Pour un salon de coiffure plus inclusif : Interview exclusif de Haoua Hallay, coiffeuse-formatrice de cheveux BFC  

Aujourd’hui, il est encore compliqué pour les personnes ayant des cheveux texturés de trouver un salon de coiffure très de chez soi. Face à ce constat, plusieurs coiffeurs s’activent pour faire reconnaître des formations professionnelles pour cheveux bouclés, frisés et crépus. Et ainsi imaginer un salon de coiffure plus inclusif qui chouchoute tous les types de cheveux. 

Ô Magazine s’est entretenu avec Haoua Hallay, directrice du salon de coiffure et centre de formation Mon Rayon-Beauté. Son salon de coiffure accueille non seulement tous les types de cheveux mais forme également des professionnels sur l’entretien et les soins pour cheveux crépus. Elle mise principalement sur la formation des coiffeurs pour réduire les inégalités. Interview avec celle qui imagine le salon de coiffure de demain. 

Vers un salon de coiffure plus inclusif : Interview exclusif de Haoua Hallay, spécialiste des cheveux BFC
Crédit photo : Haoua Hallay Mon Rayon-Beauté

Des types de cheveux méprisés

En 2022, on trouve encore très peu de salons de coiffure qui s’occupent de tous les types de cheveux. Alors les femmes ayant des cheveux bouclés, frisés ou crépus (BFC) ont peu d’options. Elles évitent des salons de coiffure En 2022, on trouve encore très peu de salons de coiffure qui s’occupent de tous les types de cheveux. Alors les femmes ayant des cheveux bouclés, frisés ou crépus (BFC) ont peu d’options. Elles évitent des salons de coiffure lambda par peur de subir des discriminations ou par méconnaissance de l’entretien de leurs cheveux. Les options qui s’offrent à elles sont donc réduites. Soit elles se déplacent sur plusieurs kilomètres pour accéder à des salons spécialisés soit elles les boycottent complètement. Cette discrimination se révèle être d’autant insupportable dans un pays aussi diverse que la France.

En effet, sur près 90 000 établissements sur le territoire, très peu d’entre eux  seuls 150 d’entre eux peuvent s’occuper des chevelures afro selon l’association le CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France). Pourtant, des start-up comme “Ma Coiffure Afro” ont également vu le jour. Mais cette plateforme n’accueille pas uniquement des professionnels. Alors plusieurs coiffeurs comme Aline Tacite, Alexis Rosso ou encore Haoua Hallay ont fait de cette ségrégation capillaire leur combat. Haoua Hallay nous a révélé en exclusivité pour O Magazine, quun dossier pour établir un certificat de qualification professionnel (CQP) des cheveux bouclés à crépus est actuellement en cours de validation auprès des autorités compétentes.

Mon Rayon-Beauté, un salon de coiffure inclusif qui accueille tous les types de cheveux 

Pouvez-vous nous expliquer l’histoire de votre centre de formation ? 

Haoua Hallay : Je m’appelle Haoua Hallay et j’ai 50 ans. J’ai un parcours assez atypique. J’étais à la fac pour être professeur d’espagnol. J’ai arrêté au bout de deux ans d’étude. J’ai enchaîné des petits boulots mais la coiffure a toujours été ma passion. A l’âge de 12 ans, je coiffais déjà mes copines et leurs mamans. Je suis arrivée en France en 1987 donc à presque 16 ans. J’ai continué ma scolarité tout en coiffant pour avoir de l’argent de poche. A 28 ans, je me suis dit qu’il fallait que je me lance dans ma passion et que j’arrête les petits boulots. J’ai donc ouvert mon premier salon de coiffure afro à Toulon en 2000. Je n’étais pas encore diplômée.

Je faisais de la vente de perruques, de tissages et d’autres prestations comme des tresses etc. Il y avait tellement de demandes pour des coupes, des couleurs et des mèches que retourner à l’école devenait une nécessité. J’ai donc obtenu mon CAP coiffure en 2007. Ensuite j’ai enchainé sur un Bac Professionnel coiffure. En 2010, j’ai ouvert mon 2e salon de coiffure à Lunel dans le département de l’Hérault. Mon salon était unique à l’époque car j’étais la seule qui maîtrisait autant les cheveux lisses que les cheveux afro.  


“Les salons de coiffure ont tout intérêt aujourd’hui à se former sur les cheveux BFC, c’est un passage obligatoire !”


Que vous a apporté d’être certifié QUALIOPI ?

