Comprendre les relations codépendantes

Qu’est-ce que la codépendance ? Comment repérer les signes qu’une personne souffre de codépendance, et comment lui venir en aide ? Comprendre les relations codépendantes est essentiel pour apprendre à les reconnaître, et savoir comment agir avant qu’elles ne prennent le dessus sur la vie d’un proche (ou la vôtre). Pourtant, la codépendance est un mal ancré si profondément dans le fonctionnement d’un individu qu’il peut mettre des années à en prendre conscience.

Qu’est-ce que la codépendance ?

Chaque personne codépendante a sa propre définition de la codépendance. Ce phénomène est intimement lié au passé et à l’histoire de l’individu. Pour l’expliquer simplement, nous définirons ce phénomène ainsi : la codépendance désigne un trouble comportemental au sein d’une relation où une personne favorise les troubles mentaux, l’addiction, l’irresponsabilité ou l’immaturité d’une autre personne.

Elena*, une personne ayant souffert de codépendance, et qui a bien voulu nous donner son témoignage, décrit le phénomène de cette phrase : « Ma vie était devenue une planète qui tournait autour du monde de mon partenaire. » Elle nous décrit l’image d’une femme dépossédée de son identité. Perdue dans son rôle de « petite maman » qu’elle a adopté dès son plus jeune âge, elle se rend compte de l’étendue du problème lorsqu’elle touche le fond. « J’ai compris que j’étais codépendante durant ma dernière relation, quand ma raison me disait qu’en aucun cas je ne devais, ou ne pouvais, tolérer la maltraitance que je subissais. Et pourtant, j’avais l’impression que le quitter, ce serait comme si j’arrêtais de respirer ».

C’est comme une drogue. Tu sais que c’est très mauvais pour toi, mais partir fait encore plus mal.

Témoignage d’Elena.

Pour Elena, être en relation signifiait forcément s’occuper de quelqu’un. Toute sa vie était dédiée à s’occuper de l’autre. Il fallait qu’elle s’occupe de tout. C’était sa responsabilité. Personne ne pouvait fonctionner sans elle : c’était elle, et personne d’autre, qui était la plus avisée. « Je ne me suis jamais demandé pourquoi mes partenaires semblaient… dépassés ». Si jamais quelqu’un venait à refuser son aide, elle devenait extrêmement vexée. Comment osaient-ils se plaindre ? Tout ce qu’elle faisait, elle le faisait pour eux. Elena disait même : « Ma vie est dédiée à leur bien-être, et pourtant ils osent se plaindre ? »

*Son nom a été changé.

Enfances traumatiques et dysfonctionnelles : les causes premières et secondes de la codépendance

La codépendance est un problème qui se dessine dès l’enfance. En effet, ce sont les conditions de l’éducation d’un enfant, son environnement familial, sa situation, qui va définir sa capacité à créer des relations saines à l’âge adulte. Un environnement dysfonctionnel, où les relations entre les membres de la famille s’établissent de manière anormale, mène presque toujours à une difficulté à créer des relations saines à l’âge adulte. Les types de famille dysfonctionnelle varient. Un enfant peut grandir dans un environnement violent ; avec un ou plusieurs membres de leur famille souffrant d’addiction ; négliger par ses parents, ou abandonné, etc. Elena a compris, après de longues séances de thérapie, que sa codépendance était due à la négligence de ses parents.

J’étais l’enfant préférée. Mieux je me comportais, moins ils avaient à se préoccuper de moi, mais je me sentais aussi moins désirée. On ne me portait aucune attention, parce qu’elle était totalement concentrée sur les enfants difficiles. Je voulais qu’on fasse attention à moi.

Témoignage d’Elena.

Grandir dans une famille dysfonctionnelle

Pour Elena, les rôles se sont inversés : ses parents ne s’occupaient pas vraiment d’elle, et elle a adopté les responsabilités d’une petite maman. Mais malgré son comportement modèle, elle n’a pas reçu l’amour et l’attention qu’il fallait étant enfant. Elena a assimilé le fait de s’occuper des autres comme le meilleur moyen d’être acceptée, d’être aimée. Le fait qu’on ait besoin d’elle lui donnait une perception de validation. De cette façon, elle a fondé son identité sur sa capacité à satisfaire les autres. « Je devais m’occuper de tout. C’était ma responsabilité d’être le ciment qui maintenait ma famille unie, et cela par ma propre imposition ». À cause de la négligence de ses parents, Elena n’a pas appris à développer des relations normales. Les conséquences sur sa vie d’adulte en sont donc considérables.

Nous avons tous vu dans nos vies que la codépendance est un comportement compulsif ancré de la manière la plus profonde en nous, et qu’il est né de nos familles, parfois modérément, parfois extrêmement dysfonctionnelles.

