Dans un café aux abords de Beaubourg, face à Tilmann Grawe, l’allure longiligne soulignée par sa petite veste noire cintrée, respirant la sobriété avec en plus, une petite touche décalée, de derrière ses lunettes phares, en corne de buffle, il me regarde l’air serein.

« Une vision sans frontière et sans contrainte, cet intrépide créateur, s’éloignant des idées reçues nous dévoile un aperçu de sa perception de la Femme. »

Originaire de Francfort, Tilmann Grawe s’établit à Paris pour étudier à la Chambre Syndicale. Il débute chez Louis Féraud Haute Couture, où il s’insère dans une formation traditionnelle et s’imprègne d’un savoir faire classique. À partir de 1989, il présente pour la première fois ses propres créations. Mais c’est à partir de 1992, lors de sept années de collaboration fécondes avec Paco Rabanne, qu’il dévoile son appartenance et s’adonne à l’expérimental. Loin de la frénétique ébullition médiatique, dans toute sa discrétion, il s’impose peu à peu à travers les contrées du monde. Lors d’événements comme la Fashion week de Huma, Berlin, Chicago, ou Rome mais aussi notamment lors d’expositions artistiques, ainsi qu’aux travers d’actions humanitaires.

Sa marque de fabrique : l’alliage entre les matières nobles, comme la soie, le cristal, ou les plumes, et les matières brutes, plus industrielles, tel que le plexiglas ou le polyester.

Libre de tous préjugés,  s’éloignant des standards, pour lui chaque matière à ses avantages et ses inconvénients, il n’en condamne aucune car l’important est de savoir faire ressortir chaque particularité de chaque matière afin de trouver un équilibre, une harmonie générale. Il se dédie exclusivement à la Femme, qui est plus glamour et donc plus tentante. Elle lui offre une large palette de fantaisies, d’excentricités, que l’homme derrière ses tabous et devant ces barrières limite.

« Le champs d’expression autour de la Femme est sans fin. »

La Femme, qu’il veut forte, à l’égale de l’homme, dégage un coté strict, déterminé, de part la symétrie et les matières brutes de ses créations. Toutefois, il la met en avant, l’ornant de pierres précieuses, la parant de plumes, restant toujours dans l’idée de mettre le corps en valeur, d’être flatteur. Parfois, il s’amuse et la dénude, l’entourant de plexiglas, ou de cristal pour plus de transparence, de translucidité.

« La limite du vulgaire au sexy étant très proche. »

Tilmann Grawe traite la nudité dans le respect du corps. La femme sans artifice, plus épurée, plus transparente sans qu’elle ne soit aseptisée. Il la représente dans toute son intégralité, puisant dans la diversité le choix de ses mannequins.

« Je les veux de tous horizons car c’est ma vision du monde. »

Une vision sans frontière et sans contrainte, le beau à son goût ne possède aucune définition, il peut être complètement à contre courant. Il s’agit d’une allure, d’une particularité que l’on dégage. À travers la trame onirique de ses oeuvres, il dévoile l’empreinte de son engagement. La coiffe Marianne ornée de cristaux Swarovski en est le plus bel exemple, représentant le bonnet phrygien des sans culotte, elle est entièrement conçu de pièces de 10 et 20 centimes d’anciens francs à l’effigie de Marianne, symbole de la Révolution et de l’avènement de la République.

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Ce combat pour la liberté se traduit non seulement dans ses créations mais dans sa manière de vivre, mettant son talent dès qu’il le peut au profit de causes humanitaires, en confectionnant par exemple des poupées pour les enfants du Darfour ou en soutenant des personnalités comme Eunice Walker Johnson, aujourd’hui décédée, s’étant battu dans les années 70 afin d’intégrer dans les coulisses des défilés, du maquillage pour tout type de teint.

Tilmann Grawe, artiste engagé, un brin avant-coureur, aimant les risques, se démarque dans toute cette orgie de créateurs en brandissant la Femme, tel un glaive, l’imprégnant d’une force impétueuse et virulente, tout en préservant sa pureté sophistiquée. Il l’incarne dans toute son originalité sans la contraindre, lui insufflant Audace et Impunité !

Quels sont les personnes qui vous ont inspiré ?

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Yves saint Laurent, pour ces mélanges de couleurs notamment le fushia et l’orange, ainsi que son audace.

Madame Grès, pour ces magnifiques drapés qui nous plongent dans un univers antique.

Mugler, pour son excentricité et son glamour.

Quels sont en trois mots les adjectifs qui pour vous incarnent votre idéal de la Femme ?

La Femme devrait être Libre, Sensuelle, Éthique !

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