Voilà, j’ai testé pour vous la sortie qui ne vous ai pas recommandé : Mozart à Garnier. Je tiens à en faire un pamphlet, l’affaire le mérite (mais n’y allez pas pour autant, au contraire, fuyez !).

Paris dispose de deux opéras. Du premier, Garnier, il n’y a rien à dire : construit lorsque l’on faisait de Paris, Paris, c’est-à-dire beau, riche, émouvant, pompier, j’aime, rien à dire. Du second, Bastille, il n’y a pas grand-chose à louanger : géométriquement simple, simplement fonctionnel, déjà délabré, alimenté de couloirs de métros servants d’abris pour clochards, sans classe, construit à une époque française où on l’espérait qu’il suffisait de construire pour faire époque, on le détruira un jour sans émotion, rien à ajouter.

L’avantage de ces deux promontoires pour un art, l’opéra, qui n’oublie jamais d’être élitiste, à tel point que les prix des strapontins les plus haut perchés frisent le prix d’un abonnement annuel multiplexe, c’est que l’un est réservé aux mises en scènes classiques et l’autre aux modernes. On aime aller voir des costumes arborés par des grosses dames, à Garnier, et on se complexifie la capacité réflexive à trouver un sens à des tissus monochromes agrafés à la va-vite au milieu de palettes peintes en noir, à Bastille. Et ainsi les cochons sont bien gardés.

Jusqu’au jour où… Jusqu’au jour où Cosi Fan Tutte s’est invité à Garnier. Après avoir peint l’arrière-scène de blanc et monter une mise en machin à tel point originale que le sens n’est pas à découvrir mais à créer. Depuis Mathieu Delerme à Avignon, je n’ai rien imaginé de plus inhumain.

Ça m’a coûté cher. Je n’ai pas pris de plaisir. Si j’avais voulu ça, j’aurais été à Bastille ! (#guerredesboutons). J’ai passé les 2 h 30 à mater les stucs de nues géantes dorées jouant de la trompette en écoutant Mozart, et en tâchant de ne pas jeter de coup d’œil sur la scène de peur de pleurer de rage face à ce foutage de gueule.

Je jurais, mais un peu tard, qu’on ne m’y prendrait plus.

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