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Culture du mystère : Une stratégie gagnante pour les artistes

Mère du phénomène, Mylène Farmer a un don : celui d’avoir bâti une carrière à succès, reposant sur le mystère des plus complets. Ambiguïté des mots, images en veux-tu, en voilà, dire sans dire… Et si le succès artistique résidait dans la rareté, le mystère ?

Le mystère comme appât

Je ne vous apprends rien. Le mystère pousse et poussera toujours au questionnement. Le public, aussi curieux qu’il soit, fait vivre l’artiste à travers ses spéculations. Derrière celui-ci, se cache une personne comme vous et moi, en somme, parfaitement banale. Crée-t-on alors une imagerie du mystère pour étouffer une banalité ? Pour masquer un manque de talent ? Ou pour imposer une barrière entre l’artiste et le public ? S’agit-il d’un problème de légitimité vis-à-vis de leur art ? De nombreuses questions qui fusent et qui resteront, je le crois, sans réponses…

Dans bien des cas, la rareté est synonyme de précieux, donc d’attirant. Que cette stratégie ait été désirée ou non, elle s’est révélée payante pour de nombreux artistes. Voici trois portraits d’artistes empreints de mystère…

Martin Margiela ou la marque sans visage

Archives mode, 1995 Margiela
Archives 1995, Margiela

Couturier fantôme belge, il a fait les beaux jours de la mode. Roi de l’avant-garde, c’est fin 2009 qu’il quitte sa propre maison de couture où il y aura officié pendant 21 ans. En parallèle, de 1997 à 2003, il sera à la tête de la maison Hermès. Sa marque de fabrique ? Le conceptuel, l’épuré, mais surtout l’anonymat ! S’effacer au profit de son art. Que ce soit dans la construction de sa marque : magasins épurés, blouses blanches pour les employés, mannequins masqués ou sur le créateur en lui-même : pas de salut en fin de défilés, encore moins d’apparitions en public.

Loin de lui sa volonté d’être starifié, il préférera mettre en avant le travail du collectif. En bref, une stratégie anti-marketing comme stratégie marketing avant l’heure !

Banksy l’invisible

La jeune fille triste, Banksy
La jeune fille triste, Banksy

Actif depuis les années 1990, ce digne représentant du street art fait la promotion d’un art revendicatif mêlant politique et humour. C’est l’exposition “Turf War” en 2003 qui le fera connaître du grand public. Cependant, l’activité étant illégale, il est difficile de s’assumer aux yeux du monde entier.

De nombreuses spéculations sont émises autour du personnage britannique. On parle de Robert Del Naja, leader du groupe Massive Attack, comme étant le possible Banksy. Les spéculations continuent et s’arrêtent sur le graffeur Jamie Hewlett, connu comme étant le graphiste du célèbre groupe de musique Gorillaz. Les recherches ont aussi pointé du doigt un certain Robin Gunningham, un parfait inconnu de Bristol, lui aussi graffeur… Néanmoins, la rumeur la plus folle revient à Steve Lazarides, bras droit de Banksy pendant près de 10 ans. Toutes ces rumeurs ont été démenties laissant planer le mystère sur la véritable identité du graffeur. Le roi du pochoir fait couler beaucoup d’encre. Il n’y a pas une année sans qu’il ne fasse parler de lui. Dernièrement, l’oeuvre de “la jeune fille triste” du Bataclan a été retrouvée en juin, en Italie.

Au vu du caractère illégale de cet art, il ne s’agit pas là d’une stratégie marketing mais plutôt d’une discrétion obligatoire pour éviter tout problème avec la justice. Ce qui, dans un même temps, a pu profiter à l’artiste.

Isabelle Adjani, l’énigmatique

Culture du mystère
Isabelle Adjani

Ce sont ces rôles où elle y joue des personnages à la psychologie instable qui sont en partie, responsables de son image de femme “énigmatique”. La reine Margot, L’été meurtrier, Possession…Tous ces films n’ont fait que renforcer cet aspect aux yeux du grand public.

Quant à sa vie personnelle, à la fin des années 80, on lui prête une rumeur : elle serait malade du Sida. Elle viendra démentir celle-ci sur le plateau du journal TV de TF1. Elle connaît également de nombreux remous niveau sentimental, notamment avec son divorce avec le célèbre acteur Daniel Day-Lewis.

Côté famille, l’actrice souffre pendant longtemps de voir l’humiliation que son père subit car algérien. A l’intérieur du foyer, elle parle d’un “racisme conjugal violent” dont elle est témoin. En effet, sa mère allemande n’accepte pas les origines de son mari. Puis, il y a le décès de son frère cadet en 2010 qui lui laisse une marque indélébile…

Les épreuves de la vie ont façonné sa personnalité. En dehors de ses rôles à la psychologie extrême et de sa vie privée dense et mouvementée, on aurait presque du mal à se faire une idée de qui est véritablement Isabelle Adjani. Peu médiatisée, on devine que sous ces grandes lunettes, elle porte en elle une pointe de mélancolie et de tristesse. Elle avouera dans une interview pour Psychologies magazine qu’elle tient le sens du secret et mystère de son père. Souci de pudeur oblige, il n’est pas commun pour les algériens de dévoiler ses sentiments et émotions.

Une stratégie basée sur la rareté & la discrétion sera toujours plus intéressante qu’un positionnement maladroit qui pourrait coûter cher à l’artiste, quel que soit son domaine… A l’ère de l’auto promotion à outrance, cultiver le mystère est-il encore pertinent en 2020 ? La jeune génération, elle, continue de surfer sur cette vague. Le groupe de rap PNL l’a déjà adoptée, alors convaincus ?

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