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Le mythe de la vieille fille à chat

Souvent plainte, voire moquée, la vieille fille à chat fait l’objet d’un mythe sexiste dont le cliché est toujours aussi bien ancré dans les mentalités.

Un mythe sexiste

Dans l’imaginaire collectif, la vieille fille à chat est souvent vue comme une femme célibataire. La trentaine passée, elle est généralement l’heureuse propriétaire d’un ou plusieurs chats. Les anglophones vont même plus loin en parlant de « Crazy Cat Lady ». En effet, la vieille fille à chat est  fréquemment vue comme une personne seule et sujette à la dépression. Le personnage d’Eleanor Abernathy, de la célèbre série américaine Les Simpson, en est une parfaite caricature. Elle est vieille, solitaire, folle et vit avec une multitude de chats. Les habitants la surnomment d’ailleurs la Folle aux chats. 

La vielle fille est donc régulièrement moquée. En effet, dépeinte d’une façon totalement pathétique et grotesque, entretenant le plus souvent une relation malsaine avec son animal de compagnie. Elle le considère la plupart du temps comme son enfant. La scénariste et blogueuse Ioudgine le décrit avec humour dans son billet : « jusqu’à l’approche des 30 ans vous pouvez être concomitamment locataire d’un appartement et propriétaire d’un chat sans pour autant être jugée. Mais, à peine entrée dans cet âge, aux yeux de reste du monde, vous fusionnez avec l’animal et mutez en la fille-au-chat. Celle qui habite avec un félin sans autre alternative, celle qui a renoncé à rencontrer l’amour. »

Des femmes et des chats

L’équation femme + chat repose sur des données historiques et statistiques. Effectivement, une étude menée par l’American Pet Products Association auprès de 463 propriétaires de chats révèle que 80% d’entre elleux sont des femmes. Ces dernières auraient également un rapport qualifié de « plus intense » avec le félin, contrairement aux hommes. Les femmes seraient également plus touchées par le syndrome de Noé, une pathologie qui consiste à héberger plus d’animaux qu’on ne le pourrait. Cette pathologie toucherait davantage les femmes âgées vivant seules. 

Chat, meilleur ami des femmes

Néanmoins, l’association femme + chat trouverait surtout ses sources au sein de l’histoire et de la démographie comme le détaille la journaliste Kiri Blakeley au magazine Forbes. D’abord, les femmes vivent plus longtemps que les hommes (environ 6 ans de plus en France). De même, elles sont donc davantage confrontées au veuvage et à la solitude. Ensuite, les femmes étaient affectées au foyer. Elles géraient les stocks de nourriture et s’occupaient de nourrir les membres de la famille ainsi que les animaux. « Les chats étaient utilisés pour chasser les rats et les souris de la maison. Or, les femmes ont longtemps été assignées au foyer. », explique la dresseuse d’animaux Andrea Arden. À l’inverse, les hommes étant en extérieur, ils étaient donc plutôt accompagnés d’un chien qui les secondait à la chasse ou à la surveillance.

Vielle fille et sorcière

Il y aurait un effet miroir entre les femmes et les chats qui prend sa source au sein même de notre Histoire avec un grand H. En effet, les chats ont longtemps fait l’objet de superstitions. Si l’Egypte ancienne en a fait un animal aimé et choyé, incarnation de la déesse Bastet, le Moyen Âge en a fait une créature maléfique. La persécution des chats a connu son apogée à l’époque de la Renaissance. En effet, ils étaient soupçonnés de servir aux femmes accusées de sorcellerie. Nous pouvons parfaitement faire un parallèle entre la femme à chat et celle accusée de sorcellerie. La femme seule intrigue autant qu’elle effraye. Nous trouvons grâce à ces faits des similitudes évidentes entre la misogynie frappante envers les femmes et les stéréotypes péjoratifs attribués aux félins.   

Une caricature du célibat féminin

Derrière ce stéréotype de la vieille fille à chat se cache en réalité le jugement porté sur le célibat. La journaliste Nadia Daam, autrice du livre Comment ne pas devenir une fille à chat, l’art d’être célibataire sans sentir la croquette, explique très bien cette « anomalie » qu’est le célibat pour les femmes lorsque celui-ci n’est pas vu comme étant une pression sociale :

« La femme célibataire est plainte et encouragée à faire quelque chose pour en sortir, comme si le célibat était une anomalie, un accident de parcours ou une période de chômage amoureux qui pourrait s’éterniser jusqu’à la mort si l’on y prend pas garde. Si elle couche de temps en temps avec des inconnus, elle est désespérée. Si elle prend un chat, c’est qu’elle a définitivement lâché l’affaire. »

Nadia Daam, pour le magazine Slate

En effet, nous n’avons jamais entendu cette expression de « vieux fou à chat » lorsqu’il s’agit d’un homme célibataire ayant dépassé la trentaine voire la quarantaine. Ainsi, le célibat de ces messieurs est vu comme une envie de se consacrer à leur carrière professionnelle. De plus, s’ils sont les heureux propriétaires d’un félin, cela est vu comme « cool » et « sexy ».

Heureuses femmes à chat

La photographe américaine BriAnne Wills s’attaque à ce stéréotype sexiste de la femme à chat dans son livre Girls and their cats. Elle dresse les portraits de femmes célibataires, indépendantes et dynamiques, toutes propriétaires d’un ou plusieurs chats. Les 50 portraits présentés dans son ouvrage démontrent avec discernement qu’une femme seule avec un chat n’est pas forcément une femme dépressive et folle, accumulant les angoisses. 

BriAnne Wills, Girls and their Cats

Les femmes célibataires avec un chat ne cherchent pas à combler un manque affectif, ni à faire en sorte qu’on s’intéresse à leur situation amoureuse. Si ces femmes ont décidé d’assumer pleinement leur célibat c’est uniquement par choix. On peut très bien fêter la Saint Valentin seule et être heureuse. Alors propriétaires de félins surtout ne changez rien, vous êtes géniales ! Et comme dirait notre célibataire préférée :

« Pourquoi les personnes en couple demandent toujours aux célibataires comment vont les amours, est-ce que nous on leur saute dessus pour savoir s’ils baisent encore… »

Bridget Jones
Marie B.

Diplômée d'un master MEEF et création numérique, je travaille comme rédactrice pour le journal de la ville de Raismes. Curieuse de tout, je suis passionnée d'écriture et de photographie. Mes domaines de prédilection sont l'actualité et la sexualité.

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