Le 12 mai marque la journée mondiale de l’infirmière. Explications et témoignages sur un métier vieux comme le monde en constante évolution !

La fin progressive du confinement commence avec une date très spéciale. Le 12 mai a signé la journée mondiale des infirmières et l’anniversaire de la naissance de Florence Nightingale. Une infirmière britannique reconnue pour avoir développé et fait avancer les soins infirmiers. Applaudies chaque soir à 20h depuis deux mois, ces femmes gagnent le devant de la scène ces derniers temps jusqu’à être élevées au rang d’héroïnes de la crise sanitaire du Covid-19. Une situation presque exceptionnelle. Métier longtemps très féminisé, elles ont souvent été reléguées au second plan de simples assistantes. 

Un peu d’Histoire…

Dès l’aube de l’humanité, la femme a eu très tôt un rôle de soignante dans la société, dû en grande partie à sa capacité de féconder, qui était alors incompris et lui donnait une aura presque divine. Si la femme pouvait donner la vie, elle pouvait donc également la soigner et la sauver! Longtemps basé sur l’observation de la nature leur savoir se transmettait alors de génération en génération. Les femmes stériles et non-mariées étaient alors exclues de ces pratiques. Aidant principalement les femmes dans l’accouchement, ces dernières devaient connaître et avoir enduré cette douleur. Et les hommes dans tout cela? Utilisant surtout des objets tranchants ces derniers servaient surtout à soigner les blessés de guerre ce qui évoluera peu à peu vers le métier de chirurgien.

Le Moyen-Âge et la christianisation qui va s’ensuivre va rendre la femme impure et tentatrice. Ainsi, seules les femmes devenant religieuses pourront exercer des soins et assister l’accouchement. Au XIXème siècle, la laïcisation et l’industrialisation de la société ainsi que les progrès dans la médecine menés par Pasteur vont peu à peu venir effacer la “religieuse-soignante” pour laisser place à des professionnelles diplômées (très souvent des femmes), précédant les médecins.

Tout au long du XXème siècle, les infirmières ne cesseront de réclamer leur autonomie. La création du métier d’aide-soignant leur accordera plus de temps pour le perfectionnement de nombreux soins et techniques.

Et maintenant?

Selon une étude de StaffSanté réalisé en 2019, on compte environ 722 572 infirmier(e)s en France dont 64% de salarié(e)s et 87% de femmes ce qui en fait un des métiers les plus féminisés en France. Frappées de plein fouet par le Covid-19 dès le mois de mars, les infirmières se retrouvent en première ligne face aux virus mais également dans les médias.

Surcharge de travail, manque de moyens, affects psychologiques, les effets de cette crise sanitaire sont lourds. Anaïs, infirmière dans une clinique privée de soins et réadaptions pour les personnes âgées de Lyon se confie : “Pour avoir moi-même attraper le virus ça fait très peur. Surtout quand on ne sait pas réellement quels effets ça va avoir sur soi et vis-à-vis de ses proches. Au niveau professionnel, j’ai surtout ressenti du stress car ça a été très difficile au début de mettre en place les moyens de protections et nous sommes avant tout là pour les patients“.

Même constatations pour Anne-Fleur, infirmière en cardiologie et soins intensifs cardiaques à l’hôpital de Cannes: “ J’ai eu peur pour ma santé, peur pour la santé de ma famille, peur du manque de matériel et de moyens, peur de ne pas savoir ce qu’est cette maladie […]. Beaucoup de questions sans réponses, j’ai souffert de nombreuses angoisses et de beaucoup d’insomnies en ce début de crise. Puis j’ai été en colère, contre la gestion de la crise, le manque de moyens, le manque de prise de décisions, le manque d’informations et de protocoles, le manque de communications et de transparence. […] Je ne me suis jamais aussi sentie impuissante face à une situation. […] Heureusement avec du temps, de la patience et beaucoup de travail de plus en plus de patients ont été guéris. J’ai alors été très soulagée et rassurée de ces petites victoires”.

Vers une reconnaissance du métier?

Un métier très éprouvé au prix d’une reconnaissance nationale? Pas vraiment. Les avis divergent et les infirmières sont elles-mêmes partagées comme Anaïs: “Effectivement il y a des moments ou ça (soutient national et applaudissement ndlr) nous a beaucoup aidé et je remercie tout ceux qui ont pu le faire. Mais ce n’est pas suffisant. Nous voulons derrière du mouvement, que ça change. Notre métier est constant et les gens ne s’en rendent compte que maintenant. Je ne pense pas que la crise sanitaire va changer la vision de notre métier. En ce moment les gens entendent parler de nous dans les médias donc forcément ils sont concentrés là-dessus et nous héroïse mais c’est à court terme je pense“.

Pour Anne-Fleur, “Les applaudissements de 20h m’ont fait chaud au coeur. Je suis une jeune infirmière, je pratique ce métier par vocations. Pourtant, ce métier est trop peu reconnu et trop peu valorisé par la société. Nous avons enfin été mis en lumière et avons prouvé notre utilité publique. J’espère que cette reconnaissance perdurera, que le public ne nous oubliera pas. Je suis à la fois pleine d’espoir pour l’avenir de ma profession mais aussi très pessimiste. Malgré les grèves, les multiples cris d’alertes, démissions de chefs de service en janvier 2020 etc… Rien ne change et rien n’a changé. Nous souffrons cruellement de manque de moyens et de manque de reconnaissance financière pour les risques que nous encourons. Je pense que le public se rend compte de notre importance et saura nous remercier encore longtemps. Malheureusement nous ne soignons pas avec des remerciements”.

Le Covid-19 a permis de réalisé la valeur du métier d’infirmière en France mais pour combien de temps? N’hésitez pas à réagir sur notre page Twitter.

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