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Les mauvais patrons sont le pire fléau du capitalisme

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mauvais patron

Une étude récente montre que les mauvais patrons sont un fléau pour la santé. Ils diminuent la productivité, ils détruisent notre moral, ils humilient leur entourage… pour être un peu plus grand sur leurs talonnettes. L’entreprise pâtit des mauvais patrons. La société pâtit des horribles patrons. Le système capitalisme et le libéralisme perdent tous les jours des électeurs à cause d’eux. J’ai vécu un tel harcèlement. Étonnamment, j’ai été sauvée par la crise de la Covid-19.

Ce qui s’est passé

Je travaille dans un grand groupe à La Défense. Tellement grand qu’on n’est jamais certain du chiffre d’affaires, ni de la liste précise des activités, et pas plus des sociétés qui appartiennent au gros tas de productivité qu’on génère je ne sais pas trop comment. Nous sommes cotés en Bourse, dans plusieurs bourses si j’ai bien compris, et c’est cette côte qui compte plus que tout. Entre la météo et le trafic sur le périph, l’écran à l’accueil affiche l’évolution du prix de l’action de ce grand groupe étouffant, dont je me libère régulièrement par ma petite chronique que vous êtes en train de lire.

Ma responsable = ma Manager = la patronne a récemment plié les gaules de notre service pour aller briller à un autre étage. Elle avait l’air contente pendant son pot. J’espère qu’elle gagne mieux sa vie. Son pot était, lui, pauvre. C’était en 2019… on avait encore le droit à des pots dans les entreprises. Il ne faisait pas beau, mais de toute façon on vivant dans un air renouvelé par des machines qui nous empêchaient d’être concernés par le beau ou mauvais temps. L’écran à l’accueil était notre seul repère sur un monde qu’on appelait « dehors ». Au début du pot il y avait un mec, la quarantaine mal passée, par coureur, pas beau, pas intelligent, pas parisien. C’était lui qui allait la remplacer.

L’arrivée du méchant loup

La remplacer, j’exagère ! C’était déjà son chef à elle. Et, par la compression naturelle du personnel, il allait maintenant nous manager directement. Il ne semblait pas en être très heureux. Il a félicité, il a levé son verre, il ne l’a pas bu, il est parti. Et le pot continuait sans sa tête de nourriture en bocal.

Je ne peux pas dire du bien de lui. Il a sans doute plein d’excuses du fait de ses responsabilités et tout ça, mais c’est un mauvais patron. Moi, et d’autres, l’ont vécu comme du harcèlement. Il n’a peut-être pas vu les choses ainsi, mais je m’en fous. Je l’ai vécu ainsi et ma vie m’est précieuse.

C’est facile d’être pervers

Pour être un pervers narcissique, ou un mauvais patron, ou un harceleur en milieu professionnel, il suffit de demander des PPT à 17 h 30. Ou d’envoyer un tas d’emails à 8 h 45. Ou de rappeler qu’il faut mettre tout le monde en copie. Et puis demander n’importe quoi en passant, comme un service. Et comme on fait une pause, on peut rapporter un café… Ou comme on connaît Excel, on doit remplir les fichiers de l’autre par copier-coller infinis… Sinon on répond à des questions orthographiques absurdes, car les filles sont bonnes en orthographe. Ça commence comme ça, par petites touches.

Et on rend service, et on est bien récompensée, par des félicitations, des sympathiques remarques. C’est assez agréable d’être bien vue. Alors on accompagne au rendez-vous où on n’a aucune valeur ajoutée, mais on apprendra qu’on est chargée du compte rendu. Et ce rendez-vous ou un autre s’est terminé tard, alors on est rentré en taxi payé par le taf (quelle chance !) pour un boulot augmenté le lendemain. Etc. Car on croit qu’on gagne la confiance, qu’on prend de la responsabilité, qu’on devient importante.

Et tout bascule

Puis par des sourcils levés, des soupirs en relecture, la machine s’enraye. On sent qu’on déçoit, qu’on n’est pas à la hauteur des espérances. On redouble alors d’efforts. Mais c’est nul ce qu’on fait, on le sait car on nous le dit, et on nous le dit aussi crûment : « C’est nul ! Pardon mais c’est d’la merde. Tu peux refaire? Oui? Alors avant midi s’il te plaît. » Ça continuera, pire, toujours pire. Et la pression nous accuse, et on s’accuse, on veut réparer nos erreurs.

