Les hommes et les femmes sont des êtres-humains qui utilisent souvent le mensonge par besoin de reconnaissance. L’art de mentir se reflètent sur certains personnages de séries télévisées. On peut prendre l’exemple de Serge le Mytho issu du programme court humoristique “Bloqués” apparu sur Canal + et surtout d’Elvira, personnage principal de “Mytho”, une série dramatique diffusée sur Arte et disponible sur la plateforme Netflix. Chez ce personnage féminin très ambiguë, le mensonge est la solution pour reconquérir une famille qui la traite comme une inconnue. Finalement, mentir devient un bonheur durable si la vérité n’éclate pas. Découverte d’une mère menteuse qui voulait juste retrouver l’amour des siens. 

Une mère travailleuse mais rabaisée par sa famille

Le seul fait d’être ignoré par ses enfants et son mari est un sentiment cruel pour une mère. Dans le premier épisode, Elvira (Marina Hands) joue une mère modèle dans son foyer familial comme au travail. Entre la lessive, le ménage, accompagner les enfants à l’école, faire la cuisine, les courses ou traiter les dossiers d’assurance au bureau, sa vie sans repos est rythmée chaque jour de la semaine. Mais les membres de la famille ne semblent pas toucher par cette débauche d’énergie.  

D’abord, les enfants, en rébellion constante, traitent leur mère comme une étrangère. La cadette de la famille, Carole (Marie Drion), est l’image de cette ignorance envers la mère mal-aimée. Elle brave très souvent son autorité et fait essentiellement sa vie en dehors de la maison en compagnie de ses amis. D’ailleurs, les 3 frères et sœurs ne semblent pas s’entendre entre eux. Cet attachement entre la mère et ses enfants se dégrade progressivement et met en lumière l’infidélité du père (Mathieu Demy). 

Déjà que ses enfants ne l’aiment pas, maintenant son mari en rajoute une couche en voyant une autre femme. Patrick, le père de la famille et photographe, n’a plus aucune attirance envers sa femme et préfère se distraire ailleurs. Distant d’Elvira, il trouve du réconfort auprès d’une autre femme. La mère mal-aimée ressent cet éloignement et soupçonne même d’être trompée suite aux absences répétées de son mari pour des motifs divers et variés. 

Rôle important de la famille, la mère devient un personnage fragile de l’histoire. D’habitude, on valorise le beau portrait de la mère ordinaire et vaillante. Mais la série propose une vision très précaire de la parenté. Malgré ses efforts au quotidien, la représentation du personnage d’Elvira met en avant une totale solitude issue de la rancœur de ses proches. En manque de reconnaissance et d’amour et considérée presque comme une étrangère, la mère détestée veut remédier à cette situation critique. Afin de reconquérir sa famille, elle invente une maladie imaginaire. 

La réponse : le mensonge lourd de sens

Marina Hands (Elvira)

Quand la vérité n’est utiliseé que pour dresser une réalité de pleine tristesse, Elvira préfère employer son antonyme. Selon elle, le mensonge devrait être la solution à tous ses maux du quotidien. Alors, cette mère crée son propre imaginaire en prétextant une santé préoccupante. 

Ressentant une douleur au niveau de la poitrine, Elvira pense avoir une maladie très grave. Tombée dans la psychose, la mère voit le conflit familial dégrader dangereusement son état physique. Malgré les bons résultats de son examen médical et le discours positif du médecin, elle se persuade quand même d’avoir quelque chose de grave. À ce moment-là, la maman se déclare volontairement malade d’un cancer du sein. Ce mensonge lourd est une prise de conscience pour le mari et surtout pour les enfants. 

Informé du cancer fictif d’Elvira, Patrick annonce la triste nouvelle aux 3 enfants. Les proches commencent à avoir un autre regard sur une mère qui pourrait décéder dans un futur proche. La mère est le centre des attentions et l’ambiance de bienveillance règne à domicile : les enfants ne se disputent plus et même s’entraident et le mari infidèle prend soin de la femme de sa vie. Le rêve désiré de la mère se réalise enfin grâce par ce mensonge : être à nouveau aimée et avoir une famille heureuse. 

Obliger de mentir pour être heureux avec une pincée d’hypocrisie. Les enfants et le mari mettent en évidence la contrainte d’aimer une personne mourante alors que cette dernière a été limite détestée. La fausseté fabriquée par la mère, fonctionne à merveille et tente de s’étendre dans le temps. Le plus difficile est de préserver un secret afin de maintenir ce bon environnement familial. 

Une fausse maladie amplifiée pour perdurer un bonheur éphémère 

La mère semble vouloir maintenir jusqu’au bout son cancer fictif auprès de ses proches. Pour rendre son mensonge cohérent et persuasif, Elvira élabore des stratagèmes pour duper sa famille. Elle falsifie notamment des documents pour se procurer des médicaments, organise de faux rendez-vous chez le médecin et invente même un voyage à Paris afin de subir une opération. La famille y croit et continue de soutenir la maman convaincante malgré cette supercherie qui se prolonge et en produit d’autres. Le personnage féminin nous montre à la perfection l’art de la mythomanie. 

