Thomas Arnal : « L’innovation est mon moteur, la tradition, mon support »

Thomas Arnal

Thomas Arnal, artiste et artisan verrier, a installé son atelier et son entreprise, la Compagnie du Verre, en région parisienne. | Rencontre.

Installée à Pantin à deux pas de la Porte de la Villette, la Compagnie du Verre n’emploi que la manière traditionnelle en transformant le verre à froid. Un savoir-faire que Thomas Arnal utilise pour magnifier ses créations ornementales et décoratives. Dans ce grand studio calme et lumineux se succèdent les salles de sablage, de sciage et d’impression où gravure, collage et burinage s’opèrent sur la matière.

A l’instar d’autres artisans graveurs sur verre, Thomas Arnal mène ses créations de la conception à la réalisation, employant une technique perfectionnée lors de sa formation à l’Atelier Bernard Pictet. Alors que d’aucuns se limitent à une exploitation pratique du verre, il étudie ses possibilités artistiques et imagine des œuvres fabuleuses… parfois même inattendues. Tomsky de son nom d’artiste, exposait en 2017 « Réfléxions mises en lumières » à la galerie Post Tenebra Lux aux Baux-de-Provence. En s’appuyant sur le décor caverneux et sépulcral du lieu, le jeune artiste fait du jeu de lumière le point d’orgue de son travail. La réflexion lumineuse, genèse de son oeuvre artistique, est également exploitée dans son travail artisanal, alors signé ‘La Compagnie du Verre’.

Si Thomas Arnal a suivi la formation traditionnelle de l’Ecole Boulle, ses travaux artistiques sont davantage inspirés d’anecdotes de vie quotidienne et de réflexions personnelles que de cours académiques. Par ses pièces sculptées, gravées, polies ou teintes, Il dépasse merveilleusement ses qualités techniques et donne à ses œuvres une vraie dimension artistique. Il y apporte de la poésie, de la passion et de la fantaisie… chapeau l’artiste !

Parlez-nous un peu de vous, votre parcours, votre passion pour l’Art ?

J’ai toujours eu une sensibilité artistique, une attirance pour le travail manuel et un esprit créatif. J’ai compris tôt où je voulais aller, quelle direction je voulais prendre. C’est ce qui m’a permis d’aller droit au but et de poursuivre ma formation en agencement de l’espace architectural. J’ai pu avoir une vue d’ensemble des différents métiers liés à l’architecture. Après mes études, mon objectif était de comprendre en profondeur les différents corps de métiers (verrerie, ébénisterie, chaudronnerie, etc.), car c’est important pour moi d’apprendre à réaliser et à fabriquer mes idées de mes propres mains.  Par la suite, j’ai intégré l‘Atelier de gravure sur verre Bernard Pictet et appris à travailler le verre à froid pendant plusieurs années. Ça m’a passionné, et j’ai eu envie de continuer dans cette voie.

Vous avez été fasciné par le verre pendant votre apprentissage. Pourquoi ce coup de foudre ?

C’est un matériau magique, complètement lié à la lumière et à ce qui l’entoure, laissant entrevoir ce qu’il y a de l’autre côté. Le verre est un matériau absolument unique nécessitant une technique unique. Il est assez contradictoire en lui-même ; transparent mais présent, invisible mais lourd… Il nécessite une approche très particulière dans son travail et son utilisation.
Le verre c’est aussi le matériau de base pour beaucoup d’objets de notre quotidien, il est partout autour de nous. Dans les fenêtres, les bouteilles, les lunettes, les écrans… On ne s’en rend même plus compte, on ne le voit plus. Mon objectif, c’est de le rendre visible, de le magnifier.

Vos créations artisanales sont visibles sur votre site ‘La Compagnie du verre’. En quoi votre travail se différencie-t-il de celui des autres ateliers de verrerie ?

Ma particularité c’est que je travaille exclusivement le verre à froid. C’est rare. En excluant le travail à chaud de mes possibilités, je développe d’autres solutions en utilisant, par exemple, le sciage, le burinage, la gravure, le collage… J’ai envie de faire découvrir ce travail de graveur sur verre car les architectes ne le connaissent pas forcément. Pourtant, les possibilités sont énormes. Heureusement de grands artistes et décorateurs qui connaissent bien le matériau ont fait appel à moi dès l’ouverture de mon activité. Je pense entre autres à Vincent Darré, Luc Deflandre, Alban Duchateau, Yann Kersalé ou encore Mathias Kiss.

Vous inspirez vous du travail d’autres artistes verriers ?

Au début de mon apprentissage, probablement, de façon inconsciente. J’apprenais les techniques et j’étais dans une démarche de reproduction et de perfectionnement. Maintenant, je réfléchis moi-même chacun de mes travaux et exploite chacune de mes idées. Expérimenter est assez excitant. C’est d’ailleurs l’envie d’innover et d’améliorer les techniques et concepts classiques qui m’a décidé à continuer de travailler le verre dans mon propre atelier.
L’innovation fait partie intégrante de ma démarche. Je suis en constante réflexion, tirant mon inspiration de tout ce qui m’entoure ! Les idées me viennent comme ça, n’importe où. Je dois les noter pour m’en rappeler. Disons que mon moteur est l’innovation et mon support, la tradition.

Vous êtes à la fois artiste et artisan, connu à la fois sous les noms de Tomsky et La Compagnie du Verre. Comment différenciez-vous ces deux métiers ?

C’est une très bonne question. La frontière est en fait assez floue. J’ai appris le matériau en tant qu’artisan ; quand je pense à un projet, j’en visualise toutes les étapes à suivre avec la méthode et la rigueur d’un professionnel. C’est une force, mais aussi un frein à l’imagination.  Cela peut brider l’artiste en moi. Là où je m’éclate le plus, c’est quand je ne sais pas où je vais ! Il faut laisser une place à la surprise.
Le travail à la scie, par exemple, est assez satisfaisant dans le sens ou je ne suis jamais certain du rendu final. Il s’agit principalement d’expérimentation et d’improvisation.  Scier, c’est un peu comme une libération animale, instinctive et ultime L’artisanat est tout de même extrêmement lié à l’art. On est dans quelque chose qui relève de l’artistique mais qui ne l’est pas vraiment. On est obligé, en tant qu’artisan, d’avoir une sensibilité artistique pour mettre de l’âme dans notre travail et y ajouter cette petite valeur ajoutée qui fait la différence. Je suis définitivement artiste et artisan à la fois.

J’ai un pied de chaque côté de la ligne et je danse au-dessus.

Enfin, quels sont vos projets actuels ? Des expositions à venir ?

Je travaille en ce moment sur un projet pour la villa Médicis. Nous pensons peut-être participer au salon de Montrouge. Je suis en pourparlers à Londres avec une possibilité d’y présenter mes œuvres mais aussi de réaliser un chantier assez spécifique. Je suis en réflexion constante et envisage de nombreux projets.
En ce moment je me concentre essentiellement sur l’artisanat avant de me dédier davantage à la création artistique qui inspire chacun de mes travaux.

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