“Le verre est parmi les pierres comme un fou parmi les hommes, car il revêt toutes les couleurs et teintes.” Avicenne, philosophe et médecin.

 

Heureux celui qui est déjà entré dans un atelier de verrerie.
Entre ombre et lumière, le verre est un matériau aux propriétés uniques. Transparent, coloré, gravé, il peut à la fois occulter ou révéler un espace. Symbole de fragilité et de finesse, le verre est largement employé comme matériau de construction et d’architecture et compose quantité d’objets du quotidiens.

 

Pour rappel, le verre consiste en un mélange complexe de silice issue du sable ou du quartz, d’oxyde de sodium (carbonate) et de chaux ou de dolomie qui stabilisent le mélange. Fondues à très haute température (1300°-1500°C), la fusion des éléments forme la matière vitreuse.

Rares sont les artisans verriers qui travaillent le verre froid.
Thomas Arnal, artiste graveur sur verre, a installé son atelier et son entreprise, la Compagnie du Verre, en région parisienne du côté d’Aubervilliers. C’est un grand studio en rez-de-chaussée, calme et lumineux, mêlant harmonieusement les espaces de vie et de travail.
J’y découvre les salles de sablage, de sciage et d’impression. A travers les échantillons qu’il me présente, je m’initie aux différentes techniques – gravure, collage, burinage, etc.
A l’instar d’autres artisans graveurs sur verre, Thomas mène ses créations de la conception à la réalisation, employant une technique perfectionnée lors de sa formation à l’Atelier Bernard Pictet.
Alors que d’aucuns se limitent à une exploitation pratique du verre, il étudie ses possibilités artistiques et imagine des œuvres fabuleuses… et parfois très inattendues. Oeuvres présentées en 2017 lors de l’exposition ‘Réfléxions mises en lumières’ à la galerie Post Tenebra Lux aux Baux-de-Provence, où Tomsky, de son nom d’artiste, s’appuyant sur le décor caverneux et sépulcral de la galerie, fait du jeu de lumière le point d’orgue de son travail. La réflexion lumineuse, genèse de son oeuvre artistique, est également exploitée dans  son travail artisanal, alors signé ‘La Compagnie du Verre’.

 

Réflexions mises en lumières- Expsition aux Baux-de-Provence, 12-28 Mai 2017

 

Si Thomas Arnal a suivi la formation traditionnelle de l’Ecole Boulle, ses travaux artistiques sont davantage inspirés d’anecdotes de vie quotidienne et de réflexions personnelles que de cours académiques. Par ses pièces sculptées, gravées, polies ou teintes, Il dépasse merveilleusement ses qualités techniques et donne à ses œuvres une vraie dimension artistique. Il y apporte de la poésie, de la passion et de la fantaisie… chapeau l’artiste !

 

 

Thomas arnal

 

INTERVIEW

 

Parlez-nous un peu de vous, votre parcours, votre passion pour l’Art ?

J’ai toujours eu une sensibilité artistique, une attirance pour le travail manuel et un esprit créatif. J’ai compris tôt ou de voulais aller, quelle direction je voulais prendre, et ça m’a permis d’aller droit au but et de poursuivre dans la même école, après un bac à l’école Boulle, ma formation en agencement de l’espace architectural. C’est une formation vraiment intéressante, donnant une vue d’ensemble et technique des différents métiers liés à l’architecture. Après mes études, mon objectif était de comprendre en profondeur les différents corps de métiers ; verrerie, ébénisterie, chaudronnerie, etc. C’est important pour moi d’apprendre à réaliser, à fabriquer mes idées de mes propres mains.   J’ai intégré l‘Atelier de gravure sur verre Bernard Pictet et appris à travailler le verre à froid pendant plusieurs années. Ça m’a passionné, et j’ai eu envie de poursuivre dans cette voie.

 

Vous avez été fasciné par le verre pendant votre apprentissage. Pourquoi ce coup de foudre ?

C’est un matériau magique, complètement lié à la lumière et à ce qui l’entoure, laissant entrevoir ce qu’il y a de l’autre côté. Le verre est un matériau absolument unique nécessitant une technique unique. Il est assez contradictoire en lui-même ; transparent mais présent, invisible mais lourd… Il nécessite une approche très particulière dans son travail et son utilisation.
Le verre c’est aussi le matériau de base pour beaucoup d’objets de notre quotidien, il est partout autour de nous. Dans les fenêtres, les bouteilles, les lunettes, les écrans… On ne s’en rend même plus compte, on ne le voit plus.

