Le punk, toujours bien vivant chez Thierry Wolf

punk Thierry Wolf FGL Productions

Quand Thierry Wolf nous accueille dans son antre du boulevard Arago, à Paris, nous avons l’impression de pénétrer dans une caverne d’Ali Baba dédiée à Iggy Pop et autres icônes du punk. Cependant, bien qu’il reste fidèle au mouvement né à la fin des années 70, Thierry a depuis exploré d’autres territoires. Variété française, musique classique ou encore musiques de films et de séries, le catalogue de FGL Productions est riche et varié. Aujourd’hui, Thierry nous présente son dernier projet, The French Mademoiselles, album à la coloration sixties à paraître fin juin, mais dont les vidéos aguicheuses ont déjà ‘fuité’ sur internet…

Article rédigé par : ZIEL Jérôme

Au début des années 80, Thierry Wolf est un jeune homme de radio. Il anime le talk show de nuit à succès ‘Banzaï’ sur la radio libre 92 Radio à l’attention d’un public adolescent. Lui-même a alors 17 ans. « Ce talk show durait trois heures, se souvient-il. Il était organisé en fonction de thématiques. Le ton était délibérément insolent. Je passais très peu de musique : trois titres en trois heures seulement, du punk pour l’essentiel, tels les Bérurier Noir alors à leurs tout débuts ».

Prenant appui sur la notoriété que lui apporte son émission, Thierry commence à produire des groupes : un titre de Ludwig Von 88 ou encore les albums de Parabellum, pionniers du punk français. Comme il écrit aussi des textes, il a l’idée de reprendre les Sex Pistols en français, tout en restant aussi fidèle que possible à la phonétique des textes originaux. Ce disque, intitulé les Sex Bidochons, connaît un succès incroyable ! Par la suite, il reproduit l’expérience avec les Rolling Stones (devenus les Rolling Bidochons : 500.000 disques vendus) ; puis avec les Beatles (Quatre Bidochons dans le vent), qui fait une entrée fracassante au Top 50.

punk Thierry Wolf FGL Productions
Thierry Wolf (c) FGL Productions

Entré comme simple artiste, il prend la tête de FGL Productions

Fnac Music, intéressé par le succès remporté par la saga des Bidochons de Thierry, décide de produire les disques de ce dernier sous le label FGL Productions, alors en difficultés. Le succès remporté par les disques de Thierry sauve in extremis le label de la banqueroute. Thierry a donc intégré la société qu’il dirige aujourd’hui en tant qu’artiste, en faisant des albums « un peu rigolos »… mais qui remportent le jackpot !

Petit à petit, il s’installe de l’autre côté du bureau. Et il commence à produire différents artistes, s’aventurant en dehors du punk. « Dans la vie, on ne peut pas lire uniquement la bibliothèque verte ou bien l’œuvre de Nietzsche », nous fait-il remarquer. Il s’est donc intéressé à tout ce qu’il aimait : aussi bien les musiques de films que le classique, en passant par la world music ou la chanson française, mais aussi le rock. Comme l’explique Thierry, « j’ai eu la chance de produire des artistes aussi divers que talentueux, allant du Bolchoï aux Chœurs de l’Armée rouge en passant par Iggy Pop ».

Le punk : son histoire et sa philosophie

C’est à la fin des années 70 et au début des années 80 que notre producteur se forge la philosophie punk qui l’anime encore aujourd’hui. Comme il le rappelle, « le punk provient des USA et des garage bands américains. Ces jeunes gens jouaient dans les garages de leurs maisons, inaugurant un mouvement qui prend de l’ampleur par la suite. Le terme de ‘garage punk’ précède donc la naissance ‘officielle’ du mouvement punk en 1976 en Angleterre. À Detroit, la ville de toutes les musiques américaines, sont nés différents mouvements parmi lesquels un groupe majeur, les MC5, qui influencera par la suite les Stooges, Iggy Pop et les Ramones. Toute une scène se met ainsi en place aux USA. Elle est assez underground mais elle se déplace en Angleterre pour aller y jouer des concerts ».

Les Clash et les Sex Pistols sont allés voir les concerts des Ramones à Londres. C’est ainsi qu’ils ont eu envie de monter sur scène à leur tour, même avec très peu de connaissances musicales. Car selon l’adage punk du Do It Yourself, tout le monde peut le faire’. Ces groupes, avec leurs formats de chanson très courts (pas plus de trois minutes), tranchent avec la période hippie précédente, caractérisée par des solos d’une demi-heure et des concept albums interminables ! À l’opposé, les nouveaux groupes imposent leur rythmique d’enfer : cela va très vite, en mode révolté et survolté !