Traduction du site Co-Dependents Anonymous International, CoDA.org.

Le concept de codépendance est apparu avec les Alcooliques Anonymes. En effet, l’organisation a permis de montrer les effets de l’addiction sur les dynamiques familiales. Les enfants qui grandissent avec une personne souffrant d’addiction doivent naviguer dans un environnement dysfonctionnel, et assimilent donc très tôt des mécanismes qui les suivront à l’âge adulte. Ils doivent se responsabiliser plus tôt, et s’habituer à ne pas recevoir autant d’affection et d’attention que dans une famille ordinaire. Au lieu de voir leurs parents/aînés comme des guides, ils doivent « s’occuper » d’eux. Rendre leur vie plus facile, éviter le conflits avec eux, normaliser leur comportements… Ils cherchent à se protéger des répercussions du comportement de leurs proches.

Les signes avant-coureurs : reconnaître une relation codépendante

Comment savoir si vous ou l’un de vos proche est souffre de codépendance ? Il existe plusieurs signes avant-coureurs :

  • Le déni : les personnes codépendantes ont tendance à normaliser les comportements anormaux et dangereux, sans s’en rendre compte. Au lieu de sortir d’une relation toxique ou violente, elles minimiseront les conséquences néfastes de leur relation. Ce mécanisme est lié à la difficulté qu’elles éprouvent à se détacher des autres.
  • La mauvaise estime de soi : une grande partie des personnes codépendantes sont issues d’un passé douloureux ou traumatique. Durant leur enfance, elles n’ont pas pu développer correctement leur identité et leur estime de soi. De plus, beaucoup n’ont pas reçu d’affection étant jeune, ou du moins, pas d’une manière fonctionnelle. Les personnes codépendantes grandissent donc avec l’impression qu’elles ne méritent pas d’être aimées.
  • La déférence : les personnes codépendantes cherchent à éviter le rejet de leur partenaire/membre de leur famille/être cher. Ainsi, elles ont tendance à accepter les comportements et les valeurs de l’autre, même s’ils vont à l’encontre de leur propres valeurs. La codépendance entraîne une loyauté inconditionnelle.
  • Le besoin de contrôle : les personnes codépendantes ont un désir puissant de contrôle. Elles sont persuadées que les autres nécessitent qu’on s’occupe d’eux, qu’elles sont essentielles. Si jamais on refuse l’aide qu’elles proposent, il est commun qu’elles se vexent et deviennent rancunières.
  • L’évitement : les personnes codépendantes cherchent à éviter le conflit. Il est commun qu’elles communiquent de manière évasive et indirectes pour éviter de provoquer la colère des autres. De plus, il est possible qu’elles évitent de créer de liens trop intimes (que ce soit émotionnellement, sexuellement…) afin de ne pas avoir à exposer leur vulnérabilité.

Une situation dangereuse et stigmatisée

La codépendance entraîne donc une perte de soi, un manque d’individualité. Mais surtout, elle est d’autant plus dangereuse car elle semble accepter les comportements anormaux et situations anormales, et même justifier la violence.

On a essayé d’utiliser les autres, nos partenaires, nos amis, et même nos enfants, comme notre unique source d’identité, de valeur et de bien-être, et comme une manière d’essayer de restaurer en nous les vides émotionnels de nos enfances.

Traduction de CoDA.org.

Pour cette raison, les personnes codépendantes peuvent être stigmatisées par leur entourage. Au lieu de faire la chose « logique » qui est de quitter leur partenaire toxique, elles semblent l’accepter, et donc accepter leurs mauvais traitements. Il est commun que leur entourage les blâme pour leur propre malheur. Cette attitude n’aide pas les personnes codépendantes, qui peuvent déjà souffrir d’une mauvaise estime de soi. Il est préférable de les encourager à s’exprimer sans les ostraciser.

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S’en sortir : les différents programmes et thérapies pour sortir de la codépendance

Photo de fotografierende provenant de Pexels
Photo de fotografierende provenant de Pexels.

Comme les Alcooliques Anonymes, Co-Dependence Anonymous utilisent les techniques des « 12 pas » et des « 12 promesses ». Les 12 pas sont douze étapes d’autoréalisation. Dans un premier temps, elles permettent à la personne codépendante d’accepter son problème, puis de reconnaître ses erreurs, et enfin de s’ouvrir à la possibilité d’une guérison.

Cependant, il est possible que chacun ne trouve pas sa place dans ce genre de programme. Les personnes codépendantes ont toutes une histoire différente : il arrive que certains n’arrivent pas à s’identifier aux témoignages des autres. C’est pourquoi, il est aussi utile de consulter un psychologue, ou d’utiliser des méthodes comme la méditation, pour trouver son propre chemin de guérison.

Pour participer au dialogue sur la codépendance, n’hésitez pas à réagir dans les commentaires.

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