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« Mixte » : la nouvelle série événement de Marie Roussin

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Marie Roussin et son équipe

Avec la série « Mixte » contenant huit épisodes disponibles sur Amazon Prime, Marie Roussin (« Les bracelets rouges », « Un village français », « Borgia »), nous plonge dans la France des années 60. Plus qu’une série, elle propose une réflexion sur l’événement ayant bouleversé la société patriarcale et discriminante d’alors. À savoir, l’arrivée de jeunes filles dans une institution scolaire jusque là réservée aux garçons, le lycée Voltaire. La créatrice et showrunner, Marie Roussin, a accordé une interview à Ô Magazine !

Le titre accrocheur révèle la principale thématique de la série : la mixité et donc la douloureuse (voire épineuse) question des rapports masculin/féminin. Pour ce faire la créatrice a décidé de nous replonger en 1963, au moment où commence l’intégration des filles dans les établissements scolaires, mettant fin à la traditionnelle distinction entre « l’école des filles » d’un côté, et « l’école des garçons » de l’autre. Dès le premier épisode, on comprend que cette immixtion crée une gêne tant chez les élèves que chez les professeur.e.s. Quant à la motivation du proviseur, elle n’est pas altruiste ou inscrite dans une démarche avant-gardiste favorisant l’égalité homme/femme. Ce qu’il souhaite, c’est de pouvoir démarquer son lycée en faisant preuve de modernité tout en respectant l’éthique.

Un générique accrocheur

L’esthétisme de la série repose aussi sur le leitmotiv du générique. Les épisodes démarrent tous de façon in medias rès. Une musique souvent rock en fond sonore. Puis tout s’arrête brutalement lorsque le nom du générique s’inscrit sur l’écran en jaune avec le X qui s’abat sur le personnage ou l’événement qui sera au cœur de l’intrigue de l’épisode.

L’aboutissement d’un travail méticuleux et collaboratif

Regarder « Mixte », c’est avant tout débarquer dans une époque révolue où tout le monde fumait partout même dans les salles de classe, à l’infirmerie, dans la salle des professeurs. Ces derniers buvaient même du vin à la cantine ! Pour recréer cette atmosphère des sixties, Marie Roussin et son équipe ont visionné des reportages d’époque. Ce projet tant ambitieux que novateur a nécessité beaucoup de recherches documentaires :  « C’est un sujet génial, confie Marie Roussin, on s’est plongés dans des archives de disciplines de l’époque, on a lu des livres, vu des films, des témoignages, j’ai interrogé des garçons qui ont vécu le lycée de cette époque ».

Marie Roussin confirme avoir délibérément donné le nom de Voltaire à l’établissement. Selon elle, il est « l’un des fervents partisans de l’éducation des femmes, il appartient au Siècle des Lumières, il représente le progrès, il militait pour cette cause à une époque où la question ne se posait pas ». Néanmoins, il ne faut pas se méprendre sur les motivations de la créatrice et de son équipe : « Je ne suis pas partie de l’envie de faire une série féministe, je suis tombée sur un sujet qui m’a intéressée ». Pour elle, cela a constitué « une révolution dans la société et on ne s’y est jamais intéressé ». Mixte « questionne le sexisme ordinaire  et permet aussi et surtout de se rendre compte des progrès qu’on a faits » et de constater que la « norme était beaucoup moins restrictive. Aujourd’hui (…) on peut être qui l’on est « .

Marie Roussin à son bureau
Marie Roussin au début de l’écriture de la série en juin 2019. Crédit : Marie Roussin

Aux antipodes de la nostalgie

La série « Mixte » est clairement l’aboutissement d’un travail d’orfèvre. Ainsi que Marie Roussin l’a expliqué à Ô Magazine, elle n’a pas voulu « faire une série nostalgique ». Le choix des décors, les costumes, se mêlent à une musique « rock ». On peut notamment entendre les Arctic Monkeys mais aussi bien sûr Les Chaussettes noires ou encore Juliette Gréco. La créatrice avait à cœur de proposer « des morceaux de l’époque » tout en sachant qu’il s’agissait d’une série « destinée au public de 2021 ». Le rock a été une évidence, parce que c’est « la sonorité de l’adolescence ». Le décalage est créé par les « reprises contemporaines » de tubes de l’époque.

