Santé Respiratoire France : pendre soin de ses poumons avec Frédéric Le Guillou

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La pandémie de Covid a mis en lumière l’importance de préserver sa santé respiratoire tout au long de la vie. Alors que les beaux jours sont de retour, nombre de nos concitoyens observent avec inquiétude les nuages de pollens annonçant l’arrivée du printemps. Pour faire le point sur la situation, nous avons rencontré le Docteur Frédéric Le Guillou. Aujourd’hui à la tête de l’association Santé Respiratoire France, ce pneumologue nous a parlé de ses deux préoccupations majeures : la BPCO* et les allergies.

Article rédigé par : ZIEL Jérôme

Frédéric Le Guillou, pneumologue, est installé en libéral dans le Var. Par ailleurs, il préside l’association BPCO depuis 2014. Rebaptisée ‘Santé Respiratoire France’ depuis 2019, cette association rassemble patients, aidants et professionnels de santé. Elle s’adresse aux dix millions de personnes souffrant de pathologies respiratoires aujourd’hui en France.

À travers sa démarche militante, Frédéric souhaite davantage donner la parole aux patients. Il pense en effet que leur point de vue n’est pas suffisamment entendu en matière de pathologies respiratoires. Il les invite par conséquent à formuler des propositions pour améliorer les parcours de santé et leur qualité de vie.

L’importance de préserver ses poumons

Asthme, BPCO, apnée du sommeil, fibrose pulmonaire, cancer bronchique et allergies, telle est la liste des principales maladies respiratoires. Dans la plupart des cas, elles sont favorisées par le tabac et la pollution, intérieure comme extérieure.

Frédéric rappelle pourquoi il est important de prendre soin de ses poumons. « Ces derniers ont deux rôles : premièrement, apporter l’oxygène dont notre organisme a besoin. Deuxièmement, ils agissent comme un filtre bactérien ». Cela est vrai vis-à-vis des microorganismes, c’est-à-dire les particules infectieuses de types virus, bactéries, champignons, etc. Cependant, les poumons nous protègent également vis-à-vis d’autres particules : allergènes, pesticides, etc. Selon Frédéric, « nous sommes tous exposés à un certain nombre d’exposomes ou facteurs environnementaux tout au long de notre vie. Selon notre terrain génétique de susceptibilité, nous pourrons développer des maladies respiratoires, ou pas ! »

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Frédéric Le Guillou (c) Santé Respiratoire France

Les symptômes qui doivent nous alerter

Face à ces maladies, il convient d’être vigilants face à certains symptômes. Ainsi, un essoufflement (ou dyspnée) anormal peut être le signe avant-coureur d’une BPCO. L’expectoration peut en être un autre. Frédéric note que « les patients ont tendance à sous-estimer la dyspnée car ils s’adaptent à leur capacité pulmonaire réduite. Cependant, si vous vous retrouvez dans l’obligation de diminuer votre activité physique par manque de souffle, ce n’est pas normal ».

Par ailleurs, respiration sifflante et toux à l’effort sont les symptômes classiques de l’asthme. Tandis que cette pathologie touche toutes les tranches d’âge, la BPCO concerne les patients généralement âgés de plus de 40 ans. Fumeurs depuis une vingtaine d’années, ils commencent à ressentir les premiers symptômes de dyspnée à cet âge.

Cannabis et BPCO : des patients de plus en plus jeunes

En revanche, chez les fumeurs de cannabis, la BPCO peut se déclarer beaucoup plus tôt. En effet, un joint de cannabis équivaut à sept à huit cigarettes industrielles en termes de toxicité pour le poumon. Selon Frédéric, cela provient du fait que « la matière inhalée, moins bien tassée, fait l’objet d’une combustion incomplète. On pourrait comparer cela au cas d’une chaudière mal réglée, donc toxique. En plus, la façon de fumer n’est pas la même. Quand vous fumez un joint, vous aspirez plus fortement et inondez vos alvéoles pulmonaires, les agressant en profondeur ».

Par ailleurs, les conditions d’hygiène entourant la fabrication d’un joint ne sont pas aussi strictes que dans les manufactures de tabac. Cela peut donc aboutir au développement de mycoses pulmonaires. Enfin, on voit aussi des pneumothorax, c’est à dire des décollements de la plèvre, chez les fumeurs de cannabis. À l’inverse, ils demeurent très rares chez les fumeurs de tabac.

Sport et santé respiratoire

Face à ces pathologies, l’activité physique est un élément clé du traitement. Il convient ainsi de pratiquer une activité qui nous plaît, de façon à l’intégrer à sa vie quotidienne. Selon Frédéric, « pour être efficace, la pratique sportive doit être régulière : au moins cinq jours sur sept. L’idéal serait de faire 30 à 40 minutes de marche tous les jours ».