Mon objectif, c’est de le rendre visible, de le magnifier.

 

Vos créations artisanales sont visibles sur votre site ‘La Compagnie du verre’. En quoi votre travail se différencie-t-il de celui des autres ateliers de verrerie ?

Ma particularité c’est que je travaille exclusivement le verre à froid. C’est rare. En excluant le travail à chaud de mes possibilités, je développe d’autres solutions en utilisant, par exemple, le sciage, le burinage, la gravure, le collage… J’ai envie de faire découvrir ce travail de graveur sur verre car les architectes ne le connaissent pas forcément, et pourtant, les possibilités sont énormes. Heureusement de grands artistes et décorateurs connaissant bien le matériau ont fait appel à moi dès l’ouverture de mon activité : Vincent Darré, Luc Deflandre, Alban Duchateau, Yann Kersalé ou encore Mathias Kiss.

 

Thomas Arnal, sculpteur, travaille dans son atelier sur une oeuvre en verre d'Alban Duchateau. Etape du sablage. Aubervilliers, France. 16 janvier 2018. © Antoine Doyen
La Compagnie du Verre pour Vincent Darré. © Gaelic.fr

 

Vous inspirez vous du travail d’autres artistes verriers ?

Au début de mon apprentissage, probablement, de façon inconsciente. J’apprenais les techniques et étais dans une démarche de reproduction et de perfectionnement. Maintenant, je réfléchis moi-même chacun de mes travaux et exploite chacune de mes idées. Expérimenter est assez excitant.
C’est d’ailleurs l’envie d’innover et d’améliorer les techniques et concepts classiques qui m’a décidé à continuer de travailler le verre dans mon propre atelier.
L’innovation fait partie intégrante de ma démarche. Je suis en constante réflexion, tirant mon inspiration de tout ce qui m’entoure ! Les idées me viennent comme ça, n’importe où. Je dois les noter pour m’en rappeler.
Disons que mon moteur est l’innovation et mon support, la tradition.

 

Vous êtes à la fois artiste et artisan, connu à la fois sous les noms de Tomsky et La Compagnie du Verre. Comment différenciez-vous ces deux métiers ?

C’est une très bonne question. La frontière est en fait assez floue. J’ai appris le matériau en tant qu’artisan ; quand je pense à un projet, j’en visualise toutes les étapes à suivre avec la méthode et la rigueur d’un professionnel. C’est une force, mais aussi un frein à l’imagination.  Cela peut brider l’artiste en moi. Là où je m’éclate le plus, c’est quand je ne sais pas où je vais ! Il faut laisser une place à la surprise.
Le travail à la scie, par exemple, est assez satisfaisant dans le sens ou je ne suis jamais certain du rendu final. Il s’agit principalement d’expérimentation et d’improvisation.  Scier, c’est un peu comme une libération animale, instinctive et ultime L’artisanat est tout de même extrêmement lié à l’art. On est dans quelque chose qui relève de l’artistique mais qui ne l’est pas vraiment. On est obligé, en tant qu’artisan, d’avoir une sensibilité artistique pour mettre de l’âme dans notre travail et y ajouter cette petite valeur ajoutée qui fait la différence. Je suis définitivement artiste et artisan à la fois.

J’ai un pied de chaque côté de la ligne et je danse au-dessus.

 

Dernière question, quels sont vos projets actuels ? Des expositions à venir ?

Je travaille en ce moment sur un projet pour la villa Médicis. Nous pensons peut-être participer au salon de Montrouge. Je suis en pourparlers à Londres avec une possibilité d’y présenter mes œuvres mais aussi de réaliser un chantier assez spécifique. Je suis en réflexion constante et envisage de nombreux projets.
En ce moment je me concentre essentiellement sur l’artisanat avant de me dédier davantage à la création artistique qui inspire chacun de mes travaux.

 

Merci à Thomas Arnal pour son temps et pour m’avoir fait découvrir son travail. Pour ma part, je vous invite à aller visiter les sites internet de La Compagnie du Verre et Tomsky Glass.

 

 

Thomas Arnal, sculpteur, travaille dans son atelier. Aubervilliers, France. 4 janvier 2018. © Antoine Doyen
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