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Être d’une génération différente de ses frères et sœurs

Être d'une génération différente de ses frères et sœurs - Ô Magazine

Moi qui fais partie de la génération silencieuse, mes frères et sœurs, font partie de celle qui est née avec le web et les nouvelles technologies. Respectivement, j’appartiens à la génération Z et eux à la génération Y. 

Seulement, je n’étais que le fruit d’une soirée qui n’avait pas de point de non-retour. Malgré cela, j’ai eu la chance de naître dans une grande maison avec un jardin. Alors qu’à mon âge, mes frères et sœurs ont vécu à cinq dans un petit appartement. 

En réalité, ce n’était qu’une chambre de bonne, étroite et sombre. Quelques cafards se promenaient par-ci par-là. Six ou sept pas représentaient la taille de cette chambre. Ils n’avaient pas le droit de faire du bruit. À cause du voisin d’au-dessus, une personne âgée et aigrie, qui ne pouvait pas apprécier les airs de piano qu’ils jouaient. 

J’ai quand même grandi quelques années avec eux dans cette maison animée par les rires et mes pleurs. Où chaque repas était mon moment préféré. Les entendre parler autour d’un festin cuisiné par ma mère, regarder un film ensemble dans notre salon, jouer avec notre chien dans le jardin. Ces convivialités peuvent être quelque chose de banal pour certains, mais ça reste quelque chose de précieux pour d’autres.

repas de famille

La barrière des générations

Malheureusement, nous avons une trop grande différence d’âge pour pouvoir communiquer. Quand je suis née, mes frères et sœurs étaient déjà entrés dans la période de l’adolescence. Ou plus communément l’âge ingrat comme appelé par un bon nombre de personnes. J’ai toujours eu ce rapport d’enfant à adulte avec eux. 

On n’a pas le même langage, pas les mêmes centres d’intérêt. Les conversations sont courtes et répétitives. J’étais encore baignée dans les dessins animés alors qu’ils terminaient le lycée ou entraient à peine dans le monde du travail. À quoi bon parler avec une enfant qui ne sait pas placer deux-trois mots correctement ? 

Mais il y avait un de mes deux frères avec qui je parlais le plus. Enfin, écoutais le plus. En rentrant du boulot, il me racontait toujours ses histoires avec son ami Fred. On jouait au foot et au basket-ball, il me préparait à manger lorsque nos parents n’étaient pas là. Il faisait en sorte que je ne me sente pas seule. C’était celui qui s’occupait le plus de moi. Charismatique et vrai blagueur, je voulais devenir comme lui. Plus sociable, moins timide et qui ose faire les choses. 

Faisant partie de la génération silencieuse, je suis plus à l’aise pour communiquer à travers Internet. C’est mon outil principal de communication pour interagir, que ce soit dans le privé ou le travail. Contrairement à mes frères et ma sœur, ils sont sociables, communiquent et partagent facilement avec le monde qui les entoure. 

Habituée à être derrière un écran, ce n’est pas facile de communiquer à l’oral en faisant en sorte que ce soit intéressant et pertinent pour eux. Et je pense qu’avec ma sœur, elle prenait son rôle trop à cœur. Du moins, dans le mauvais sens. Elle voulait toujours m’instruire quelque chose, par rapport à ce qu’elle avait raté. Sauf que je n’étais pas comme elle, je n’étais pas elle.

Arrivée à l’adolescence, je voulais faire mes propres choix. Avoir mon propre avis, plutôt que d’écouter ses « mises en garde ». Mais tout cela partait plutôt d’une bonne volonté même si j’aurais préféré qu’elle me soutienne au lieu de me dire de ne pas faire ceci ou cela pour réussir ma vie. 

Elle ne croyait pas en moi quand je lui ai dit que je voulais devenir journaliste. Elle ne m’a pas soutenu quand j’ai voulu intégrer l’école de journalisme où je suis actuellement. Je ne savais pas ce qui était le meilleur entre avoir une grande sœur qui a déjà tout vécu et qui t’expose tous les malheurs qui peuvent arriver. Ou une sœur de ma génération qui avance vers un avenir de découverte totale et avec qui j’échangerais de tout et de n’importe quoi.

Le rapport au travail

Contrairement à eux, je ne suis pas encore arrivée dans le marché du travail. Ils ont travaillé très jeunes pour gagner de l’argent. Soit pour économiser ou soit pour payer une dette pour une école privée. En effet, la génération Y est en constante recherche d’une bonne qualité de vie, quitte à changer de région voire de pays. 

travail

Et le destin a voulu que l’un des mes frères, celui que j’appréciais le plus, part à l’étranger lorsqu’une occasion s’est présentée à lui. Il n’était pas fait pour les études et est facilement entré dans le monde du travail. 

Quant à l’autre frère et ma sœur, ils étaient très studieux et ont fini tous deux par devenir des ingénieurs. Pour ma part, j’aimerais devenir tant de choses. Mais je ne sais pas quoi concrètement. Entre vétérinaire, journaliste, peintre, photographe, musicienne, danseuse professionnelle ou actrice, tout se mélange. 

Seulement, je me dis que c’est normal à mon âge. Même des adultes peuvent se tromper de voie au cours de leur parcours professionnel. Ça ne leur empêche pas de devenir ce qu’ils veulent.

Prendre son envol

Quand il est temps de quitter le nid familial, c’est qu’on se sent indépendant et responsable. On gagne assez bien sa vie, alors on souhaite déménager. Mes frères ont à tour de rôle quitté ce cocon familial et ont bâti leur propre vie. Il ne restait plus que ma sœur et moi. Mais elle s’apprêtait aussi à partir. Donc j’essayais de passer le plus de temps avec elle même si on n’était pas vraiment proche. 

J’essayais de garder cette convivialité, d’une bonne relation entre sœurs, avant que je ne me retrouve seule. Au final, je n’ai presque jamais connu une relation normale entre frères et sœurs de la même génération. Je n’ai pas pu partager de secrets, avoir de longues conversations, découvrir ou apprendre de nouvelles choses en même temps qu’eux tout comme partager mes joies comme mes peines et grandir avec eux. 

Depuis une dizaine d’années maintenant, il ne reste plus que mes parents et moi dans cette grande maison. Pour ma part, je ne songe probablement pas à déménager ou plutôt quitter définitivement là où j’ai vécu. En effet, il y a une tradition dans ma famille selon laquelle le ou la dernière peut garder la maison. 

Je pourrais très bien louer un appartement pour vivre plus près de mon travail tout en faisant des allers-retours pour prendre quelques affaires si besoin. Retour à la réalité… Ces courts instants de bonheur ancrés dans ma mémoire, je souhaite tous les jours de revivre ça. J’ai peu de souvenirs de lorsque nous étions tous réunis. 

grandir seule

À cette table, où chaque repas était mon moment préféré. Ces souvenirs d’une semaine au camping, les promenades dans le parc ou les sorties en famille comme au restaurant ou en faisant les courses sont si loin maintenant. Je ne les vois qu’en période de fête comme à Noël ou au Nouvel An. Je grandis seule dans cette maison vide, là où le silence et le calme y règnent. Là où j’attends mon tour pour que leurs vies soit mienne.

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