L’histoire du Richard et Mildred Loving, porté au cinéma par le réalisateur Jeff Nichols, nous emporte dans une époque où aimer une personne et choisir de vivre avec, relevait d’une bataille d’avance perdue. Aujourd’hui, et un peu partout dans le monde, vivre avec quelqu’un que l’entourage immédiat, l’environnement relationnel, ce qu’on appelle les « normes sociales » ne valident pas pose encore problème.  Mais aux yeux de qui donc ? Qui se cache derrière le regard qui désapprouve et qui réprouve nos choix amoureux ?

La force du qu’en dira t-on régit beaucoup de sociétés, de mœurs, d’univers insoupçonnés et des pays s’en sont même inspirés pour fabriquer leurs lois.

A y repenser, comme on peut le voir dans le film, qu’est-ce qui est plus fort que la loi, l’intimidation et l’inquiétude collective ? La force d’un amour peut-il supporter le prix d’être mis sur la touche ?

Le moment où Mildred Loving, surnommée « Brindille »- incarnée par la désarmante Ruth Negga- conclut que se rebeller valait bien le coup (l’affaire a fini par être portée devant la Cour Suprême des Etats-Unis), elle dit très simplement « qu’on peut perdre les petites batailles mais qu’on peut finir par emporter la guerre ». C’est l’une des plus belles scènes du film. Car finalement, personne va a l’encontre de quelque chose, bien au contraire, chacun est resté soi-même. En se mariant avec une femme de couleur, Richard Loving a choisi d’assumer comme il assume son métier de maçon où il fabrique du ciment toute la journée pour construire des maisons. Un ciment a l’image de son amour pour son épouse. Envers et contre tout.

Contre le shérif qui les menace régulièrement, c’est toute une société qui les rejette puisqu’elle pense « que le rouge-gorge ne va pas avec le moineau » ; Les regards qui condamnent ce couple, révèlent bien plus que la peur de la différence : la crainte de devenir multiple, indéfini car « les gens mélangés finissent par se perdre ». Merci Shérif, adieu.

Que reste t-il de cette victoire d’un couple mixte américain rural des années 5O ?

Sur Terre, il reste des maisons solidement bâties sur des préjugés raciaux, des phobies de mélange social ou, bien plus complexes, des clichés tenaces sur les caractéristiques physiques (le roux, l’obèse, l’anorexique, la blonde, etc). Le tout forme ce refuge chaud et confortable pour les recalés du Bonheur qui s’y abritent comme bon leur semble, et qui transmettent a leurs enfants cette théorie de la contagion qui n’existe pas et dont tout le monde s’aperçoit qu’elle est une maladie des siècles.

En savoir plus (et en anglais!) :  http://time.com/4533385/life-magazine-loving-grey-villet/

Actuellement au cinéma :

LOVING

Sortie le 

15 Février 2017

 2h03min

avec : Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas, Nick Kroll, Jon Bass

Grande-Bretagne, U.S.A. / Drame, Romance / Tout public

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