partie dans son ton décalé voire absurde, il faut aussi souligner la richesse de ses personnages. Litchfield est une galerie de portraits de femmes, toutes plus belles et attachantes les unes que les autres. Elles se racontent à nous dans leur quotidien de détenues, usant d’ingéniosité et d’astuces pour préserver leur féminité : contre-bandes illégales, troc et système D (on citera l’exemple de la serviette hygiénique en guise de masque de sommeil, ou encore le contouring de Maritza à base d’épices).

C’est au fond une question de dignité vécue différemment par chacune en fonction de son expérience personnelle. Celle qui incarne le mieux cet enjeu étant Sophia Burset, une détenue transgenre qui lutte pour affirmer son identité sexuelle. Pour d’autres, vivre sa féminité c’est vivre librement son homosexualité : séduire, se sentir aimée et désirée. La prison révèle aussi des figures maternelles étonnantes comme l’impressionnante Red, la cuisinière russe à l’air patibulaire mais au cœur en or.

Orange Is The New Black est un hommage flamboyant aux femmes, à leurs vies, leurs joies, leurs douleurs, leur force et leur beauté. Une exploration sans tabou de ce que nous traversons quelques soient nos origines, notre classe sociale ou notre parcours personnel …

Pour aller plus loin

Au-delà des séries, découvrez plusieurs figures emblématiques qui contribuent à libérer la parole des femmes : Marie Bongars, Maria Qamar, ou encore l’inspirante et incontournable Oprah Winfrey.

Vous aussi, faites entendre votre voix en trouvant le mode d’expression qui vous conviendra le mieux : l’art, l’écriture, un podcast, une chaîne YouTube ? Vous pouvez également vous engager pour faire valoir le droit des femmes en intégrant l’une des nombreuses associations et organisations présentes en France.

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