HH : Nous avons obtenu la certification QUALIOPI (certification de qualité pour les entreprises qui offrent des formations, ndlr) très récemment en octobre 2021. Notre établissement respecte cette charte de qualité, ce qui donne une plus-value à notre entreprise. C’est une véritable consécration car maintenant nous sommes reconnus au niveau national comme un véritable centre de formation. Toutes les personnes en reconversion professionnelle peuvent désormais se former et se faire financer par Pôle Emploi. Même les personnes en activité professionnelle peuvent le faire. C’est une véritable valeur ajoutée pour notre centre de formation. 


“Si tout le monde peut se faire coiffer sans distinction de type de cheveux, alors c’est le salon de demain”


Combien de stagiaires avez-vous par formation ? Ont-ils tous le même profil ?

HH : Nous sommes pour l’instant une petite structure donc nous ne pouvons pas accueillir beaucoup de stagiaires. Nous pouvons former jusqu’à 4 stagiaires par module de formation. C’est une formation assez privilégiée. Cependant, nous avons pour ambition de nous élargir et même de proposer des formations au niveau national. 

Les personnes qui viennent faire des stages chez nous ont des demandes bien spécifiques. Ils nous cherchent car ils ont besoin de maîtriser l’entretien des cheveux BFC ou d’apprendre des techniques de coiffage spécifiques. Plus on a d’écho, plus on normalise le cheveu texturé dans les techniques de coiffages chez les professionnels. 

Parmi les stagiaires, on retrouve beaucoup de diversité et de profils différents. En effet, nous n’accueillons pas forcément des stagiaires qui ont ces types de cheveux bien au contraire. Énormément de personnes avec les cheveux lisses viennent chez nous pour apprendre à faire des tissages et des tresses et découvrir comment entretenir les cheveux BFC. Effectivement, on retrouve plus de personnes afro dans l’entretien et soin du cheveux car il y a un désir de connaissances. On sent un véritable désir d’apprendre à maîtriser tous les types de cheveux pour une meilleure inclusion. 

Quelles sont les formations les plus populaires ? Et savez-vous pourquoi celles-ci en particulier ? 

HH : Il y a trois formations prisées par les stagiaires : Soin et entretien des cheveux crépus, les tresses et le tissage. Quant au lissage brésilien, j’ai effectivement beaucoup de demandes cependant je n’ai pas encore la possibilité d’y former des particuliers. On demande d’avoir un diplôme en coiffure. Si les stagiaires viennent dans mes formations c’est principalement à cause des lacunes du système en termes d’apprentissage des cheveux BFC. Il y a beaucoup de lacunes concernant la connaissance des cheveux crépus dans les formations CAP, BP, et BTS (par ailleurs créé il y a de cela trois ans). On ne propose rien sur les cheveux BFC.

Pourtant, la demande ne fait qu’accroître de jour en jour. La France est un pays dont la population est diverse avec donc une grande diversité de textures capillaires. Et à côté de cela, on a un manque d’offre, un manque de formation pour répondre à cette demande. Alors je trouve que ces nouveaux coiffeurs-stagiaires sont une aubaine. Les salons de coiffure ont tout intérêt aujourd’hui à se former sur les cheveux BFC, c’est un passage obligatoire. Savoir coiffer tout type de cheveux est une véritable valeur ajoutée avec la garantie d’un chiffre d’affaires plus élevé. Ce n’est plus un secret pour personne que la cliente aux cheveux bouclés, frisés à crépus, dépense 2 à 3 fois plus en salon de coiffure.

Une absence criante de formation en France

Dans le CAP coiffure, on n’apprend peu voire pas du tout les techniques pour l’entretien des cheveux BFC. Que pensez-vous de cette situation ?

HH : C’est terrible ! Il n’y a rien en termes d’apprentissage sur le cheveux crépus en CAP. A la fin du CAP ou du BP, on maîtrise plusieurs techniques de coiffage et de coiffure (chignon, balayage, coloration, mèche etc). Même le module du défrisage, dont on peut penser qu’il pourrait être maîtrisé par tous les élèves, ne l’est pas. Ainsi, les diplômés peuvent se retrouver dans des salons de coiffure sans maîtriser les techniques de coiffure afro, ce n’est pas normal !

Selon vous, l’Etat a-t-il un rôle à jouer dans la professionnalisation des coiffeurs sur les cheveux crépus ? Si oui lequel ? 

