Dans Fwance Amuzement Park, DWEAMZ poursuit son évolution en partant du même terreau composite et hybride: Indie Pop vs. R&B Soul. À travers ce nouveau tube, DREAMZ vous invite dans un univers bariolé et inquiétant, proche de la dystopie, mais pas loin non plus de celui des chaînes d’informations en continu, où l’évènement doit être également spectacle. Un spectacle anxiogène et addictif si possible.

Manifestations, violences policières et fêtes foraines ne font plus qu’un. Les canons à eau des camions anti-émeutes y sont des toboggans aquatiques, les lanceurs de balle de défense se retrouvent sur les stands de tir à la carabine et on envoie des grenades lacrymogènes pour les besoins du spectacle. Entrez dans l’univers psychédélique de DWEAMZ, ce groupe porteur de messages critiques et groovy, basé à Montreuil, dont le style musical traverse les genres et les influences.

Ô Magazine a eu l’occasion d’échanger avec eux, pour la sortie de leur single Fwance Amuzement Park ; un titre décalé, révélateur d’une société déréglée par le spectaculaire. Nous avons rencontré Charlène au chant, Philippe au synthé, Arnaud à la basse, Antoine à la batterie et tout récemment, Anne à la guitare, qui reprend le flambeau de l’ancien guitariste, Jake, ayant beaucoup oeuvré pour le groupe par le passé. Ensemble, nous avons discuté de leur style musical avant-gardiste et la difficulté de se faire une place dans l’industrie musicale, très formatée, lorsque la musique dépasse les étiquettes. Découvrez avec nous ce groupe de passionnés qui ne rêvent que d’une chose : créer quelque chose de fédérateur, d’unique et d’original, à travers des sonorités modernes et intemporelles à la fois.

DWEAMZ vous invite dans cet univers bariolé et inquiétant, proche de la dystopie, mais pas loin non plus de celui des chaînes d’informations en continu, où l’évènement doit être également spectacle.
Source @ DREAMZ sur Facebook

Racontez moi un peu… cette rencontre psychédélique, elle a eu lieu comment ?

Charlène : A la base, on s’est rencontré à l’occasion de différents projets initiés par un établissement scolaire. Moi, j’ai toujours voulu chanter, mais mes parents ne voulaient pas. Donc pour faire passer la pilule, j’ai fait de la musique dans le collège où travaillaient ma mère et certains membres du groupe. Finalement, ça s’est développé à l’extérieur ; ça fait plusieurs années maintenant qu’on fait de la musique ensemble.

Anne : J’ai connu Charlène, Antoine et Arnaud il y a quelques années déjà, car on évoluait tous dans le milieu 60s, donc on avait déjà été amenés à se rencontrer. Philippe, je l’ai rencontré quand j’ai intégré Dweamz, après le départ de Jake, l’ancien guitariste.

Vous avez tous des genres de musique assez différents, comment vous avez réussi à créer cette symbiose entre vous pour (re-)créer DWEAMZ ?

Charlène : On s’écoute beaucoup. Les idées émergent d’une personne, puis elles évoluent au fur et à mesure. On est tous à l’écoute des différentes propositions, en fonction des genres que l’on préfère et des différentes ambiances que l’on veut créer.

Anne : J’étais très axée blues et jazz. Mais depuis que je suis avec DWEAMZ, j’apprends à aller chercher d’autres influences dans ce qui se fait actuellement. Et je suis très contente de ça, car je m’aperçois qu’il y a plein de créations musicales qui valent vraiment le coup. Ce qui est hyper motivant, c’est d’avancer musicalement et d’aller chercher des choses qu’on n’allait pas chercher avant.

Justement, Charlène, avant vous faisiez du « backing band » pour d’autres artistes, la transition en tant que groupe à part entière, elle s’est faite comment ?

Arnaud : Ça a été assez simple en fait. Dans les projets où l’on jouait auparavant, on n’avait pas tellement notre mot à dire. Et quand ces projets se sont arrêtés, on a décidé de continuer à faire de la musique ensemble car on s’entendait bien. C’est là que l’on a essayé de compiler nos influences, de voir vers quelle direction on voulait aller. Et tout naturellement, on a commencé à travailler ensemble, à écrire de manière collective. Même si Philippe est à l’origine d’une grande partie des chansons de DWEAMZ, on met, tous, notre pierre à l’édifice.

Donc vous participez tous à la création au sein du groupe. Au sujet de « Dweamz », pourquoi avoir détourné le mot anglais « dreams » ? C’était une question d’esthétique, ou c’était significatif pour vous ?

Arnaud : L’idée c’était de déformer à la fois l’orthographe et la sonorité pour aller dans le sens assez vaporeux et étrange du mot, comme peuvent l’être parfois nos rêves. Visuellement, j’aimais aussi le fait que le « w » et le « m » soient des lettres très proches et inversées.

Philippe : Pareil pour le « e » avec le « a ».

En terme de création musicale, comment vous vous organisez généralement ? Vous composez ensemble ?

