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Interview du rappeur Simony (1/2)

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Interview du rappeur Simony

Simony est un jeune rappeur que nous avons eu l’occasion de rencontrer. Il a récemment sorti son dernier EP nommé Donny Darko, mais le rappeur n’en est pas à son premier coup d’essai. En effet véritable passionné de rap et ce depuis de nombreuses années, il a déjà pas mal d’expériences. Nous avons discuté de son EP, son apprentissage du rap et de son voyage en Asie qui a complètement bouleversé sa vie. Véritable sensible, mais aussi très énergique, passant d’un état à un autre, Simony nous embarque dans un voyage des plus mouvementés.

Ô Magazine. Salut Simony ! Est-ce que tu peux te présenter ?

Simony. Alors, moi c’est Antoine, donc Simony de mon nom de famille, mais aussi mon nom d’artiste. J’ai 23 ans et j’habite dans le 19 -ème arrondissement à Paris. Je suis un passionné de son, de rap, j’en fais depuis un petit paquet de temps et ça fait deux ans maintenant que ça devient sérieux, depuis mon retour d’Asie.

Ô Magazine. Tu as sorti ton premier EP Donny Darko, est-ce que tu peux nous le présenter et nous expliquer le choix du titre ?

Simony. Alors Donnie Darko, c’est un film qui a été réalisé par Richard Kelly, avec un de mes acteurs préférés, Jake Gyllenhaal, que tu peux aussi retrouver dans pleins d’autres films comme La Rage au ventre qui est un film de boxe, Noctural Animal etc. Je sais pas, c’est un film qui m’a ultra ultra marqué, parce que c’est le symbole même du décalage qu’un jeune adolescent un petit peu paumé peut ressentir en fait tout simplement, avec la société. Qui se pose énormément de questions existentielles et qui se retrouve à vivre des situations paranormales. Ça passe de la relation au temps, au transfert d’énergie, à l’envie de meurtre, à la schizophrénie, à la paranoïa. C’est une réalité qu’il vit, que très peu de personnes arrivent à comprendre et c’est super bien exprimé, je trouve, dans le film. Ça symbolise un peu, moi, mes deux dernières années, en fait, tout simplement.

Je me suis vraiment reconnu dans ce personnage et c’était symbolique pour moi, que de nommer mon EP Donny Darko. Parce que j’avais envie de le référencer pour que les gens puissent comprendre un petit peu comment je le vis. Après comment je l’ai présenté musicalement, ce n’était pas trop à ce niveau-là. J’ai voulu exprimer pleins de choses et montrer aussi mon décalage dans la musique, c’est ce que je voulais faire à ce niveau-là. Ça part de la dépression, la déprime sur certains sujets, parfois la folie, tout ce qui de l’ordre du  »maniaco-dépressif ». Et c’est un petit peu comme ça que je le traduis en musique, avec des instants où ça part vraiment en couilles, où c’est une folie un peu non maîtrisée et à d’autres moments une sensibilité extrême, à la violence de notre monde actuel.

Ô Magazine. Est-ce que tu t’inspires de ta vie personnelle et de tes ressentis pour le retranscrire dans ta musique ?

Simony. Ouais à fond, franchement à fond. J’utilise vachement mon prisme notamment dans cet EP. Depuis que j’écris, mais à la base je n’étais pas trop sur ça. J’écrivais beaucoup sur une révolte sociétale, des choses que je ne maîtrisais pas, que je ne comprenais pas spécialement mais qui me semblaient injustes. Je suis super sensible aux injustices, après ça je ne sais pas trop d’où ça vient. Peut-être un manque affectif à un moment de ma vie ou des choses comme ça, mais en tout cas ouais je m’inspire beaucoup de ce que je vis pour essayer de le retranscrire en musique. Que ce soit à la fois dans le texte et dans les choix musicaux que je fais.

Photo de presse Simony
Crédit : Justin Chiron

Ô Magazine. Comme tu nous le disais, tu fais de la musique depuis un moment, comment tu as appris ?

Simony. Du rap à proprement parler ou de la musicalité ?

Ô Magazine. Les deux.

Simony. J’écris depuis un petit paquet de temps, j’écris depuis maintenant, ça va faire 10 piges facilement. J’ai commencé à écrire mais vraiment à la base c’était juste de l’écriture. Je n’étais pas trop dans la musique, ni dans le rap à proprement parler. J’avais un besoin d’exprimer des choses par écrit et c’était vraiment uniquement pour moi. Des situations de vie où comme je te disais, des sentiments d’injustice. Vu que le rap s’est ultra développé dans les années 90, 2000 et que j’ai un petit héritage, grâce à mon oncle, qui lui était passionné de tout ce qui est rap à l’ancienne, old school, pendant l’âge d’or du rap, Secteur A, NTM, etc.

Il m’a aussi transmis cette passion, juste écouter, de kiffer.

Donc, j’ai toujours été attiré par ces sonorités, la culture hip-hop, la revendication, la transmission de valeurs tout ça. Et quand je me suis retrouvé à avoir pas mal de textes et que le rap commençait un peu à s’essouffler dans les années 2010 avant qu’il prenne un autre essor. À  l’époque il y avait Booba, La fouine, Rohff. C’étaient les trois grands personnages du paysage musical urbain. On avait des instrus avec des potes et on a commencé, comme beaucoup de gens, comme beaucoup de petits gars qui avaient envie de dire des choses sur de l’instrumental.

J’ai commencé à rapper un petit peu comme ça, sur la fin des morceaux, parce que les morceaux duraient un peu plus longtemps à l’époque, ils étaient un peu moins formatés.

