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Roxane Stojanov: sujet à l’Opéra de Paris

Roxane Stojanov : sujet à l'Opéra

La danse a toujours fait partie de la vie de Roxane Stojanov. Passionnée et déterminée, elle monte les échelons d’une de plus célèbres compagnies de danse classique au monde : l’Opéra de Paris. Roxane Stojanov : sujet à l’Opéra de Paris, notre interview.

Bonjour Roxane. Vous êtes danseuse classique à l’Opéra de Paris. Comment en êtes-vous arrivée là ? Quel est votre parcours ?

Bonjour ! Alors, j’ai commencé la danse à huit ans en Macédoine, d’où est originaire mon père. Mon école de danse ne prenait pas les enfants avant parce que pense que cela déforme trop vite le corps des plus jeunes. Puis nous avons déménagé à Bruxelles où j’ai continué la danse. Ma professeur de danse venait de Paris et avait fait le CNSM. C’est elle qui m’a fait découvrir l’Opéra et qui m’a préparée au concours d’entrée pour l’école de danse de l’Opéra. Elle m’a vraiment fait comprendre que la danse serait mon métier.

J’ai donc passé le concours et je suis entrée à l’école de danse à douze ans. J’y ai passé six ans, jusqu’à mes dix-huit ans. J’ai tenté le concours d’entrée de l’Opéra (ndlr : pour rentrer dans le corps de ballet, le premier échelon à l’Opéra) mais je n’ai pas été prise. J’ai donc redoublé pour le retenter l’année suivante. Cette fois-ci, j’ai réussi et je suis entrée dans la troupe. Cela fait donc sept ans que je danse pour cette compagnie.

Est-ce que la danse classique a toujours été une passion ?

Pas du tout ! À vrai dire, ce sont mes sœurs qui ont poussé mes parents à m’inscrire dans une école de danse parce que je me mettais à bouger dans tous les sens quand j’entendais de la musique. À huit ans, j’ai donc commencé la danse classique avec les exercices, la barre… C’est à ce moment-là où on a dit à mes parents que j’avais des qualités pour exercer cette profession, ce qui a, évidemment, renforcé ma passion pour la danse. J’aimais ça mais plus encore j’aime le challenge, le fait de me pousser pour voir jusqu’où je pouvais aller. Et j’ai véritablement senti cet appel de la scène lorsque j’ai eu un rôle de soliste dans un des spectacles donnés par l’école. Je jouais la fée Clochette ! Quand je suis arrivée Bruxelles, j’étais déjà lancé pour en faire mon métier.

Qu’est-ce que la danse vous apporte ? Physiquement, mentalement ?

J’aimais le sport à l’école, peut-être parce que j’avais certaines facilités. Il faut savoir que la danse et un art mais c’est aussi un sport. On est comme des athlètes. J’aime ce côté sportif, se dépasser, repousser ses limites et progresser continuellement. Et c’est complémentaire au plaisir que la danse apporte : la scène, le partage de ce qu’on ressent… Finalement, j’ai besoin de ce côté sportif et cette offre artistique. Aller en scène oui mais le travail en amont m’intéresse énormément aussi. C’est un juste équilibre entre la rigueur, la remise en question, la passion. Rien n’est jamais acquis et c’est important de savoir que l’on est sans cesse en progrès. De plus, on commence très tôt ce qui vous forge un caractère, vous donne une maturité.

Qu’avez-vous appris grâce à la danse ? Que vous ont appris vos professeurs, l’expérience que vous appliquez en dehors même de la scène ?

Dès l’enfance, on nous enseigne l’autonomie. Nous sommes les seuls à pouvoir faire le travail ; personne ne le fera à notre place ! Les professeurs nous inculquent la rigueur, renforçant autant la technique que le mental. Effectivement, ils transmettent justement la générosité de la danse, leur passion. Et c’est pour ça qu’elle évolue toujours et qu’être danseuse c’est un peu mon métier pour la vie. Quotidiennement, je dirais que c’est la persévérance, ne pas se laisser abattre et trouver des solutions aux problèmes. La danse est une bonne maîtresse de la combativité ! On pense à elle et à notre santé, même en dehors de l’Opéra. On se donne alors à la danse.

Vous êtes actuellement sujet à L’Opéra de Paris. Qu’est-ce que ça signifie ?

On m’a toujours dit que l’Opéra était l’une des meilleures compagnies au monde. Alors de l’atteindre, c’était un peu le Graal. Je me rends compte du privilège que j’ai, de pouvoir y danser. Du côté de ma famille, je suis un peu l’Ovni (rires) ! Mais de danser dans un ballet connu, ça donne quelque chose d’impressionnant pour eux. Je me rends compte que le plus important pour moi, c’est de danser et d’être en scène. Et je l’aurais fait même si cette chance ne s’était pas présentée. Je ne me mets pas de pression vis-à-vis de cela.

Donc la prochaine étape c’est première danseuse ; comment vous y préparez-vous ? Comment ça se passe ?