Des personnages déjà emblématiques

Le succès de la série s’explique aussi par son casting. Paul Bellanger, le surveillant général joué par Pierre Deladonchamps est extrêmement attachant et intéressant. Pour Marie Roussin, « idéologiquement, Paul est un progressiste, c’est un humaniste mais au niveau intime, lui même est entravé, mal à l’aise avec son désir, mais il est touchant avec son désir. (…) Il est humaniste et progressiste grâce à ce mariage arrangé ». En effet, le surveillant général strict a épousé l’infirmière, Jeanne (Maud Wyler) afin qu’elle puisse satisfaire ses amours saphiques. Le public a aussi pu être séduit par la belle et intelligente Annick (Lula Cotton-Frapier) qui voit en l’école un moyen de pouvoir accéder à l’ascenseur social. Et enfin, Henri Pichon (Nathan Parent) , bon élève replet, riche, maladroit et fou d’amour pour la belle Annick.

Les questions liées au divorce, à l’homosexualité mais aussi au rejet des pieds-noirs font partie des thématiques abordées par la série. Ainsi, Nina Meurisse incarne Camille Couret, une professeure d’Anglais qui veut quitter son mari, alors que ce dernier lui refuse le divorce. Tout comme Jeanne, elle doit affronter le jugement et le regard réprobateur de ses collègues et de sa famille.

Amira Casar, sublime dans le rôle de Phèdre

Le cinquième épisode de cette première saison est particulièrement marquant. Le téléspectateur découvre Amira Casar, sublime, dans la peau d’une actrice de théâtre. Lumineuse, elle s’imprègne à la perfection du rôle de Phèdre, personnage allégorique de la culpabilité féminine. Jeanne qui assiste à la pièce est immédiatement séduite par la tragédienne. Elle s’invite au repas festif qui se déroule après la représentation. Un moment de joie, de partage et de séduction interrompu par des voyous mal intentionnés. Venus pour tout détruire, ils veulent s’en prendre aux acteurs noirs et aux homosexuels. À propos de cette séquence, Marie Roussin explique qu’elle a voulu décrire « une époque où il y avait des fachos, qui mettaient tout dans le même sac ».

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Tabous et désirs refoulés

« Mixte » soulève aussi la question de la découverte du corps, de l’acceptation de ses désirs, de leur assouvissement mais surtout de leurs conséquences. Lorsque Simone (Anouk Villemin) est transportée d’urgence à l’hôpital parce qu’elle a fait une fausse couche, elle subit un « curetage punitif » et reçoit cette injonction du médecin : « écartez les cuisses, visiblement, vous avez l’habitude ». Si Michèle (Léonie Souchaud), la nièce de Bellanger découvre ses premiers émois en se frottant à la corde en cours d’EPS, son oncle quant à lui, n’a jamais pu avoir de relations sexuelles.

À ce propos, Marie Roussin précise que « ce qui est drôle c’est qu’à l’époque, la sexualité des jeunes est une obsession. Les adultes sont très inquiets, la sexualité hors mariage explose alors que l’on ne peut pas se protéger de la grossesse. (…) La sexualité, c’est du désir, c’est de l’élan. Ça fait écho avec l’élan des jeunes de l’époque, ça permet de voir en quoi on a progressé aujourd’hui. On a davantage accès à l’information. »

Une deuxième saison réclamée et attendue

Comme nous l’a expliqué la créatrice, bien que cette saison 2 soit « réclamée et attendue, c’est à Amazon de décider s’ils veulent donner suite ». Vous l’aurez compris, « Mixte » est une série passionnante et avant-gardiste. Extrêmement bien accueillie par la critique mais aussi par un public qui a pu se reconnaître dans certains personnages tout en saisissant mieux les progrès et les avancées faites sur le chemin de la tolérance. En effet, Marie Roussin nous a confié avoir reçu notamment des témoignages de femmes touchées par l’histoire mais qui se réjouissaient de ne pas vivre en 1963. Pédagogique, édifiante, divertissante, émouvante : un succès mérité dont nous attendons toutes et tous la suite!

Mixte, les huit épisodes de la saison 1 sont disponibles sur Amazon Prime. A voir : la bande annonce de la série disponible sur YouTube

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