Une carrière de producteur riche et diversifiée

Thierry a travaillé avec de nombreux artistes. Certains d’entre eux lui ont donné à voir leur part de génie à l’état pur. Il voue un culte plus particulier à quatre artistes dont les performances scéniques le captivent immédiatement. Parmi eux, il cite Coluche, Jacques Brel, Iggy Pop et Jango Edwards, le clown américain. Il a d’ailleurs travaillé avec les deux derniers. Selon Thierry, Iggy Pop est « phénoménal sur scène, car il a porté son art à un niveau incroyable. Son ombre seule suffit à donner le frisson à toute une salle de concerts ». On peut dire la même chose de Jango Edwards, lui aussi originaire de Detroit et très punk dans son attitude. Jango a d’ailleurs coaché Iggy Pop et Nina Hagen dans le registre de la comédie expressive.

En dehors du punk, Thierry a ressenti un immense plaisir à travailler avec Petula Clark, légendaire chanteuse des années 60. « Je l’ai produite à l’Olympia. Je me souviens de son attitude et de sa présence sur scène. En voyant de tels artistes, vous comprenez sans peine la raison pour laquelle ils ont eu des carrières significatives. En effet, ils ne sont pas comme tout le monde : ils ont réellement un petit plus ».

Du Bolchoï aux Chœurs de l’Armée Rouge

En outre, Thierry se souvient de certaines sessions d’enregistrement avec l’orchestre du Bolchoï, homériques ! « J’étais assis derrière le chef d’orchestre, Mark Ermler. Les instrumentistes et les chœurs jouaient Carmina Burana. C’était aussi puissant que n’importe quel son punk poussé à fond ! »

Autre grand moment dans la carrière de Thierry : lorsqu’il participe à l’enregistrement des Chœurs de l’Armée rouge. « Les voir sur scène, constater leur capacité vocale, entendre cette centaine de gars chanter à l’unisson, cela m’a beaucoup marqué. J’ai eu la chance de travailler avec de nombreux artistes que j’aimais. D’autres encore ont pu m’étonner, par leur présence et la dimension qu’ils avaient su donner à leur art ».

Thierry travaille toujours avec ses artistes dans un esprit familial. « Il faut qu’on ait envie de déjeuner ensemble. J’aime travailler avec des personnes qui vous étonnent quand ils sont sur scène… et aussi en dehors. Dans leur vie quotidienne, ils continuent de vous nourrir de leurs connaissances, de leur intelligence et de leur art. Il faut qu’il y ait de la passion et de l’amour dans la relation qui se noue ».

punk Thierry Wolf FGL Productions
(c) CREATISTA – iStock

Les French Mademoiselles de FGL Productions

Plus récemment, FGL Productions a réuni dans un studio en France des musiciens spécialisés dans le jazz, le blues et la variété française, pour faire des chansons pop à la coloration sixties. Fidèle à ses premières amours, Thierry a écrit des textes sur le ton de l’humour, avec une pincée de cynisme à l’égard des hommes. Ils sont chantés par deux femmes, l’une française (Miss K.T) et l’autre, américaine (Miss L). Comme la situation est compliquée en ce moment et que les gens sont un peu stressés, Thierry a choisi un son yéyé de qualité pour apporter la légèreté dont tout le monde a si désespérément besoin. Le but consiste à recréer une atmosphère « un peu fun » autour de chansons travaillées à la façon de celles des Beach Boys.

Thierry poursuit : « Nous avons appelé ce collectif The French Mademoiselles, en hommage au surnom que j’avais donné à Jacqueline Taïeb, interprète de la chanson ‘7h du matin’, abondamment reprise dans les pubs, les films, ou encore les séries. Nous avons ensuite fait mixer le tout à Londres par un ingénieur du son de légende, Roger Béchirian. Ce dernier a travaillé sur Never Mind the Bollocks des Sex Pistols, mais aussi sur les disques de Lene Lovich, Elvis Costello ou encore The Pretenders. Cet homme a un CV incroyable. Je lui ai envoyé le projet et il s’est tout de suite montré intéressé : il trouvait que cela jouait ! Il a finalement mixé tout l’album à Londres. Nous le sortons officiellement à la fin juin ».

Lancer la conversation sur les réseaux sociaux

FGL Productions a commencé à diffuser des titres de l’album en ligne, avec un certain succès par ailleurs : déjà deux millions de streams cumulés. Paradoxalement, ‘The French Mademoiselles’ fonctionne bien aux États-Unis, au Canada, en Australie ou au Royaume-Uni. En France, leur présence est plus discrète. Comme l’explique Thierry, « nous avons fait un clip par chanson, dont certains sont déjà postés sur une chaîne youtube dédiée. C’est chanté en français et pourtant, les Américains et les Anglais en sont fous ! Sans doute que pour eux, cela correspond à l’image de la France qu’ils chérissent, avec une atmosphère influencée par des looks Courrèges ou par le cinéma de Jean-Luc Godard. The French Mademoiselles nous ramène à des années 60 empreintes de légèreté et d’insouciance ».

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