HH : L’Etat peut justement permettre des changements. Personnellement, j’ai déjà commencé à effectuer plusieurs demandes. Au niveau des écoles, nous n’avons pas de poids car le cursus est encore trop traditionnel. Mais nous avons la possibilité de demander une création de certificat de qualification professionnelle (CQP) pour permettre aux coiffeurs demandeurs de maîtriser le coiffage des cheveux bouclés à crépus, d’avoir une qualification reconnue par l’Etat. Pour ma part, j’ai fait des demandes auprès de l’Union nationale des Entreprises de Coiffure (UNEC). Et j’étais heureuse d’apprendre que des confrères et consœurs m’ont précédée. Cela prouve que c’est réellement un sujet dans notre profession. Ainsi, nous nous sommes coordonnées pour déposer un dossier CQP dont le nom est “Technique de coiffures des cheveux spécifiques bouclés à crépus » au niveau de l’institution France Compétence. Il est actuellement en attente de validation.

Cela permettra à des professionnels d’être formés sur les cheveux BFC. Obtenir la validation de ce CQP sera une véritable reconnaissance de la spécificité des cheveux BFC. Ce sera une plus-value autant pour les coiffeurs qui maîtrisent déjà les cheveux BFC que pour ceux qui ne les maîtrisent pas. Aussi, cela permettrait aux futures stagiaires de financer cette formation avec les fonds de leur Compte Personnel Formation (CPF). Ma première réaction quand j’ai su que le dossier était en cours de validation était de la joie. Je me suis dit “enfin on y arrive !”. Nous ne savons pas quand est-ce que nous aurons la réponse. Cependant, nous ne lâchons rien. On continue !


“On a trop longtemps traumatisé les cheveux BFC par une méconnaissance de leur entretien”


Que pensez-vous de la formation en cheveux crépus en France ? Pourquoi ? Si non que faudrait-il améliorer ? 

HH : La première chose à améliorer dans les formations aujourd’hui c’est la reconnaissance de cette chevelure. Elle a une spécificité qui mérite un savoir-faire adapté. C’est grâce à cette reconnaissance que nous allons pouvoir améliorer la formation en donnant la possibilité aux formateurs de rendre le traitement des cheveux BFC abordables et accessibles à tous. Il faut également une formation généralisée. Aujourd’hui, les formations sur cheveux sont considérés comme optionnelles. Elles faites selon le bon vouloir des coiffeurs.

Il y a trois ans, j’ai été appelé par un salon de coiffure suisse. La responsable du salon de coiffure voulait que je forme ses six coiffeurs et elle-même à toutes les techniques de coiffures afro. Je me suis donc déplacée et maintenant tous les professionnels de ce salon de coiffure maîtrisent le tissage, les tresses et le défrisage etc. Ce salon de coiffure maîtrise désormais tous les types de cheveux et c’est ce sur quoi on devrait aller. C’est le sens d’une meilleure inclusion.

Je suis actuellement en collaboration avec l’Ecole des Métiers de la Coiffure à Jacou. J’interviens sur des sessions de formation aux techniques de coiffures afros, pour les classes de Bac Professionnel et de BTS coiffure. La directrice Véronique Tomasella m’a sollicité car ses élèves lui en font la demande. C’est toujours un plaisir de voir l’implication de ces jeunes gens qui ont compris que les temps ont bien changé.

Très récemment, j’ai collaboré avec Aline Tacite, coiffeuse-formatrice du salon Boucle d’Ebène Studio. J’ai également travaillé avec le coiffeur-formateur et ambassadeur L’Oréal Mizani, Alexis Rosso. En effet, en tant que formateurs, il est important également de rester informé des dernières techniques de coiffage. Eux-deux sont également dans cette dynamique de professionnalisation des coiffeurs spécialistes des cheveux BFC. J’étais ravie de travailler avec eux car nous avons besoin de travailler ensemble pour que les choses changent. Si tout le monde peut se faire coiffer au même endroit sans distinction de type de cheveux, alors c’est le salon de demain.  

Les représentations des cheveux BFC en France 

Comment trouvez-vous l’image des cheveux crépus en France et dans l’univers de la coiffure ? 

HH : L’image des cheveux crépus a beaucoup évolué et heureusement parce qu’avant c’était très grave. Ils étaient considérés comme « moche » malheureusement et on était nombreuses à ne pas aimer nos cheveux et ne pas savoir comment les coiffer. D’où l’importance des réseaux sociaux qui ont fait bouger les lignes. On montre que nos cheveux sont beaux et peuvent être mieux avec un art de coiffure et d’entretien adapté. On a été trop longtemps traumatisées par une méconnaissance de l’entretien des cheveux BFC entre les tresses trop serrées et les défrisages drastiques qui abîment le cuir chevelu etc.

