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L’Odyssée Sensorielle : expo immersive et olfactive au Muséum d’Histoire Naturelle

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L’Odyssée Sensorielle : expo immersive et olfactive au Muséum d’Histoire Naturelle

Sens ou raison ? Dans cet éternel débat, L’Odyssée Sensorielle a résolument choisi le camp… sensualiste ! Cette exposition, qui se tient à la Grande Galerie de l’Évolution du Muséum national d’Histoire Naturelle de Paris jusqu’au 4 juillet prochain, nous propose de partir à la redécouverte de notre planète, en titillant nos sens. Elle sollicite ainsi la vue, l’ouïe et surtout l’odorat. Dans l’interview qu’ils nous ont accordé, Gwenael Allan, à l’origine de ce nouveau concept d’expo sensorielle et immersive, et Delphine de Swardt, une des curatrices olfactives de L’Odyssée Sensorielle, nous ont expliqué leur démarche…

Delphine de Swardt est une spécialiste des odeurs. Elle a d’ailleurs longtemps travaillé pour l’industrie du parfum. Également universitaire, elle a rédigé sa thèse de doctorat sur les mots de la création olfactive. Elle fait aujourd’hui partie du collectif NEZ, le mouvement culturel olfactif. À ce titre, elle a rejoint l’équipe de consultants assurant la curation olfactive de L’Odyssée Olfactive.

Venu du Québec où il a notamment travaillé pour le Cirque du Soleil, Gwenael Allan est diffuseur et producteur de spectacles pour le marché international. Concernant L’Odyssée Sensorielle, il s’agit de la toute première version de ce projet, appelé à évoluer. Comme il nous l’a expliqué, « L’Odyssée Sensorielle a été montée en partenariat avec le Muséum national d’Histoire Naturelle. Il s’agit d’une nouvelle manière ludique mais néanmoins stimulante d’aborder l’histoire naturelle. Par la suite, nous comptons internationaliser ce projet en le dupliquant pour d’autres musées et lieux à travers le monde. Avant tout, nous avons voulu créer une expérience immersive et sensorielle pour le public d’aujourd’hui ».

L’Odyssée Sensorielle, une expo qui parle aux émotions

Partie prenante du collectif NEZ regroupant journalistes, scientifiques, historiens, sémiologues et autres passionnés d’odeurs et de parfum, Delphine a participé à la curation olfactive de L’Odyssée Sensorielle. Comme elle nous l’a expliqué, « nous avons sélectionné la collection de parfums venant en soutien de la narration et du voyage proposés par l’expo. Nous avons ainsi travaillé en partenariat avec la société de composition de parfums IFF, qui a fabriqué ces essences ».

Gwenael tenait à donner à l’odorat un rôle premier dans L’Odyssée Sensorielle. Ce que Delphine comprend tout à fait. « Dans notre cerveau, nous a-t-elle rappelé, les circuits liés aux émotions et aux odeurs sont interconnectés. Ainsi, quand nous parlons à l’odorat, nous parlons aux émotions. Il s’agit de la manière la plus directe de toucher une personne, au-delà même du langage. En effet, une odeur n’est pas immédiatement traitée par notre cerveau conscient. Elle est d’abord un langage émotionnel et affectif ». Véritable machine à remonter le temps, une odeur peut ainsi nous renvoyer à des expériences passées, d’ordres familial ou relationnel.

Delphine a poursuivi : « comme L’Odyssée Sensorielle se voulait une expérience immersive, il était capital que les odeurs en constituent une des portes d’entrée. Ce qui est novateur, car jusqu’à présent, l’odorat a toujours été très peu (et pas assez bien) traité ». L’exposition cherche donc à sensibiliser le public au spectacle du vivant par le biais des émotions, pour susciter l’émerveillement.

Delphine de Swardt (c) Nez - le mouvement culturel olfactif / Gwenael Allan (c) V. Vial
Delphine de Swardt (c) Nez – le mouvement culturel olfactif / Gwenael Allan (c) V. Vial

Gwenael Allan : de l’émerveillement à la responsabilité, en passant par l’humilité

Avec L’Odyssée Sensorielle, Gwenael tenait à « donner naissance à un spectacle qui soit en phase avec le monde d’aujourd’hui. À la fois participatif et high tech, j’ai voulu donner naissance à un show d’un type nouveau. Mais je voulais que cela reste un spectacle, c’est-à-dire une expérience collective ».

Gwenael est parti des « sciences naturelles », version 19e siècle (l’expo est d’ailleurs située dans la Galerie de l’Évolution). Puis il a voulu moderniser la présentation qui en est généralement faite, grâce au numérique et au sensoriel. « L’Odyssée Sensorielle donne des super pouvoirs aux visiteurs, devenus tout à coup capables de voir, sentir ou entendre des choses inconnues jusqu’alors. Pour cela, nous avons augmenté la taille, nous avons joué sur les rythme, durée et vitesse, créant un effet de sidération. Nous pensons que l’émerveillement est une manière de donner envie d’apprendre, de prendre soin et finalement de conserver ».

