Massoumeh Raouf, “Je me suis évadée de la prison d’Iran”

Massoumeh Raouf

Ex-prisonnière politique du régime des mollahs en Iran, Massoumeh Raouf raconte son évasion de la prison de Racht dans un livre paru en février 2022 chez Balland.

Article rédigé par : Amélia Porret

Il y a un peu plus de 40 ans, Massoumeh Raouf et des millions de jeunes iraniens rêvaient d’un Iran libre et démocratique après le renversement de Mahammad Reza Chah Pahlavi. La révolution de 1979 laisse place à une nouvelle ère faisant table rase de l’ancien modèle. Avec l’arrivée en février 1979 de l’Ayatollah Khomeini, leurs espoirs sont rapidement étouffés par une répression sanglante, explique Massoumeh Raouf dans Évasion de la prison d’Iran.

À cette époque, les Moudjahidines du peuple d’Iran, “figures héroïques de la Révolution iranienne”, représentaient une véritable “menace pour le régime des mollahs”. L’OMPI (Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran) menée par Massoud Radjavi s’oppose immédiatement aux intégristes religieux. “J’étais devant un choix très difficile. Est-ce que je continue ma vie tranquillement en choisissant de partir ou je décide de résister.” 

Dans l’enfer des prisons du régime

Consciente des risques, Massoumeh Raouf décide de s’engager dans la lutte. Elle suit des cours de formation politique, notamment en philosophie dispensés par Massoud Radjavi. Son petit frère, Ahmad, est sympathisant de l’OMPI. Malgré son jeune âge, il connaît déjà la torture et les interrogatoires musclés du régime. De son côté, Massoumeh Raouf participe à certains rassemblements de contestations et rapporte les exactions qu’elle voit en tant que journaliste pour un journal de l’OMPI.

Le 20 juin 1981, la répression s’accentue lors d’une manifestation pacifiste à Téhéran et d’autres grandes villes. Khomeini donne l’ordre à sa milice de tirer sur la foule. Pour poursuivre ses activités militantes, la jeune femme est contrainte de vivre dans la clandestinité. Mais en septembre 1981, la dictature la rattrape.

“J’ai été arrêtée par le régime des mollahs en 1981 et j’ai été condamnée à 20 ans de prison par un juge de la charia, lors d’un procès qui a duré 10 minutes. Ils m’ont arrêté sur le soupçon que j’étais sympathisante des Moudjahidines du peuple d’Iran. Mais ils n’avaient aucune preuve et je n’avais aucun droit à la défense.” 

Massoumeh Raouf pour Ô Magazine

Évasion de la prison d’Iran retrace le récit touchant d’un combat pour la liberté, à la fois individuel et collectif. “Quand on est arrêté par un régime sanguinaire comme celui-ci, en tant que combattant la seule arme que l’on a c’est résister devant ces barbaries, afin de préserver son humanité.” Après 8 mois de détention dans des conditions inhumaines, Massoumeh Raouf parvient à déjouer la surveillance des Gardiens de la Révolution. À l’aide de ses compagnons de cellule, elle s’enfuit dans la nuit avec une autre camarade. Grâce à la mobilisation du réseau des Moudjahidines, elle réussi à quitter le pays pour trouver refuge en France.

Combattre par l’écriture

Également auteure de la bande dessinée Un petit prince au Pays des mollahs, hommage à son petit frère victime du massacre de 1988, Massoumeh Raouf continue son combat loin de sa terre natale. Exilée en France depuis son évasion en 1985, son travail d’écriture et de recherche relate de la violence méthodiquement appliquée par ses bourreaux. C’est aussi l’histoire croisée de milliers de visages pour ne jamais oublier. « Je veux attirer l’attention sur ce qui se passe en Iran. Quand les Français entendent le nom de mon pays dans l’actualité, ils ne savent pas vraiment ce qu’il s’y passe. C’est important pour moi de témoigner et de présenter les choses que j’ai vécues.”

Engagée dans la « Campagne du mouvement pour la justice en faveur des victimes du massacre de 1988 », l’écrivaine se bat aujourd’hui pour faire traduire en justice les auteurs de ce « crime contre l’humanité resté impuni ». Car ce n’est pas seulement une affaire du passé. “Le régime des mollahs profite de cette impunité pour rester au pouvoir et répéter les mêmes crimes.” 

En août 2021, pour la première fois un procès historique à Stockholm d’une durée de 9 mois ouvrait la voie. Hamid Noury, ex-procureur iranien est ainsi accusé d’avoir été l’un des tortionnaires du “comité de la mort”. En janvier 2022, l’ONU était appelée à enquêter sur ce “nettoyage des prisons d’Iran” estimé à 30 000 victimes selon différentes sources. De plus, “des centaines de signataires ont exhorté dans une lettre ouverte le conseil des droits de l’Homme des Nations Unies à lancer une enquête internationale sur le massacre de milliers de prisonniers politiques en 1988”, rapporte Le Figaro.

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