On appelle pervers narcissique, une personne qui, de par un comportement toxique, nuit consciemment ou non, à la santé mentale et physique de l’autre. Son but ultime est d’exercer une emprise sur sa victime. La seule solution est le départ. Entre violences psychologiques et violences physiques, la relation avec un PN est destructrice et peut engendrer de graves traumatismes. On peut retrouver les pervers narcissiques partout. Au travail, en amitié, en famille et le plus souvent, dans les relations de couple. C’est le cas de Lela, qui pour sensibiliser et aider les lecteurs dans cette situation, nous raconte l’enfer qu’elle a vécu.

pervers narcissique

« J’espère que ce texte raisonnera en vous. Si vous vivez une situation similaire, prenez-le comme un signe et partez ! »

*

« Quand j’ai rencontré Benoit, j’avais 23 ans et j’étais pleine de vie. Une fille solaire, qui riait sans arrêt. Je me souviens m’être dit qu’il avait tout d’un prince charmant. Dès le premier rendez-vous, Oh des macarons, une jolie attention. Je me suis lancée dans cette histoire naïvement. Tout de suite, Benoit a sorti son jeu : Full aux Rois par les 9. Monsieur se joue roi de cœur, m’enveloppant de son charme fou, son visage angélique, et sa chaleur. J’étais loin d’imaginer sa véritable froideur. Trop rapidement, Benoit veut s’installer. Chaque jour un peu plus je me sentais étouffer, monsieur ne voulait plus me lâcher, mais il le répétait sans cesse, il voulait juste m’aimer ! Et lorsque je tentais un peu de m’éloigner pour respirer, il jouait le grand blessé. Me laissant penser qu’un jour enfin, je serai digne de son amour.

« Toi là, donne-moi ta main, donne-moi ton bras, tu es à moi, rien qu’à moi. Tu es l’unique, je t’ai choisi. Maintenant nous sommes en couple, on est deux, mais on ne fait qu’un. Tu es à moi, tu es à moi… »

Les mois passaient, je me livrais, bientôt il me connaîtrait sur le bout des doigts, comme une petite sérénade dans sa tête qu’il jouerait en mode repeat. Au début il avait l’air sensible, je pensais devoir peser tous mes mots pour ne pas blesser son égo. Après tout, chacun ses défauts. D’abord adorable, puis susceptible et exécrable. Moi qui aimais tant rire, je n’en avais plus la liberté, de peur de le braquer.

Il alternait entre fusion et destruction. Benoit pouvait bouder pendant des heures si par malheur je n’avais pas répondu correctement, fait une blague de mauvais goût, ou encore mal nettoyé ses effets personnels. Il mesurait parfois même mon amour pour lui à la quantité de poussière oubliée sur sa console de jeux. C’était sur-réaliste, c’était pervers, c’était narcissique. Doucement, insidieusement, il a pris la place du chef. Il dirigeait, je pliais. Pour ne pas le contrarier je disais oui, je patientais même pendant ses longs silences. Quand je parvenais enfin à le faire parler, Benoit savait renverser la vapeur, m’accabler et me désigner coupable de tous ses maux. C’est ainsi qu’il gagnait, en me désarçonnant, j’étais à bout.

Après la pluie, vient toujours le beau temps. Hélas pour moi, cela ne durait jamais assez.

Je ne comprenais pas. Il usait avec adresse d’un mécanisme alterné, alternant tous mes sens. Une claque, une caresse, une claque, une caresse… Ce genre de relation basée sur les rapports de force, je n’en avais jamais voulu.

En public, Benoit était le plus souriant et sympathique des amants. Lorsqu’il sortait, il mettait son plus beau masque, et même dans le miroir, il arrivait à se convaincre. C’était moi le problème, moi qui le rendais comme ça. Ma réputation de fille de caractère m’a porté préjudice. Qui voudrait croire qu’une femme aussi forte et explosive que moi, serait la victime d’un bourreau ?

En vérité, il avait peur de moi, de ma force, de mon assurance. Lui plus que tout autre masquait son manque de confiance en me rabaissant toujours plus bas. Pour nos amis, il était la perfection incarnée. Le calme, la sagesse, l’humour…

Dans l’intimité, fatigué d’avoir tenu un rôle face aux autres, il redevenait lui-même. Le masque finissait toujours par tomber, et le pervers par se montrer. Et chaque nuit après m’avoir utilisé comme un jouet, avec grâce il me critiquait insidieusement.

De longs mois sont passés, je n’avais plus aucune estime de moi-même. Sournoisement il m’avait mordu jusqu’au sang, son venin s’était propagé en moi et l’épuisement de tant de manipulation, avait pris le dessus sur ma raison.

