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Fear of dating again : le nouveau phénomène qui empêche de renouer avec les interactions sociales physiques

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Fear of dating again : le nouveau phénomène qui empêche de renouer avec les interactions sociales physiques

Le FODA (Fear of Dating Again) est un nouveau phénomène touchant des personnes qui ressentent la peur de renouer des liens à l’extérieur. Cette peur est engendrée par les confinements et couvre-feux à répétition, ainsi que les gestes barrières imposés qui favorisent le repli sur soi même. Zoom sur les causes et effets du FODA avec Jean-Michel Jamet, psychothérapeute. Entretien. 

La Covid-19 a eu de nombreux impacts sur nos interactions sociales et a complexifié notre manière d’interagir et de se rencontrer.  Pour mieux appréhender ce phénomène du FODA et trouver une issue à ces peurs, il est utile de comprendre les origines de la sociabilité de l’Homme. Il est important de souligner qu’avoir une vie sociale nous est vital. Par conséquent, les interactions virtuelles ne pourront jamais remplacer les interactions physiques. Pour Ô Magazine, Jean-Michel Jamet nous éclaire et livre ses conseils pour mieux faire face à ces angoisses

Le FODA, une angoisse propre à notre époque

Ô Magazine : Pouvez-vous nous expliquer pourquoi les interactions sociales non virtuelles sont importantes pour l’humain ? 

Jean-Michel Jamet : Pour comprendre pourquoi les interactions sociales non virtuelles sont importantes pour l’Homme, il faudrait remonter aux origines. En effet, il y a 50 millions d’années, l’Homme s’est sédentarisé et à partir de là, cela a créé des tribus. L’Homme a donc besoin d’avoir un instinct grégaire. C’est-à-dire de vivre en groupe. C’est pourquoi les relations non virtuelles entre humains sont importantes. L’Homme a besoin de contacts physiques, de s’exprimer, de communiquer, de sortir, de voir du monde, d’aller au café. La solitude reste rare. Mis à part dans le cas de personnes qui n’en ressentent pas le besoin tels que les ermites. C’est l’essence de l’Homme que d’être sociable, cela fait partie de notre instinct de survie. 

ÔM : À l’inverse, les interactions sociales virtuelles peuvent-elles remplacer les interactions sociales en face-à-face ? 

J-M.J : Les interactions sociales virtuelles, selon moi, ne peuvent en aucun cas remplacer les interactions physiques. Dans un premier temps, moi-même, dans ma profession, je ne fais aucune téléconsultation car je me suis rendu compte que cela ne fonctionnait pas. Les gens se connectent une, deux ou trois fois, puis ils abandonnent. Le virtuel ne fonctionne pas, même dans les rencontres. Voyez-vous, les sites de rencontre, c’est du virtuel et je ne pense pas que les gens puissent vivre par écrans interposés. Ils ont besoin de se parler en face-à-face, de se toucher, d’avoir des contacts corporels. Or, on est dans des civilisations où le corps n’existe quasiment plus. Avec l’arrivée du masque et des gestes barrières, on ne s’embrasse plus, on ne se prend même plus la main. On ne se voit même plus. 

ÔM : Dans quelle mesure les confinements et couvre-feux à répétition ont-ils impacté la façon dont les personnes interagissent aujourd’hui ?

J-M.J : La covid a bousculé toutes nos habitudes sociales. Tout le monde se retrouve confiné donc ça coupe les interactions sociales et les gens n’interagissent plus naturellement. Cela crée même des violences au sein des familles. Une étude du ministère de l’Intérieur a mis en lumière une augmentation de 20% des violences conjugales et familiales depuis le début du confinement. On le voit bien dans le nombre de féminicides survenus récemment. Selon moi, la covid a favorisé ces comportements asociaux et autres déchaînements de violence.

ÔM : Pensez-vous que les confinements ont eu un fort impact sur le mental des gens ?

J-M.J : Bien sûr ! En France on pense qu’on vient en psychothérapie parce qu’on a mal vécu le confinement. Alors que non, les gens ne viennent pas davantage pour cette raison. Il y a beaucoup de personnes qui ne vont pas forcément bien, qui éprouvent une dépression masquée mais qui ne le reconnaissent pas. Elles refoulent leur souffrance. 

ÔM : Quels seraient vos conseils pour les personnes atteintes du FODA et qui souhaitent rencontrer de nouvelles personnes physiquement mais qui appréhendent ce moment ? 

J-M.J : Il n’y a pas vraiment de conseils à donner car les personnes concernées ont peur de sortir et d’aller à nouveau à la rencontre des autres. Elles ont peur de contracter le virus, c’est la crainte qui les immobilise, de façon tout à fait irrationnelle. Ce qui fait que leur seule sécurité consiste à rester chez elles, où elles se sentent bien. Pour les faire ressortir et retrouver une vie sociale, la famille doit se mobiliser et engager un travail commun. Seule une démarche familiale pourra aider la personne à sortir de chez elle, par effet d’entraînement. Sans cela, elle ne trouvera aucune raison de sortir.