Du coup, c’est comme ça que j’ai commencé à mettre ma voix quelque part. Mais il n’y avait rien de très sérieux et puis surtout je me trouvais très mauvais techniquement. J’arrivais à retranscrire ce que je voulais dans le texte mais pas spécialement à le mettre en forme. Et petit à petit, j’ai un peu insisté, parce que c’était un outil qui me servait bien à cracher ma rage.

Et après vers mes 17 ans, 18 ans là, j’ai rencontré pas mal de personnes qui faisaient de l’art. Parce que j’ai monté une marque de vêtement qui s’est transformée un peu en plate-forme collaborative, où je mettais en relation pleins d’artistes différents, des gens qui faisaient de l’image, des gens qui faisaient de la danse, des gens qui faisaient de la vidéo. J’ai créé avec des potes un crew qui s’appelle Nagayin. Avec un pote, on avait une ambition un petit peu entrepreneuriale à la base, de créer une sorte de plate-forme et puis finalement ça s’est transformé en un groupe de potes qui fait des choses, sans spécialement se soucier d’aller demander à des professionnels pour faire leurs projets, on le fait entre nous.

Et de là j’ai rencontré du coup, les premières personnes qui vraiment faisaient de la musique, notamment Jaess.

Jaess qui est mon pote de Nagayin, qui lui maintenant est dans la techno, mais qui à la base faisait des instrus et des prods pour des rappeurs. Et c’est avec lui que j’ai fait vraiment mes  »premiers morceaux » enregistrés et je suis parti en Chine à cette époque- là.

Donc, en gros j’ai enregistré mes premiers morceaux à distance, avec un vieux micro que j’avais acheté en Chine, j’étais sur Audacity et je ne comprenais rien. J’ai juste envoyé ma voix, il a fait une instru et c’était trop stylé. Quand je suis rentré d’Asie et que ça avait commencé un petit peu, parce que je faisais quelques freestyles sur instagram, je me suis prêté au jeu et c’est devenu un peu plus sérieux.

Photo de presse Simony portrait
Crédit : Justin Chiron

Ô Magazine. C’est cet entraînement qui t’a permis d’acquérir cette technique ? Parce que tu as un flow assez rapide !

Simony. Ouais c’est ça. En vrai c’est vraiment d’en faire, d’en faire. Il y a plein de choses que je n’ai jamais sorti ! Ça a mis du temps, ça a bien mis 5/6 ans avant de prendre une forme convenable. Mais ouais, c’est vraiment l’entraînement et le travail. Je suis quelqu’un qui travaille beaucoup au niveau du rap, parce que je ne pense pas que ce soit un don. Par rapport à d’autres ou ils ont ça dans le sang, moi j’ai dû bosser. J’ai bossé sur mes flows. J’ai compris des choses, j’ai senti quand je franchissais des steps. Mais ouais du travail, je pense c’est le plus important.

Ô Magazine. Est-ce que justement tu peux nous parler de ce voyage en Asie, comment ça s’est fait, pourquoi tu es parti ?

Simony. Yes, carrément. Ben écoute, moi je fais des études de management. Là je suis en Master 2, je finis mes études. Et en 3eme année on a un séjour à l’étranger à faire, soit sous forme de stage, soit sous forme d’échange international comme beaucoup d’universitaires. Et je me suis retrouvé à Shangaï. De base, je voulais partir en Corée parce que la culture asiatique m’inspirait et puis j’avais envie de découvrir, de voir du pays en vrai. Le but c’était surtout d’aller ailleurs pour découvrir différemment et je me suis retrouvé à Shangaï parce que je n’ai pas pu aller en Corée et en vrai, c’était assez ouf. Ça a été vraiment un déclencheur de dingue dans ma vie et je recommande à tous les jeunes, qui ont l’opportunité, si un jour ils peuvent ou ont les moyens. Il y a même des bourses qui sont proposées pour ceux qui n’ont pas les moyens naturellement. De le faire parce que ça forge à fond. Je suis partis là-bas avec aucune ambition particulière, juste de découvrir. J’ai fait vite fait mes études mais ce n’était pas du tout le plus important et j’ai découvert un autre monde.

La vie là-bas c’est vraiment un autre monde, avec une culture, une philosophie de vie ultra différente.

Nous, on a pleins d’a priori par rapport à comment les chinois vivent, mais ils sont super inspirants dans leur manière de vivre intérieurement et en paix. Parce que justement ils sont forcés, ils sont contraints à être dans la  »résilience », avec les gouvernements, avec les censures, avec les interdictions gouvernementales, mais du coup ils font un travail sur eux-mêmes qui est assez dingue et je pense que ça, ça m’a pas mal matrixé. Tu vois, tout le monde les pense dociles, mais en vrai, je pense qu’ils sont très très forts au contraire. Ça m’a surtout fait grandir et ça m’a fait relativiser sur nous, notre liberté. Le fait qu’on veuille, les français ou les occidentaux en général, imposer notre vision des choses. Ce n’est pas eux spécialement qui détiennent la vérité, mais dans notre culture on méprise beaucoup le reste du monde, mais on ne fait pas spécialement mieux.

Ô Magazine. Du coup ça t’a apporté un regard nouveau ?

Simony. De fou, franchement de fou. Un regard nouveau sur la société, un regard nouveau sur moi-même. Sur comment appréhender les coups de la vie, éviter de se plaindre aussi un peu trop. Ou alors le faire vraiment intérieurement et se refocus sur soi-même pour essayer de construire quelque chose de meilleur. Parce que tous les chinois que j’ai vu, ils ont des vies assez hardcore, d’un regard extérieur, mais ils ne transmettent que du positif quand ils te voient et même entre eux. Donc ça montre qu’on peut à la fois intérioriser, travailler et construire un monde meilleur, simplement en se connaissant bien.

Retrouvez la suite de l’interview juste ici

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