Face à son épouse Rose (incarnée par la tragique et oscarisée Viola Davis), Troy Maxson radote. Il ne fait que ça lorsqu’il rentre au bercail après une longue journée à ramasser les poubelles. Incarné par des acteurs terriblement doués, le dernier film de Denzel Washington, FENCES,  nous offre l’une des plus belles interprétations de l’Homme ordinaire : mieux encore, il donne, se donne et livre tout en interprétant ce père de famille ivre et arrogant face à la mort.

C’est l’histoire d’un homme qui a été père plusieurs fois, de différentes façons : d’abord vacant, puis présent et enfin, accidentel. C’est aussi l’histoire d’un époux terrible de rage et de tendresse « qui s’abat sur sa femme pour atteindre le néant » et dont la promesse sera de dresser la clôture la plus haute autour de sa maison pour « voir si la Faucheuse osera encore venir le chercher ».

Toute sa vie, Troy Maxson va défier la Mort. Et à quel prix…

Puissant et coupable, cet éboueur vit dans une maison correcte qu’il a pu obtenir grâce à la pension dont ne peut profiter son frère Gabe, rendu simplet par une guerre qui lui a fauché la raison (incarné par un Mikelti Williamson proche du génie). Déjà père d’un garçon qui revient le voir chaque jour de paie, il célèbre son épouse Rose qui cuisine et sèche le linge en l’écoutant vomir sur le sport («  de Blancs ») et la vie. C’est évident, le fantôme de la maison, ce n’est pas la guerre, c’est le Base-Ball : ce sport qui a brisé tous les rêves de cet homme.

Pétri d’aigreur, Troy se met en tête d’empêcher son fils d’être recruté dans une équipe universitaire afin de lui éviter ce qui lui est arrivé quelques années plus tôt. Troy freine, pinaille, brime et humilie son fils Cory qui voit ses 17 ans voler en éclats contre le mur des études et des obligations. C’est décidé : personne, pas même la mort, ne viendra briser le rêve de quiconque sortie de cette amertume bruyante : Troy ne se contente pas de saboter les évasions de son fils, il lui noircit le cahier neuf de l’existence.

Il nous apprend enfin lorsqu’il braille, dans un quasi huit-clos des années 50, «  qu’on est déjà né avec deux strikes* en moins, qu’on est déjà sous le marbre ». Il défie cette Mort qui retarde plusieurs fois de le prendre au point qu’il tranchera lui-même le regard solidaire d’une épouse fidèle. Celle-ci, frappée par l’injustice de l’écart conjugal, finira par rétablir l’image du père en se dévouant à ce qui restera de lui.

Pour en savoir plus (et en anglais !) :

https://www.backstage.com/news/awards-season/fences-features-superb-ensemble-cast-performance/

 

Actuellement au cinéma :

FENCES

Date de sortie            22 février 2017 (2h 19min)

De                               Denzel Washington

Avec                            Denzel Washington, Viola Davis, Mikelti Williamson

Genre                         Drame

Nationalité                 Américain

*Strike signifie une prise (un essai de lancer de balle) au Base-Ball. Le lanceur a droit à 3 prises

Recommended Posts
Comments
  • Jhett

    That’s cleared my thoughts. Thanks for corinibuttng.