Damien Odoul expose ses visions de la nature à la galerie Laure Roynette, dans le 3e.

J’y suis allée avec mon nouvel homme. Le plus vieux. L’original. Le dragueur de librairie. Celui qui m’amène sans me laisser choisir, qui paie à la place d’offrir, qui soigne à la place d’aimer. Celui que je soupçonne d’être marié, car son attitude est trop discrète pour une personnalité aussi envahissante. Il m’a emmenée à l’exposition du cinéaste + poète + plasticien Damien Odoul.

Damien Odoul, Vision 5, 2015. <br />© Damien Odoul et Galerie Laure Roynette.

Damien Odoul, Vision 5, 2015.
© Damien Odoul et Galerie Laure Roynette.

On y voit des visions de l’homme à propos de la nature. Il y a une forêt accueillante, une force tranquille, qui est filmée en cours de destruction en tant que simple consommable, avec des bêtes mécaniques, horribles, puissantes, métalliques, efficaces, aveugles… des Transformers. C’est la part de vidéo par laquelle je recommande de commencer la visite.

Et puis il y a les photos, prises pour exprimer la puissance de la nature naturante. Où les branches des arbres surgissent d’un fond noir, comme un long éclair. On perçoit comme l’aura de la végétation. Les photos installent la nature comme énergie vitale, contre une vision de ressource exploitable.

De quoi peut-on discuter devant de l’art contemporain ? C’est tellement individuel, personnel, singulier. Si l’on parle, on risque très rapidement de trop parler, de parler pour ne rien dire, de se ridiculiser à déblatérer des banalités ou des remarques déplacées. C’est devant ces Visions que je me dis que c’est stupide d’aller en couple à une expo contemporaine : le risque de n’avoir rien à échanger à son sujet, peut ébrécher sérieusement la relation.

Damien Odoul, Vision 4, 2015. <br />© Damien Odoul et Galerie Laure Roynette.

Damien Odoul, Vision 4, 2015.
© Damien Odoul et Galerie Laure Roynette.

Et bien lui, mon nouvel homme, mon plus vieux, mon sans-doute-déjà-marié, mon mystérieux, il trouve la bonne phrase au bon moment.

On est devant une Vision de Damien Odoul, en écoute de la lecture de son poème. Le poème s’achève. Notre visite devrait arriver à sa fin. Je m’évade encore un peu devant le tableau le plus clair, plongeant mon reflet dans une forêt humide et vive, et mon binôme de soirée me demande « as-tu déjà fait l’amour en forêt ? » Évidemment que oui, j’ai été curieuse avant d’avoir une voiture, avant même mon premier placard étudiant ! Donc oui, j’ai déjà été contrainte de rencontrer le loup dans l’univers bucolique et tranquille des forêts. C’est poétique, un peu excitant, et inquiétant compte tenu des risques d’attaques d’insectes.

Il continue et explique que la plupart des hommes aiment forniquer dans des lieux inhabituels. C’est un moyen d’entretenir ou de relancer l’excitation. La plupart du temps, les lieux fantasmés sont les transports en commun ou autres lieux publics où le risque d’être surpris électrise d’autant plus la pulsion, la rendant aussi courte qu’elle est espérée intense. Mais un lieu vraiment bon est une forêt.

Damien Odoul, Vision 2, 2015. © Damien Odoul et Galerie Laure Roynette.

Damien Odoul, Vision 2, 2015.
© Damien Odoul et Galerie Laure Roynette.

À bien y penser, la forêt vous regarde sans vous juger. Elle vous accueille, vous met à disposition ses cachettes, ses sons vivants, ses parfums de musc et de terre ; elle laisse le vent apporter une petite fraîcheur et le soleil piquer quelques surprises. C’est évident que la forêt est l’endroit le plus adapté aux ébats sexuels originaux.

Cette énergie naturelle est matérialisée dans les tableaux de Damien Odoul. C’est ce que m’a appris mon beau compagnon, que je garde (malgré sa femme et mon mec).

Par Bénédicte

Damien Odoul, Les Visions, du 17 mars au 23 avril 2016, à la Galerie Laure Roynette, 20 rue de Thorigny, 75003 Paris

Recommended Posts