Au détour d’une intersection où s’entrecroisaient et s’entrechoquaient des tas de gens pressés, au milieu de cette circulation humaine incertaine, nos corps se sont heurtés. Quand j’ai levé la tête pour lancer un regard méchant et outré au grossier personnage qui osait ainsi me brusquer, j’ai vu un visage presque angélique, des cheveux tout fous, un regard qui n’osait pas soutenir le mien, une timidité rougissante, quelque chose qui ressemblait à une excuse dans le fond de l’oeil. Et, surtout beaucoup de désir. Un grand débordement de désir. 

J’ai posé les doigts sur ton bras, celui qui s’était avancé pour retenir ma peut-être chute suite à notre collision. J’ai laissé mes doigts glisser sur ton avant-bras jusqu’à la paume de ta main, puis jusqu’au bout de tes doigts. Et j’ai repris ma route, en te reluquant par-dessus mon épaule, t’invitant du regard, du sourcil haussé coquinement, à oser la poursuite.

Tu as osé. Tu m’as suivie. Après deux ou trois coups d’oeil, j’ai cessé de vérifier. Je te savais là, ton désir surpassant ta timidité, faisant fi du caractère incongru, étrange, bizarre de la situation. Je suis devenu félin, tu t’es transformé, tant bien que mal, en chasseur.

Pour que le jeu en vaille la peine, j’ai feint de te perdre, de te semer, de disparaître. Ton instinct de chasseur s’est affiné. Tu m’as traquée avec plus d’ardeur, plus d’agilité, plus de force. J’ai eu envie d’uriner au ras des murs pour que tu puisses me filer à l’odeur.

Je me suis faufilée dans une ruelle. Comme dans un film de suspense, je me suis adossée au mur afin de m’y confondre. Comme dans un film de suspense, tu es passé devant moi en trombe. J’ai chopé au passage la ceinture de ton pantalon. Je t’ai plaqué contre moi et je t’ai embrassé brutalement. Alors que tu ouvrais la bouche pour énoncer quelque chose, j’ai posé la main sur tes lèvres pour les tenir coites. J’ai appuyé très fort pour que tu t’agenouilles. J’ai relevé ma jupe, posé un pied sur ton épaule et t’ai regardé avec insistance.

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