Je vois déjà les réducteurs indigents se dire « l’art moderne, encore des histoires sur des types qui mettent une tâche bleue sur une toile et qui prétendent que c’est de l’art parce qu’un millionnaire en a fait l’acquisition ».  J’entends souvent ce type de discours, car il est tellement facile de fixer sur un objet, que d’observer les conditions de la création de ce même objet. 

C’est dans cette complexité de l’appréciation que le travail de Guillaume Robin nous apporte un peu de clarté. Il nous fournit la preuve que l’art résulte d’un artiste, qui lui-même possède une histoire. Derrière la tâche ou le coup de maître se cachent des hommes ou des femmes ; derrière ces hommes et ces femmes se cachent des années de labeur, qui elles-mêmes cachent des pulsions, des peurs, des traumatismes, des rêves… Ainsi, G. Robin nous pose le cadre, à savoir que l’art n’est rien sans l’artiste, et que ce dernier, même élevé au rang de demi-dieu, demeure un homme ou une femme parmi les mortels.

Ce livre est confortant, car il met en exergue une autre idée peu répandue dans les ouvrages sur l’art, celle d’un universalisme, ou plutôt d’une égalité qui transcende l’être. Il permet de comprendre que l’art moderne n’est pas le produit d’une élite, et encore moins réservé à une oligarchie, mais un bien commun à la disposition de toutes et de tous.

Sous prétexte de secrets, Guillaume Robin dissèque les trajectoires et multiplie les analyses d’artistes et de faiseurs d’Art tels que Marinetti, Duchamp, Picasso, Bucher, Warhol et Klein. Il démontre que ce n’est pas uniquement l’œuvre mais le contexte de sa création qui importe, ainsi que le voyage de celle-ci jusqu’à sa postérité; pour qu’elle se transforme en œuvre d’art. C’est une affaire de généalogie.

A travers ce travail de congruence historique, politique, psychanalytique, Guillaume Robin nous plonge dans une réalité qui nous fait comprendre les apports de l’art moderne. Nous recommandons ce livre car il est accessible à tous et à toutes. Bonne lecture !

A noter :

  • Le style est fluide et les éléments enrichissants, il faut dire que ça commence en fanfare avec Marinetti et que ça finit sur quelques notes de douceurs avec Klein.
  • Les passages sur Duchamp et Picasso sont subtils et parfaitement orchestrés.

Guillaume Robin, essayiste et historien d’art, est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Lettrisme, le bouleversement des arts (Hermann), Les Peintres oubliés, du Quattrocento à l’ère moderne (Ovadia), Picasso & Paris (Hugo & Cie) et Les Secrets de l’Art moderne (Art3/plessis)

Recommended Posts