Chaque année un concours de promotion est organisé pour monter en garde. En entrant dans le corps de ballet, la première année, on est stagiaire. On passe le concours en novembre et on intègre la compagnie en septembre. Pour ma part, j’ai passé six concours. Il est facultatif : c’est en fonction de chacun. La préparation au concours est en plus du reste, et de doit pas interférer avec les répétitions et les cours. Le tenter jeune, je pense que c’est important. Ça montre notre détermination, notre ambition et notre motivation.

Après, les échecs font partie du jeu et je le fais aussi pour le plaisir. Par exemple, j’ai raté le grade d’une place cette année mais je me prépare à le tenter l’année qui arrive. C’est une occasion de monter en scène. On prépare deux variations, pendant un mois : une que je choisis et une autre qui est imposée. On passe les variations sur scène une première fois et quelques jours plus tard, c’est le jury ! C’est un peu impressionnant ! La salle est remplie (on peut faire venir notre famille, nos amis) mais personne ne peut applaudir ! C’est une drôle d’ambiance (rires) !

Roxane Stojanov : sujet à l'Opéra
Paquita interprétée par Roxane Stojanov

Vous aimeriez aller plus loin ? Devenir danseuse étoile ?

Oui ! J’en ai envie ! Je ne me fixe pas de limites maintenant. Je vais aller jusqu’au bout et viser au plus haut. Tant que je peux physiquement, que je suis en forme, c’est le bon moment. On fait le plus de progrès en étant jeunes.

Vous êtes amenée à interpréter des rôles plus importants. Quels sont ceux que vous préférez ? Celui que vous rêveriez d’interpréter ?

Ça fait deux ans que j’ai accès à des rôles de solistes. Pas encore de premier rôle qui sont réservés aux premiers danseurs et aux étoiles. Le tout premier était un rôle dans Rubis, une des chorégraphies du ballet Joyaux de Georges Balanchine. J’ai eu la chance de danser seule et d’avoir plusieurs variations solistes. Je n’étais pas encore sujet à l’époque ce qui était encore plus exceptionnel pour moi. C’était un rêve éveillé !

Plus récemment, j’ai dansé Prudence de la dame aux Camélias, qui est l’amie de Marguerite l’héroïne. En fait, c’était la première fois que je tenais un rôle qui tient sur trois actes, avec plusieurs pas de deux, des variations… Être présente du début à la fin, ça demande de l’endurance mais c’est vraiment merveilleux. Puis, dans les rôles que j’aimerais interpréter… Je dirais Nikiya dans la Bayadère et le Lac des Cygnes. Je suis consciente du travail que ça représente mais c’est un rêve de petite fille.

Vous avez aussi un pied dans la mode. Pour vous, ces deux univers sont liés ?

 La mode est liée à la danse surtout lorsque nous avons des costumes de grands couturiers comme Karl Lagerfeld ou Christian Lacroix. De plus, j’ai eu l’occasion de défiler pour Franck Sorbier par exemple, dont la demande était que la danse soit un moyen de présentation pour faire mouvoir leurs œuvres. J’y vois l’intérêt de cette collaboration occasionnelle pour habiller la mode et pour sublimer une pièce par le mouvement.

Roxane Stojanov : sujet à l'Opéra
Roxane Stojanov au défilé Franck Sorbier

Pour continuer sur le costume, vous dansez avec des costumes parfois impressionnants. Quelle est la relation de la danseuse avec le costume ? Quelles en sont les sensations ?

Toutes les répétitions se font sans costume. C’est durant les premières répétitions sur scène qu’on essaye les costumes. Alors, ce sont des tutus ou alors des robes avec un bustier baleiné. C’est un soutien qui change la posture. J’aime bien cette sensation. En effet, le costume me fait me sentir belle. Ça vient terminer, prolonger le mouvement. On dévoile son corps par moment, mettant en valeur les courbes, la danse… Je trouve que ça rappelle le côté humain des personnages. On vient développer la présence en captant la lumière, en rayonnant. Sans le costume, j’ai l’impression de n’être pas complète : le personnage prend véritablement vie dans un costume.

Quels sont vos projets pour l’avenir ? Que souhaitez-vous pour le futur ?

 En ce moment, c’est une période un peu compliquée. Comme pour tout le monde, l’avenir est assez flou. Pour se projeter d’avantage, j’ai envie d’évoluer dans la compagnie et voir jusqu’où je peux aller.

Et si, pour conclure, vous nous confiez votre plus beau souvenir lié à la danse, à l’Opéra ?

Je ne mets pas un moment sur un piédestal. Pour vous répondre, je dirais que c’est mon rôle dans Joyaux qui m’a le plus marqué. C’était mon premier rôle et tout s’est bien passé. J’ai profité de ce moment et j’ai compris que ça valait la peine de s’acharner. J’ai aussi découvert la responsabilité que l’on a dans un spectacle, l’importance de chaque artiste. C’est un très beau souvenir.

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