Comment les « mèmes » s’imposent dans la lutte féministe moderne?

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Que ce soit sur Instagram, Twitter ou Facebook, les mèmes sont partout. Nouvelle forme d’humour née dans les années 2000, les « mèmes » désignent une image ou une vidéo qui buzz sur internet et qui est reprise en masse par des utilisateurs qui parfois la détournent. Souvent pour rire, mais aussi pour dénoncer, partons à la découverte de cet humour si populaire.

Les mèmes, cet humour qui dénonce

Nous sommes parti.e.s à la rencontre de Dolores, détentrice du compte @misandre_mème sur Instagram. Véritable porte étendard de la cause féministe, elle fait part avec humour de l’utilité de son compte:

« L’objectif de ce compte c’est à la fois de m’émanciper de la logique de l’image, de la mise en scène du corps, qui domine beaucoup sur Instagram, mais aussi d’utiliser l’humour pour tourner en ridicule le sexisme (mais aussi les inégalités, le marketing, la politique, la fermeture d’esprit). Le but c’est pas de prêcher la bonne parole…mais plutôt de la donner à une pêcheresse qui fait des blagues avec un fond de vérité, et parlant un peu trop fort.« 

Via @misandre_meme

Misandre mèmes… Est-ce que ça ne serait pas un peu extrême ? On peut y voir du sexisme inversé. C’est une question légitime que beaucoup de gens peuvent se poser. Elle répond:

« Évidemment, si on évalue la misandrie au regard des valeurs de modération, d’impartialité, de rationalité dont on nous rebat les oreilles dans notre société… et bien oui c’est extrême. Après, je vais reprendre les propos de Pauline Harmange (auteure de « Moi les hommes, je les déteste » paru cette année) : « la misandrie n’existe que comme conséquence de la misogynie. Et n’est pas comparable en termes de dégâts. » Je me revendique misandre, pourtant je fais l’amour avec des hommes, j’ai un copain, je ne leur souhaite aucun mal, aucune violence…au mieux m’autorise à les moquer (en anonymisant) ou à les ignorer…« 

Tourner le sexisme en dérision

Les mèmes sont le meilleur moyen pour faire comprendre à quel point le sexisme peut être ridicule. Faire rire est un des meilleurs moyen de dénoncer: l’humour est massivement partagé sur internet. La satire est facilement compréhensible par tous et la situation est automatiquement dédramatisée.

« C’est juste que les moyens de communications ont explosé, chacun peut voir, et chacun peut apposer son commentaire acerbe, qu’il soit un auteur reconnu ou un étudiant lambda. Je suis les luttes politiques depuis mon enfance, et j’adore ça, forcément si tu conjugues ça au sarcasme, c’est passionnant. »

Finalement, les mèmes, sont un des meilleurs moyens pour faire passer des messages aux jeunes. La recette est assez simple, une image qui est connue ou illustrée, de la virulence, et une punchline bien placée. Avec ça, le militantisme digital est à portée de main.

Via @misandre_meme

En outre, les mèmes sont aussi drôles que pédagogiques. Être une « mèmeuse » c’est se positionner en tant que militante. Dolores ne parle pas que de sexisme, mais aussi d’homophobie, de racisme etc.

«  Je me sens militante, oui. Même si, par rapport aux colleuses, à celles qui organisent des actions dans l’espace public…je suis assez inactive. J’essaie de pratiquer la sororité, de tendre la main à celle.ux qui en ont besoin quand je le peux. Surtout de toujours me remettre en question et de m’améliorer. »

Les mèmes et l’humour en général sont quand même très souvent associés aux hommes. Sur Internet, la plus grande communauté de cette contre culture sont Les Neurchis sur Facebook. Parfois ouvertement misogynes, rien que le fait d’exister sur les réseaux sociaux fait de Dolores une militante à part entière.

Dans cette société où on glorifie l’humour « beauf », le ton sarcastique pour rire de ce sexisme ordinaire est d’autant plus important.

Quand les mèmes s’invitent directement dans la lutte

De plus en plus, les mèmes ne se cantonnent pas au web. Plusieurs fois, en manifestation on peut retrouver des mèmes sur les pancartes. Faciles de compréhension et parlant au plus grand nombre, c’est le moyen le plus percutant pour faire passer des messages.

Via @tay_calenda

« Le féminisme est forcément intersectionnel : pour toutes les origines, toutes les religions (ou tous les athéismes), mais aussi les classes sociales… Les gens aiment beaucoup réduire les féministes à des archétypes : la féministe à cheveux bleus et courts, la féministe anti porno… En fait, l’histoire est plus complexe… Il y a des féministes religieuses, des travailleuses du sexe, des filles poilues, d’autres qui aiment se raser, certaines qui veulent vivre sans enfants, d’autres qui rêvent de famille nombreuse… Ma vision du féminisme, c’est qu’on doit s’unir, se respecter, et surtout pas permettre qu’on stigmatise telle ou telle personne pour son apparence ou son mode de vie.« 

C’est en ces belles pensées que se définit le féminisme moderne, ouverts à tous. Les mèmes, véritable contre culture et parlant à la jeune génération s’y accorde donc très bien. L’humour et le sarcasme sont définitivement nos meilleures armes contre le sexisme.

A voir aussi: Comprendre le mouvement éco-féministe

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