Au-delà de ses vertus curatives, le sport présente également des propriétés préventives. Comme l’explique Frédéric, « les activités sportives pratiquées suffisamment longtemps et régulièrement permettent de sécréter des hormones et des neurohormones qui font aller mieux dans sa tête. Cela améliore la qualité de sommeil. En outre, le risque de cancer s’en trouve amoindri. Enfin, le sport élimine le risque de récidive de toutes sortes de maladies inflammatoires ».

Dans le cas spécifique des maladies respiratoires, la marche nordique est particulièrement recommandée car elle fait travailler les muscles de la cage thoracique. Cependant, il faut adapter sa pratique sportive à son état de santé général. En effet, les patients atteints de BPCO ont souvent d’autres maladies associées touchant leurs articulations, par exemple. Pour ces personnes, les exercices aquatiques, telles que la natation ou l’aquagym, peuvent constituer une solution intéressante.

Afin de promouvoir la pratique d’une activité physique, Santé Respiratoire France a créé en 2021 la plateforme ‘Agora’. Selon Frédéric, « il s’agit de créer du lien entre les patients. Le but est qu’ils puissent se rencontrer pour discuter de leurs pathologies. Ils peuvent du même coup organiser des activités physiques ensemble. Malgré la pandémie, nous sommes parvenus à référencer 200 associations. Sur ‘Agora’, le patient peut ainsi consulter une carte lui indiquant les associations proches de son domicile auxquelles il peut adhérer s’il a envie de faire de la marche nordique, par exemple ».

Les allergies : l’autre pandémie ?

Autre fléau respiratoire, les allergies représentent une véritable pandémie dans nos sociétés : 30% de la population française est concernée. Cette proportion grimpera sans doute à 50% dans 20 ans.

Cela provient de la balance entre immunité parasitaire, d’une part, et immunité allergique, d’autre part. Comme Frédéric l’explique, « il y a 40 ans, tous les enfants avaient des vers et se grattaient les fesses. On leur donnait alors des vermifuges. En contrepartie, ils avaient moins d’allergies. À présent, il n’y a quasiment plus de parasites en France, ce qui est une bonne chose. Cependant, la nature ayant horreur du vide, cela a favorisé l’émergence des allergies ».

Ce phénomène est expliqué par une théorie hygiéniste selon laquelle le fait de vivre dans une atmosphère trop aseptisée favorise les allergies. En effet, notre système immunitaire a besoin de s’éduquer au contact de microorganismes.

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(c) Bobex-73 – iStock

Santé respiratoire et qualité de l’air

Quant à la pollution de l’air, elle participe également au développement des maladies respiratoires et à l’émergence des allergies. Ainsi, les particules diesel et les pesticides favorisent l’asthme et les autres pathologies respiratoires.

Enfin, les allergènes sont de plus en plus répandus en raison de défaillances dans l’aménagement du territoire. Selon Frédéric, « on voit fleurir depuis 30 ans de nombreuses graminées sur tous les ronds-points du pays. Dans le Var où je vis, on plante beaucoup de cyprès pour leurs qualités esthétiques. En revanche, ce sont des arbres extrêmement allergisants. Il en est de même pour l’armoise dans le Rhône-Alpes, ou encore le boulot en Bretagne ou en Normandie. Des mesures s’imposent donc pour limiter la progression de ce type de plantes ».

C’est la raison pour laquelle Santé Respiratoire France a intégré certains collectifs dans le but de prévenir l’exposition aux allergènes et autres polluants. Frédéric rappelle que l’association « a organisé des rencontres au Sénat en 2021 sur la qualité de l’air. Nous souhaitons aussi voir l’émergence de conseillers médicaux en environnement intérieur. Ces personnes se rendraient au domicile des patients pour y réaliser un diagnostic environnemental. Elles détecteraient les moisissures et autres polluants pour les supprimer et ainsi améliorer la qualité de l’air intérieur ».

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Système français : innover dans la santé connectée

Frédéric déplore que l’organisation du système de santé en France soit si complexe, ce qui gêne considérablement son action. « Nous nous trouvons face à une superposition d’administrations centrales et d’agences d’État. Ce véritable capharnaüm nous empêche de faire émerger des idées nouvelles. Les freins sont de tous types : juridiques, financiers, culturels. Nos interlocuteurs parlent en termes de sciences et de principes curatifs, alors qu’il est urgent de développer la culture de la prévention dans notre pays ! »

Parmi les exemples concrets, Frédéric cite le cas de la téléconsultation, insuffisamment développée en France. Loin de représenter une simple économie de temps médical, la téléconsultation permet un suivi plus régulier avec des consultations moins espacées, puisque le patient n’a plus besoin de se déplacer. Par ailleurs, le médecin peut par ce biais coacher plus facilement son patient.

De même, selon Frédéric, il convient de développer la télésurveillance des maladies chroniques, en particulier respiratoires. Cela permettrait de collecter des données (fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, etc.) automatiquement et de régulièrement les transmettre aux professionnels de santé. Ces derniers pourraient alors mieux suivre leurs patients, en adaptant les traitements pour améliorer le confort de vie de ces derniers.

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