Yvette Smith, Tanisha Anderson, Natasha Mckenna, Sandra Bland, Janet Wilson, Atatiana Jefferson, Breonna Taylor… Toutes sont des femmes noires américaines qui ont été tuées par la police. Toutes ont été privées de leur droits, de leur voix, et de leur vie.

Ces noms, bien qu’ils ne représentent pas la totalité des femmes noires victimes de violences policières, résonnent aujourd’hui en symbole d’une double blessure : celle de la violence policière systémique contre les afro-Américains, mais aussi celle de la constante dévalorisation des femmes noires aux Etats-Unis. L’hashtag #SayHerName dénonce l’effacement des femmes noires du mouvement Black Lives Matter. Aujourd’hui, tandis que le monde s’éveille aux manifestations Black Lives Matter, les afro-Américaines réclament justice.

Black Lives Matter : un mouvement exclusivement masculin ?

Le mouvement Black Lives Matter a été initié aux Etats-Unis pour dénoncer les violences policières systémiques contre les noirs. Il a pris de l’ampleur en 2013 suite à l’affaire Florida v. George Zimmerman qui a mené à la création de l’hashtag #BlackLivesMatter. Aujourd’hui, ce mouvement a atteint une résonance internationale dû à l’exécution brutale et filmée de George Floyd par un officier de police. Les plaintes des afro-Américains semblent finalement avoir été entendues. Cependant, certaines voix accusent le manque de solidarité au sein du mouvement. Sur les réseaux sociaux comme Twitter ou Reddit, des femmes américaines dénoncent l’effacement des femmes noires du mouvement BLM, voire même leur exclusion.

Malgré l’apparente cohésion contre les violences policières aux Etats-Unis, les tensions existant au sein de la communauté noire américaine n’ont pas disparu. Au contraire, les manifestations ont dévoilé le problème de la misogynie dans la communauté noire. Certaines activistes ont fait remarquer que la mort d’une femme noire était vite oubliée. Elle ne suscite jamais une indignation aussi forte que la mort d’un homme noir. Pourtant, les afro-Américaines ont investi beaucoup d’énergie dans le mouvement, que ce soit émotionnellement, ou physiquement. Un triste exemple à citer, serait celui de Breonna Taylor : un policier l’a tué par balle alors qu’elle dormait. Cela s’est passé le 13 mars 2020. Aucun des officiers de police n’a été arrêté. Ce phénomène donne donc l’impression que la vie et la dignité des hommes noirs valent plus que celles des femmes.

Qui protège les femmes noires ?

Durant les manifestations Black Lives Matter, les femmes n’hésitaient pas à ouvrir la marche. Mais après plusieurs scandales où des femmes noires ont perdu leur vie et ont subi des violences durant ces mêmes manifestations, certaines ont préféré replier chemin. Le 6 Juin 2020, Oluwatoyin Ruth “Toyin” Salau, une jeune activiste de Black Lives Matter, a été retrouvée morte juste après avoir dit sur Twitter qu’elle avait été victime d’une agression sexuelle lors de la manifestation. Oubliée par la justice et SDF, personne ne l’a secouru malgré ses appels à l’aide. Plus tard, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montrait une jeune femme jetée dans une poubelle par un groupe d’hommes afro-Américains. La violence de ces images a provoqué un tollé.

 

Aujourd’hui, certaines femmes noires refusent de participer aux manifestations tant que les hommes afro-Américains ne répondent pas au problème de la misogynie au sein de la communauté noire. Elles dénoncent leur silence face au taux surélevé de violences domestiques faites aux femmes noires, face au colorisme que beaucoup subissent, mais aussi face à l’homophobie et la transphobie perpétuées dans la communauté. Black Lives Matter est un mouvement complexe, de par la multitude de voix qui s’y mêlent et se répondent. Désormais, une partie des femmes noires expriment leur sentiment d’insécurité au sein de leur propre communauté pour créer un dialogue visant à exiger une égalité de traitement au sein de la communauté noire. Ainsi, elles rappellent le message essentiel de Black Lives Matter. Chaque vie compte, peu importe l’origine, le genre, l’orientation sexuelle…

 

L’influence des femmes noires dans le mouvement Black Lives Matter.

Pour que la mort tragique de Breanna ne soit pas oubliée, les militantes BLM ont créé le mouvement #JusticeForBreonna. Il a permis un avancement considérable pour l’organisation. En effet, la ville de Louisville a interdit la pratique du “no-knock warrant” (le mandat de perquisition surprise) suite à la demande des activistes. Pour rappel, le policier qui a tué Breonna lui a tiré dessus huit fois alors qu’elle dormait. Le mari de la jeune femme pensait qu’il s’agissait d’une intrusion. Le nouvelle loi, nommée après la jeune femme, pourrait à l’avenir inspiré d’autres villes du Kentucky à bannir cette pratique.

 

Black Lives Matter est un mouvement qui va probablement laisser sa marque sur l’histoire Américaine. Il s’inscrit dans la continuité de la lutte des afro-Américains pour l’obtention d’une égalité de droits et de traitement. Mais il n’est pas sans défaut. Les critiques venant de cette minorité de femmes noires participent à démanteler un système qui touche chaque personne noire différemment. L’effacement des femmes noires n’est pas le seul problème dévoilé par l’évolution du mouvement BLM. L’organisation de la manifestation “Black Trans Lives Matter”, le 20 Juin, ont prouvé qu’il existe une division au sein de la communauté noire. Une lutte en cache une autre.

 

Le combat mené par les femmes afro-Américaines ne s’achèvera pas de si peu. Cependant, vous pouvez y apporter votre contribution en signant des pétitions. Et n’hésitez pas à réagir dans les commentaires pour continuer la conversation.

 

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