Philippe : Il n’y a pas de règle générale. Chacun peut apporter ses idées et on rebondit collectivement dessus. En l’occurrence, c’était souvent Jake qui en apportait par le passé ; maintenant c’est Anne. Sinon, il arrive que ce soit moi qui ait déjà le morceau clé en main, étant donné que j’écris aussi les textes. Ça m’arrange de proposer une unité au morceau. Et puis chacun va apporter sa touche.

Charlène : Quand ça arrive, j’essaye de toujours tirer le morceau vers un côté hybride, mais surtout soul et R&B.

Anne : Un point qui me parait important aussi, c’est dire que quelle que soit la personne qui amène une première idée, on aura, chacun, toujours une idée préconçue du rendu. Mais en fonction de ce que chacun va y apporter, finalement ça donnera une couleur totalement différente et un morceau complètement différent. Ce sera vraiment le morceau du groupe. C’est ça qui est vraiment intéressant dans la création, lorsqu’elle est faite de manière collective.

C’est ce qui a donné l’idée de Fwance Amuzement Park et cette confusion des genres entre cirques, fêtes foraines, médias et violences policières.

D’où vous est venue l’idée de Fwance Amuzement Park ?

Philippe : Cette idée nous est venue précisément suite au 1er mai 2018, lorsqu’Alexandre Benalla s’était déguisé en CRS pour frapper des manifestants. Ça a été le feuilleton de l’été 2018, qui n’est toujours pas fini d’ailleurs. Tout ça dans un cirque médiatique, où tout se mélangeait. C’est ce qui a donné l’idée de cette confusion des genres, entre cirques, fêtes foraines, médias, et violences policières.

Vous faites souvent des titres engagés comme celui-ci, qu’est-ce que ça représente pour vous ?

Philippe : Yves Czerczuk, qui était là au tout début de l’aventure de DWEAMZ, a écrit Everybody’s Living In A Ghetto. Cette chanson raconte le fait d’ostraciser les minorités notamment. On le fait tout simplement car on ne les comprend pas et on ne les connaît pas. Ainsi, on se met soi-même dans un « ghetto », bien que l’on puisse faire partie de la majorité dominante.

Arnaud : Pour ma part, même si la musique n’a pas toujours vocation d’être politique ou d’être vecteur pour des luttes, le fait de traiter des sujets sociétaux qui traversent nos vies est très important dans ma pratique musicale et dans ma manière d’envisager la musique en général. Mais rien ne m’empêche d’écrire et de jouer des chansons beaucoup plus légères.

Justement, sortir votre single le 1er mai, c’était significatif pour vous ?

Philippe : Oui, ça l’était, pas seulement pour ce qui s’était passé il y a deux ans, mais surtout, parce qu’on ne pourra pas sortir cette année. Ça nous faisait du bien de sortir ce morceau, à défaut de nous-mêmes, pour célébrer le 1er mai.

Le nouvel EP de DWEAMZ, Come Two, qui sortira en Juin prochain, sort un an après F.Y.N, que vouliez-vous explorer à travers ce dernier ?

Arnaud : Une des choses qui a été prépondérante fut l’utilisation plus moderne des instruments : on a utilisé plus de synthétiseurs et de batteries électroniques. L’objectif, c’était de trouver un son plus cohérent et moderne, qui se détachait de ce qu’on a fait, tous, par le passé, en matière de visuel, de texte et de musique. Je pense que ce sera un des points majeurs du futur projet de DWEAMZ, après cet EP. On réfléchit déjà à un concept-album.

Justement, je voulais savoir si vous aviez déjà envisagé la sortie d’un album. Vous cherchez à approfondir cette cohérence visuelle et musicale avant de vous lancer dans la création d’un album ?

Anne : Je trouve cela assez intéressant de faire des albums qui sont des concept- albums, qui ont un fil conducteur et une même histoire qui est déroulée sous des angles différents à travers les morceaux. On a envie de mettre en cohérence, pas seulement la musique, mais la musique avec les visuels, afin de trouver cette identité, cette personnalité qui soit vraiment la notre.

Arnaud : L’EP n’est pas encore sorti, donc on va d’abord s’atteler à le faire circuler et puis on se mettra à écrire tranquillement pour un nouveau disque.

Tu peux faire de la musique que les gens aiment, et ne pas te retrouver dans ce que tu fais. De la même manière, tu peux être créateur d’un nouveau mouvement auquel les gens peuvent adhérer, parce que c’est nouveau.

En termes d’identité, on remarque que votre groupe est assez « hybride » ; vous mélangez les genres et les influences à la perfection. Le fait de ne pas rentrer dans une boîte justement, pour vous c’était important ?

Arnaud : À la base, ça n’était pas voulu ; c’était le résultat de nos influences qui étaient très diverses. C’est un avantage d’une part, car ça donne une originalité à ce que l’on produit. D’une autre part, c’est un gros désavantage, car on nous dit souvent que l’on est trop rock pour tout ce qui est hip-hop/R&B, et on nous dit aussi que l’on est trop soul/R&B pour tout ce qui tourne autour du rock. Donc cela nous pose des problèmes pour promouvoir notre projet. C’est peut-être quelque chose de typiquement français que de mettre des projets dans des cases et de ne pas laisser de place aux projets plus hybrides. Donc c’est vrai qu’on ressent quelques doutes…

DWEAMZ poursuit son évolution en partant du même terreau composite et hybride: Indie Pop vs. R'n’B Soul.

