Ghada Hatem

Le 9 janvier dernier, au CNAM étaient organisées les Rencontres contre les féminicides et les violences sexistes par Cynthia Fleury-Perkins et Eve Ensler. À cette occasion, j’ai pu échanger avec Ghada Hatem, gynécologue, obstétricienne et fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis. 

Depuis 2016, Ghada Hatem soigne des femmes au sein d’une maison. Et à l’intérieur de ces murs colorés s’abritent des femmes vulnérables, ou victimes de violence. Des survivantes venant de tous les pays du monde.  Les femmes migrantes, en situation administrative ou en rupture de liens sociaux et familiaux sont les principales concernées. En fait, La Maison des femmes est une réponse à la violence que subissent tous les jours toutes les femmes du monde. 

Ensuite, elle est la première structure qui prend en charge toutes les violences et tous les besoins  (médicaux, sociaux, juridiques, psychologiques et post-traumatiques). Nous pouvons compter trois unités de soins : le planning familial (contraception, IVG), les violences faites aux femmes (viols, agressions, incestes, violences conjugales) et une unité pour les femmes excisées. C’est un véritable lieu d’accueil, de consultation, de prévention  d’orientation et surtout de soin. Tous les jours, des professionnels sont disponibles, au service de ces femmes : conseillères conjugales, sages-femmes, psychologues… Des groupes de parole sont également mis en place.

La première phrase qu’une femme entend lors de sa venue est «  Comment puis-je vous aider ? » nous raconte Ghada Hatem. Pour elle, toutes ces femmes sont singulières. Et il est indispensable de connaître l’histoire de chacune, savoir qui elles sont pour soigner ce qu’elles ont. Lorsque l’une d’elles passe le palier de la maison des femmes, elle peut être accompagnée pendant six mois, deux ans, trois ans… Il n’y a pas de temps limite à la guérison. L’objectif est de soigner les blessures. Les blessures du corps et les blessures du coeur. 

Puis lorsque je demande à Ghada Hatem sa plus grande réussite, elle me répond que ce sont les belles histoires. Les belles histoires des femmes qui s’en sortent,  renversent la terreur et font dominer la paix : «  Il y a des femmes qui réussissent à faire changer le comportement de leur mari, créer leur entreprise ou encore réussissent à avoir des papiers.  D’ailleurs, en ce moment va démarrer une pièce de théâtre à la Cartoucherie « Métamorphoses » qui est le travail d’un metteur en scène qui a fait travailler des femmes sur des violences qu’elles ont subit dans une adaptation d’Ovide. Trois de nos patientes et trois comédiennes professionnelles vont jouer dans cette pièce. Pour certaines, elles étaient quasiment muettes en arrivant. C’est une sacré reconnaissance de parcours. Et pour nous une immense fierté. » 

Enfin, le docteur voudrait  et espère mettre en place un accueil ouvert 24h/24 pour les viols : «  Nous estimons que c’est plus facile pour une femme de se rendre dans un lieu de soin plutôt qu’un commissariat. Et la police viendrait sur place, à notre demande. Nous souhaitons avoir l’autorisation du gouvernement. C’est un modèle auquel on croit beaucoup. Nous voudrions également que les décisions de justice soient plus rapides, avoir des places d’hébergement en cas d’urgence et évidemment que les lois soient appliquées » . 

Je vous invite donc à en parler autour de vous, à parler de cette maison où l’on soigne des femmes, où l’on fait du bien là où les hommes ont fait du mal. 

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