C’est là que nous commettons la grande erreur. Nous sommes harcelées. Le piège se referme sur notre bonne volonté d’avoir été polie, serviable, performante, investie, et enfin mise à genoux.

Acceptation

On accepte parce qu’on ne le voit pas. Alors on accélère, on ajoute, on dort moins, on cherche à réparer. On s’enferme soi-même dans la prison. Quand on la voit, il est trop tard. Le ciment des murs est déjà sec depuis longtemps. Personne ne nous entend. L’air se raréfie. On sèche, on diminue. On a besoin de manger.

Entre les APL, les aides à droite à gauche, les petits chèques de papa-maman et les économies faites sur la nourriture… et le salaire, je m’en sors. Mais il y a des fins de mois moins honorables que d’autres. Et c’est la vie, ce n’est pas un jeu, mais il y a des règles. La première est qu’il faut bosser pour croûter. Alors il faut bien avaler quelques couleuvres pour garder son boulot, sa paye, son niveau de vie, même s’il n’est pas très monégasque.

Nous vivons dans une société où les femmes seules sont tolérées. Un seul salaire ne paie pas le logement, les charges, la bouffe, la vie. A deux, ce serait mieux : on pourrait râler, se plaindre, se défouler, être écoutée. On aurait un support pour trouver la force de dire « merde ». On aurait le soutien de se barrer. Je suis seule, je payais.

Effets du bad boss

En croyant sans doute et en se donnant l’air d’agir pour le bien de l’entreprise et de ses collaborateurs, le mauvais patron la détruit en pourrissant chaque être humain qui l’entoure. La croyance que le patron a des droits moraux est, je crois, la principale cause de son pouvoir imaginaire. Il n’est que le responsable et l’indicateur des actions à mener, il n’est pas le maître des esprits. Accorder son temps n’est pas vendre son âme.

Le mauvais patron confond la hiérarchie professionnelle et la valeur humaine. Il ne voit pas la dignité en chacun de nous. Au contraire, il se croit plus digne, plus noble, plus grand que ceux qu’il manage. Il détruit notre humanité. En plus, il nous empêche de nous assumer. Il nous prend de haut. Et c’est impossible de lui rappeler le respect de chacun, car il met au-dessus la hiérarchie. Il ne comprend pas l’andouille ! Il ne comprend même pas le respect de la distance professionnelle. On ne peut pas le remettre à sa place en ayant le mot juste, car il est là au moment où on est plongé dans autre chose. Il arrive la bouche pleine de bons mots et nous attaque lorsque l’on est le moins préparée. Par surprise, lorsqu’on n’a le moins d’à-propos pour répondre à ce fat qui débarque dans l’openspace en demandant un truc qu’il n’a pas à demander, le tout d’un ton décalé au vu de l’absurdité ou de l’abus de sa requête.

Et la Covid m’a sauvée

Étonnamment c’est la crise du Covid qui m’a sauvée. S’il y avait une justice sur terre, la crise aurait permis de révéler l’inutilité de ce mec pour l’entreprise ou sa nocivité pour les collaborateurs ; mais la justice céleste n’est pas aussi efficace que ça. Au fond de mon cœur j’espérais qu’il choppe le coronavirus et qu’il en crève ; ce n’est pas gentil, mais j’ai souffert et c’est mon cœur qui parle, pas moi. Dans tous les cas, il est toujours vivant.

Non, le Corona m’a sauvé en contraignant au télétravail à 100 %. Tout d’un coup je suis autonome de mon boulot, sans qu’on me tombe dessus à n’importe quel moment et pour n’importe quoi. Je travaille par rapport aux tâches dans ma corbeille, et je ne réponds pas au téléphone.

J’ai appris à noter lorsque je me prenais une remarque ou une injure déplacée. Mon calepin a doucement grossi, puis plus rien. Il ne m’attribue pas arbitrairement des tâches faussement urgentes. Il m’a peut-être oublié. Ou il a trouvé une autre souffre-douleur. Mais il a doucement quitté mon environnement de travail. Je respire.

Par Bénédicte, et sa fragilité professionnelle

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