Vous avez fait le constat d’un paradoxe depuis Internet, grâce à qui il y a un développement de la culture musicale, que ce qui reste populaire, c’est la musique mainstream, assez formatée. Comment vous le vivez ce paradoxe ? Comme tu l’as dit Arnaud, ça vous arrive souvent ces moments de doute ?

Charlène : J’ai eu pas mal de moments de doutes, c’est vrai, car je compare aux musiques que j’écoute et qui sont en vogue et je me disais : est-ce qu’il ne faudrait pas mieux faire de la musique que les gens aiment, écoutent et consomment ou bien faut-il rester dans ce que l’on aime faire ? Et finalement, il n’y a pas de réponse car je me rends compte que ce n’est pas révélateur de réussite et d’épanouissement personnel. Par exemple, tu peux faire de la musique que les gens aiment, et ne pas te retrouver dans ce que tu fais. De la même manière, tu peux être créateur d’un nouveau mouvement auquel les gens peuvent adhérer, parce que c’est nouveau. Au final, tu ressors plus fort de ces moments de doute parce que tu te dis que tu fais de la musique que tu aimes, avec les gens que tu aimes et tu aimes ces moments de partage. C’est ça qui est important.

Arnaud : Avant Internet, c’était très difficile d’avoir accès à la musique ; il fallait avoir la curiosité et une passion débordante pour écouter des choses très différentes. Maintenant, je trouve cela tout autant compliqué, même avec Internet. On a accès à tout et à tout en même temps. Et finalement, au lieu d’aiguiser notre curiosité, on finit par aller vers la facilité, vers ce que les médias mettent en avant. On n’est plus capable de profiter de la profusion d’informations que l’on a autour de nous. Avant et après Internet, c’est toujours difficile de découvrir des musiques un peu plus pointues. C’est difficile pour des raisons différentes.

C’est intéressant ce que vous dites, parce qu’il est vrai qu’un artiste va être tiraillé entre faire du « commercial » et faire ce qu’il aime. Selon moi, votre style est fédérateur. Et, surtout en ce moment, on voit beaucoup d’artistes qui essayent de mettre en exergue leur singularité.

Arnaud : Ce que tu dis est vrai. Étrangement, ça nous ramène à ces questions politiques et d’engagement dans la musique populaire. Je pense notamment aux questions de genre, d’appartenance ethnique, de sexualité… Ces questions-là se mettent à traverser les musiques commerciales.

Le problème ne vient peut-être pas d’internet. Enfin, c’est forcément lié, mais ce serait peut-être une question d’industrialisation de la musique…

Charlène : Je pense surtout qu’il y a cette idée d’audience et de popularité avant même de faire de la musique. Ce qui est garant de la qualité d’un artiste aujourd’hui, c’est sa présence sur les réseaux sociaux. La faiblesse des jeunes artistes, c’est d’avoir peu d’abonnés sur les réseaux, donc on leur accordera très peu de crédibilité.

Arnaud : D’un autre côté, les réseaux sociaux accentuent les clivages de notre société. C’est en cela que la question de singularité est liée. Revendiquer ses différences devient important, c’est presque devenu un argument marketing.

Anne : Ça rejoint la question de consommation de masse. Ça laisse relativement peu de places à des initiatives plus originales. Sur certaines radios, c’est souvent les mêmes musiques qui passent en boucle, mais lorsqu’on cherche un peu, on s’aperçoit qu’il y a une infinité de groupes culturels extrêmement créatifs et qui ne rentrent pas dans cette espèce d’autoroute formatée. Ça pose problème oui, mais ça reste très motivant de trouver des chemins de traverse.

On parlait de promo ; au vu des circonstances actuelles, quels sont vos projets pour la promo de votre EP qui sortira en Juin prochain ? Concert virtuel… ?

Arnaud : Les concerts étant interdits, on n’aura pas l’occasion de se produire sur scène pendant un petit bout de temps. On va donc se concentrer sur le web : obtenir des entrevues, alimenter nos réseaux sociaux… Ça sera déjà pas mal !

Pour finir, où sera disponible votre nouveau single Fwance Amuzement Park ? Et où pouvons-nous suivre votre actualité ?

Philippe : Il sera disponible sur toutes les plateformes de streaming. Et on est sur facebook, instagram, et Bandcamp ! @DWEAMZ

DWEAMZ nous ont fait le cadeau d’une performance spéciale confinement de leur tout nouveau single disponible sur notre chaîne Youtube. Laissez-vous porter par la voix puissante et sensuelle de Charlène, au son de la douce folie de DWEAMZ. C’est un groupe qui ne rentre dans aucune case ; on le sait, on a essayé. Et c’est peut-être mieux ainsi. On a été touchés par leur envie de liberté évidente, d’aller au-delà des étiquettes et de jouer au nom de la musique et de la création, tout simplement. On espère qu’il vous fera écho.