Dans mes nuits d’insomnie, les phrases de mon Roi de cœur tournaient en rond. « Tu es grosse, tu n’es pas magnifique ». Pourtant, j’étais si maigre qu’on pouvait même apercevoir les os de ma colonne.

Il avait réussi à modifier ma propre perception.

Nuit et jour, le Roi Benoit était insupportable, sa langue se déliait et ses mots étaient un feu dévorant. Il se délectait à me faire souffrir et à me voir m’éteindre. Je n’étais qu’un pion, j’étais SON pion.

Autrefois forte et pétillante, aujourd’hui froide, je ressemblais à une morte-vivante. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Je ne souriais plus, j’étais triste et de plus en plus maigre. L’inquiétude de mes proches n’y faisait rien. Je ne voulais plus rester, mais partir m’était impossible. J’avais peur, que ferais-je sans lui ?

Les mois passaient, il y’avait des instants moins sombres. Benoit caressait et claquait. Au sens figuré d’abord puis au sens propre. Il m’humiliait, m’insultait, me poussait et me frappait. Ce n’était pas sa faute vous comprenez. En pleure, il s’excusait, criant que j’étais sa seule source de bonheur.

On m’a enseigné le pardon, et il se savait. Alors je pardonnais et le réconfortais même. Le voyant pleurer comme un crocodile qui aurait mangé sa queue, me sentir coupable rendait cela insoutenable. Je crois que je voulais l’aider, même s’il me mordait toujours plus fort.

Il avait le pouvoir et le contrôle. Me faire rire ou pleurer au grès de ses humeurs, de ses envies. Parfois salaces, souvent dégueulasses. Il y avait là-dessous, un besoin de tuer pour se sentir exister. Le propre d’un pervers narcissique.

Ce n’était pas seulement un problème de violence. C’était encore pire que ça, il voulait me dominer.

Et puis un jour, tentant de me détendre dans un bain, pour mettre de l’ordre dans mes pensées, il m’a envoyé un verre d’eau glacée en pleine figure. Immobile, ne comprenant pas ce qu’il venait de se produire, je suis restée immobile durant plusieurs minutes. Et silencieusement, j’ai rassemblé mon courage en nouant autour de ma taille mon peignoir et suis sortie de la salle de bain. Il était assis sur sa chaise, puis me voyant passer devant lui, m’a jeté son briquet en peine figure avant de me jeter au sol pour me passer à tabac.

En boule par terre, protégeant mon visage, je ne suppliais pas. Il restait silencieux, robotisé, continuant sa crise de folie, exécutant des gestes presque machinalement, son regard pervers m’avait glacé le sang. En pleine conscience, les secondes paraissent des heures. J’ai laissé les choses se faire, décidant et me jurant que ce serait la dernière.

Je suis partie. J’ai tout quitté, et j’ai enfin respiré.

C’était il y a deux ans le jour où, profitant de son absence, je suis partie. J’ai décidé de sauver ma peau, luttant pour ne plus être sa chose. Aujourd’hui, j’ai réappris à vivre même si j’avoue que je ne comprends pas encore comment j’ai pu m’infliger ça. La culpabilité est un sentiment qui m’a longtemps empêchée de me rendre disponible à l’amour, car j’étais terrorisée de vivre cela une fois encore. Avec l’aide de mes proches et d’un thérapeute, j’ai pris mon temps et j’ai compris pourquoi ce monstre m’avait choisi. Aujourd’hui je suis libérée de cette emprise, j’aime et je vis.»

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Pour en savoir plus sur les pervers narcissiques, le livre de Jean-Charles Bouchoux dispo ici, ou celui de Marie-France Hirigoyen: Femmes sous emprise, “Les ressorts de la violence dans le couple

Nota Bene : Pour lever toute confusion, seul un psychologue/psychiatre est apte à diagnostiquer un profil de pervers narcissique. Il s’agit là d’un trouble de la personnalité sérieux.

2 Comments
  1. Bonjour
    cet article m’a rappeler beaucoup de chose que j’ai vécu – Longtemps j’ai voulu partir et à chaque fois je repoussais ce moment, la peur, la honte… je ne sais pas.
    Le déclic pour moi c’est quand ma fille de 8 ans m’a dit “maman quand est ce qu’on part”, car elle n’en pouvait plus de cette violence qu’elle voyait et qu’elle subissait elle aussi verbalement.
    Enfin la page est tournée. Mais je n’ai pas complètement remonté la pente alors que cela fait 12 ans que je suis partie.
    Donc bon courage à toutes celles qui vivent cette situation…

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