Au moment de mentionner son opération à Paris à sa famille, la mythomane prévoit en fait un autre lieu pour s’absenter un temps. En effet, elle séjourne dans un hôtel à côté d’un casino près de Nice. La mère a l’occasion de s’inventer une vie lorsqu’elle fait la connaissance d’un homme. À chaque appel de la famille, Elvira fait croire que l’intervention chirurgicale s’est bien passée. Planifier cette fausse opération est un moyen de renforcer son cancer du sein mais aussi de s’évader hors de chez elle. À la maison, la famille s’implique énormément sur son état de santé à travers le personnage de Virginie. 

La petite dernière de la famille, Virginie (Zélie Rixhon), a pris très à cœur la maladie de sa mère. Dès lors, elle conçoit un blog pour expliquer pédagogiquement le cancer. Écrivant des articles et diffusant des vidéos sur le sujet, Virginie partage son expérience surtout son savoir destiné aux enfants qui vivent la même situation qu’elle. Sur internet, son initiative prend de l’ampleur puisque de nombreux visiteurs ont plébiscité son action. Pour cause, une chaîne de télévision réalise un reportage sur le blog de Virginie. Le mensonge, qui était seulement à l’intérieur de la sphère familiale, se répand dans l’espace public. Elvira profite de sa condition de malade à la révélation de son cancer fictif. 

Elvira constate les bienfaits du reportage pour attirer l’attention vers elle. Les habitants de son voisinage font part de leur tristesse et essayent même d’apporter leur soutien par rapport à ce drame familial. Face à la notoriété du blog de sa fille, la mère s’arrange pour remplacer sa machine à laver devenue défectueuse. Cependant, cet instant de favoritisme disparaît pour faire place l’inquiétude. Effectivement, Elvira voit la menace de la vérité faire surface. Son mari infidèle se pose des questions sur les ordonnances signées par un médecin fantôme. Sachant finalement toute vérité sur cette supercherie, le photographe menace Elvira de révéler ce secret. Cette dernière, dos au mur, voit son univers s’écrouler. 

Tenir un mensonge dans le temps est une vraie prouesse. Cela suggère une véritable détermination d’aller jusqu’au bout de cette mission. De surcroît, la mère fomente d’autres mensonges pour renforcer son faux cancer avec brio. Cependant la perfection n’existe pas.  Tôt ou tard, la vérité sera révélée et Elvira en subira les conséquences.   

La vérité, une destruction de la famille 

La menteuse, qui a longtemps dissimulé sa fausse maladie, verra sa famille de nouveau la haïr alors qu’elle présente les raisons du mensonge. Dans le dernier épisode de la série, on peut voir la mise en scène d’un procès. Elvira se voit endosser la posture de l’accusée devant un jury familial qui a déjà donné son propre verdict. 

La vérité éclate par le biais des paroles du père qui profite de la situation. Effectivement, il omet son adultère et rallie ses enfants avec lui contre sa femme par cette importante révélation. Les enfants, qui ont cru au cancer, se sentent trahis et demandent de sérieuses explications. Dans la cuisine, deux camps s’opposent de manière visuelle. D’un côté, la mère de famille très marquée témoigne assise sur une chaise, de l’autre, ses enfants en compagnie de leur père debout. 

Souvent ignorée et généralement pas entendue, Elvira prend la parole pour la première fois, sans se faire interrompre. D’abord impavide, elle s’effondre de tristesse en dévoilant les raisons de ce lourd mensonge. Lors de son plaidoyer, elle évoque l’aspect involontaire de cet agissement, l’impression d’être mal-aimée, le manque d’amour, le sentiment d’être inutile et tutti quanti. Cependant, les mots fragiles de la mère n’ont pas eu un véritable écho auprès des enfants et du père.  

“Pourquoi tu nous as faits ça ? On a fait quoi pour qu’on mérite ça ? On ne comprend pas ce mensonge ?”, s’exclament certains membres de la famille. Leurs questions rhétoriques témoignent de la valeur de la mère qui n’a, encore une fois, pas été prise au sérieuse. Pour eux, la fautive du mensonge reste la mère malgré son discours conclut par un pardon. On peut remarquer l’absence d’empathie des proches d’Elvira, qui se préoccupent plus de la réaction des gens du voisinage par rapport à ce mensonge. Entre la mère et la famille, la fracture se produit. 

La famille condamne la mère en l’excluant de la maison pour ce mensonge grave et aggravé. Cette punition provoque la dépression d’Elvira qui est proche de faire l’irréparable. En voiture, elle tente de mettre fin à ses jours en se dirigeant vers un incendie de forêt. Proche de la mort par asphyxie, elle se désiste rapidement et vagabonde toute seule sans but précis. La menteuse sombre psychologiquement par cette vérité qui a détruit une relation avec sa famille. Au terme des six épisodes, la série montre les travers du mensonge malgré des motifs légitimes de la mère mal-aimée. 

Cette série pourrait accoucher d’une morale sur la vérité du mensonge. Peu importe la durée et la perfection d’un mensonge, le secret émergera un jour ou l’autre. En employant la tromperie de la maladie, Elvira est le symbole de la mythomanie par le fait qu’elle dissimule le mensonge initial par d’autres. Elle tombe parfois dans la folie par la présence d’un spectre qui la hante (une vieille dame) à travers différents épisodes. Bien que la mère emploie des nombreuses fausses affirmations convaincantes, le vœu de retrouver l’amour de la famille finit finalement par un échec. Il ne faudrait pas oublier que les enfants et le mari font partie de l’art du faux semblant du fait qu’ils s’intéressent à la mère seulement à cause de son cancer. En fin de compte, ils sont tous des “mythos” dans cette histoire. 

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