Ces personnes atteintes du FODA sont prisonnières de leur peur et aliénées à elles-mêmes. Elles n’ont aucune raison de sortir car lorsqu’elles sont chez elles, elles se sentent bien. Nous voyons cela comme “une maladie” mais c’est une souffrance interne qui s’exprime par ce mode de vie.  Ces personnes se disent “moins je sors et mieux je vais.” La peur du changement est également un facteur qui paralyse les personnes en les empêchant de sortir de nouveau. 

ÔM : Trouver l’amour en 2021 est-il plus difficile que cinq ans auparavant ? 

J-M.J : De nos jours, il y a beaucoup de réseaux sociaux ou de sites de rencontre. Tout se passe comme s’ il n’y avait pas d’autres moyens pour se rencontrer, alors qu’aujourd’hui il existe de nombreuses alternatives et lieux physiques pour se rencontrer. Le travail est un cadre favorable aux rencontres. En revanche, avec le télétravail, les rencontres ne sont pas toujours possibles. Et ce qui est assez paradoxal, c’est qu’il y a de nombreuses personnes souhaitant rester en télétravail. Mais c’est aussi elles qui éprouvent des angoisses à sortir et refaire des rencontres. De même, lorsque ces personnes viennent me voir en thérapie, elles se rendent comptent qu’elles n’ont plus de libido. Le télétravail fait donc aussi  des dégâts sur le plan psychique. 

ÔM : Peut-on nouer des liens à travers un écran ? 

J-M.J : On peut nouer des liens à travers un écran parce qu’on va créer du fantasme. En effet, on va imaginer l’être parfait que chacun a dans sa tête, avec ses propres critères. On peut dire que le virtuel active le fantasme. Mais quand les gens se rencontrent, quelquefois, cette image parfaite de l’autre s’effondre. 

ÔM : Quels seraient vos conseils pour les personnes qui ont rencontré quelqu’un durant le confinement via internet et qui souhaiteraient passer le cap et rencontrer la personne dans la réalité ? 

J-M.J : Il faut que ces personnes se rencontrent réellement, à la terrasse d’un café par exemple. Il faut qu’elles soient sincères et authentiques. Elles doivent également oser se parler à coeur ouvert. 

ÔM : Quelle catégorie d’âge est concernée par le FODA en particulier ? Quelle en est la raison ?

J-M.J : Je pense que la covid est un accélérateur du phénomène du FODA. Comme ce type de situation ne nous est jamais arrivé jusqu’à aujourd’hui, c’est la bonne excuse pour renforcer sa propre défaillance. En effet, pour quelqu’un qui est dans ce phénomène pathologique, je pense qu’il est déjà prédisposé avant même de ressentir ces angoisses. Je pense donc aux personnes introverties, un peu en retrait par rapport aux autres. Elles présentent déjà certains signes prédictibles et la covid et le confinement ont encore favorisé ce retrait. Également, cela touche en général davantage les trentenaires. C’est principalement ces personnes que je retrouve en thérapie, des personnes plutôt jeunes. Elles souhaitent rester en télétravail mais en faisant ça elles se coupent des autres. Parfois, elles suppriment même l’image en coupant aussi leur caméra.  

ÔM : Pouvez-vous nous parler du syndrome de la cabane ?

J-M.J : Le syndrome de la cabane, c’est un peu ce que vivent ces personnes angoissées. C’est comme les enfants, lorsqu’ils ne vont pas bien et qu’ils ont la chance d’avoir un jardin avec un arbre, on va construire une cabane pour eux. Cela devient leur refuge. Actuellement, pour les personnes qui ressentent ces peurs, leur refuge, c’est chez eux. C’est comme si elles redevenaient des enfants. Elles gardent leur propre souffrance pour elles, dans leur propre territoire. Et le territoire des autres n’existe pas. Cela crée des dépressions dans lesquelles elles s’enfoncent toujours davantage. C’est ce qu’on appelle des décompensations. C’est-à-dire que le symptôme va se renforcer. C’est un cercle sans fin, car la peur engendre la peur. Lorsque l’on n’a plus de contact avec personne, souvent, cela engendre des dépressions. 

Être bien entouré est donc la clé pour se reprendre en main et enfin se libérer de cette peur irrationnelle. Pour les personnes concernées par ces angoisses, il est important d’en parler autour de soi. N’hésitez pas à consulter un spécialiste pour vous aiguiller et enfin apprécier de nouveau les petites sorties, y compris en amoureux.

À lire également : Les cinq langages de l’amour : comment mieux communiquer vos affections ?

Un article écrit par Enola De Filippo et Madison Petit, en collaboration avec le psychothérapeute Jean-Michel Jamet.

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