Dans la lignée de David Attenborough

Ainsi, L’Odyssée Sensorielle se distingue des documentaires insistant sur la menace d’extinction pesant sur nos têtes, reprenant la démarche d’un David Attenborough. Dans ses derniers documentaires, le célèbre naturaliste britannique amène le public à s’émerveiller devant la chose filmée, certes. Néanmoins, il constate que le monde a changé, intégrant à son message un peu du catastrophisme ambiant.

De la même façon, Gwenael a pris le parti de mettre en avant la beauté, la richesse et la complexité de notre monde. Selon lui, « nombre de personnes mettent en avant la menace pesant sur les écosystèmes. Pour autant, ni les mentalités, ni les comportements ne changent ». En replaçant l’humain au sein du règne animal, en le montrant comme une espèce parmi d’autres, Gwenael a cherché à insuffler un peu d’humilité aux visiteurs. « Car, avec l’humilité vient la responsabilité, puis l’envie d’agir », a-t-il insisté.

Le visiteur se retrouve ainsi littéralement plongé au cœur de notre monde, par le biais d’écrans géants. Par exemple, la séquence des cachalots les montre à échelle réelle, les déployant sur 18 mètres d’écrans. Au milieu de ces splendeurs naturelles, un tout petit sac en plastique fait une apparition soudaine. Néanmoins, sa présence suscite un choc. Selon Gwenael, « c’est un détail, certes. Cependant, nous avons voulu nous situer dans le monde réel, non pas seulement dans le rêve. Parfois, il suffit d’un tout petit détail pour conscientiser le visiteur ».

L’Odyssée Sensorielle : un exploit visuel…

Chacune des huit salles de l’expo présente un écosystème particulier, en résolution 8K. À chaque salle correspond un habitat traité à chaque fois de manière différente sur le plan artistique. « Dans le cas des insectes, nous a expliqué Gwenael, nous avons utilisé une caméra munie d’une lentille permettant de filmer jusqu’à 2.000 images par seconde. Cela permet aux spectateurs de distinguer le petit poil sortant du nez d’une abeille, par exemple. Ces techniques, nous les avons empruntées aux crash tests. En effet, ces derniers requièrent une analyse extrêmement précise de tous les soubresauts d’un corps soumis à un accident ».

Les innovations ne se sont pas limitées au tournage des images seulement. Elles ont aussi concerné leur projection. Ainsi, la scénographie de L’Odyssée Sensorielle est fondée sur des écrans délimitant des espaces au sein desquels les visiteurs déambulent. Selon Gwenael, « il s’agit d’une manière inédite de présenter une exposition : nous ne sommes pas vraiment dans un musée au sens traditionnel du terme. Pour autant, nous ne sommes pas au cinéma non plus ».

… doublé d’un exploit olfactif

Concernant la dimension olfactive de l’expo, Gwenael et ses équipes n’ont pas nécessairement cherché à capter les odeurs originales émanant de chacun des lieux. Les parfums que percevra le visiteur sont le résultat de la combinaison de plusieurs savoir-faire, dont celui de « nez » ou experts des odeurs, comme Delphine de Swardt. Ces derniers ont contribué à créer les molécules permettant une connexion olfactive avec les images montrées aux visiteurs. « Curatrice d’un genre nouveau, Delphine a fait en sorte que nous soyons dans l’odeur de la chose vue, tout en prenant en compte son interprétation émotive », nous a confié Gwenael.

Grâce à un système de diffusion innovant, les odeurs perçues sont dénuées de rémanence et totalement sanitaires. « Nous avions besoin d’un dispositif nous permettant d’embaumer l’ensemble des espaces, a poursuivi Gwenael. Nous avons donc eu recours à une vingtaine de canons olfactifs (jusqu’à trois dans la même salle). L’intérêt de l’odeur, c’est que cela donne tout d’un coup aux images, aux sons et au reste, une vérité immergeant le visiteur ».

Une expo qui prête au rêve et à la méditation

Gwenael et Delphine ont été surpris par les réactions des personnes qui ont déjà vu L’Odyssée Sensorielle. « Nous nous demandions en particulier comment les enfants allaient réagir. Nous craignions que l’utilisation des portables n’interfère avec l’expérience. Dans les faits, les groupes parcourent l’expo en silence, dans une attention, une observation et un étonnement très surprenants. Finalement, les visiteurs utilisent très peu leur téléphone. Ils ne parlent presque pas. Les enfants, en particulier, semblent littéralement absorbés par ce qu’ils voient ». Les adultes, quant à eux, ont l’impression de retomber en enfance. Certains ont ainsi déclaré au sortir de leur visite : « L’Odyssée Sensorielle a vraiment représenté pour nous une pause, comme si nous avions fait la sieste pendant une heure et que nous nous étions mis à rêver ».

Affiche de L'Odyssée sensorielle (c) Sensory Odyssey Studio/MNHN
(c) Sensory Odyssey Studio/MNHN

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