De plus, on a intériorisé certains stéréotypes comme “le cheveu crépu ne pousse pas”. NON ! Au contraire ! Il se casse à cause des mauvais traitements ! Je pense qu’on est à une époque charnière et que ce n’est pas un phénomène de mode, bien au contraire cela va rester et s’installer. Du côté des professionnels, on s’active pour que la machine soit en route et qu’elle ne s’arrête pas. 

Pensez-vous que les réseaux sociaux ont eu un rôle dans l’exposition et l’apprentissage du cheveux crépus ? 

HH : Absolument ! Par contre, il faut faire attention parce qu’on raconte tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Cependant, les réseaux sociaux ont eu un rôle indéniable sur l’appréciation et l’apprentissage des cheveux crépus. Cela a globalement apporté beaucoup. On voit des jeunes influenceuses sur les réseaux sociaux qui prônent l’acceptation du cheveu crépu. Le mouvement Nappy a donné une ouverture d’esprit incroyable. 


“Parmi la nouvelle génération de coiffeurs, il y en a beaucoup qui s’intéressent à la spécificité des cheveux BFC. Ce sont les formateurs de demain”


Trouvez-vous maintenant que vos clients s’occupent mieux de leurs cheveux ? 

HH : Oui c’est évident. Même la perception qu’elles ont de leurs cheveux. Elles se sentent maintenant belles avec leurs cheveux crépus. Elles osent sortir avec des cheveux volumineux sans complexe. Avant, on considérait que quand une femme sortait uniquement avec ses cheveux crépus, elle n’était “pas coiffée” ou “mal coiffée”. Aujourd’hui, on a réussi à montrer que nos cheveux étaient beaux et qu’on peut être magnifique avec des cheveux crépus. 

Connaissez-vous des clientes qui ont rencontré des difficultés à prendre soin de leurs cheveux ?  

HH : Il y a encore des clientes aujourd’hui qui rencontrent des difficultés. Mais c’est à nous, en tant que professionnels, de les informer sur l’entretien de leurs cheveux et sur les produits à proscrire ou à privilégier. Le problème est un manque de connaissance. Par exemple, beaucoup de clientes ne savent pas que les shampoings à base de sulfate de sodium sont néfastes pour les cheveux BFC. Quand il y a des lacunes, c’est à nous professionnels d’apporter notre expertise. 

Comment avez-vous réagi face aux différentes polémiques sur les cheveux crépus, au manque de coiffeurs afro ? 

HH : Pour moi, ce ne sont pas des polémiques mais juste la réalité du terrain. Toutes ces situations sont liées au manque de formation généralisée sur les cheveux BFC. Comment peut-on trouver des professionnels si la plupart ne savent rien sur les cheveux BFC ? D’où l’importance d’obtenir la validation de certificat de qualification professionnelle afin de débloquer cette situation. Parmi la nouvelle génération de coiffeurs, il y en a beaucoup qui s’intéressent à la spécificité des cheveux BFC. Nous le voyons dans nos formations.

Et ces coiffeurs seront des formateurs de demain. C’est pourquoi il est important que dans notre corps de métier, on travaille ensemble. Car si nous travaillons ensemble, on gagne à faire évoluer la cause et avoir plus d’inclusion dans les salons de coiffure. Plus on forme des professionnels et moins on se retrouvera avec ces problématiques-là. Avec des clientes qui se retrouvent à faire des lissages ou brushing alors qu’elles peuvent porter leurs cheveux au naturel. Encore une fois, les stagiaires d’aujourd’hui seront les coiffeurs de demain. Et cette nouvelle génération de coiffeurs est avide de connaissances sur les cheveux BFC. Les challenges sont l’histoire de ma vie. Et le prochain est d’obtenir la validation de cette certification afin de former partout en France des coiffeurs aux cheveux texturés. 

Laisser un commentaire

Ô Magazine
Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site web. Si vous continuez à utiliser ce site, nous supposerons que vous en êtes satisfait.
Autoriser tous les cookies
Enregistrer la sélection
Paramètres individuels
Paramètres individuels
Il s'agit d'un aperçu de tous les cookies utilisés sur le site Web. Vous avez la possibilité de définir des paramètres de cookies individuels. Donnez votre consentement à des cookies individuels ou à des groupes entiers. Les cookies essentiels ne peuvent pas être désactivés.
Sauvegarder
Annuler
Essential (1)
Essential cookies are needed for the basic functionality of the website.
Afficher les cookies