Fiction présidentielle : discours aux partisans de la première heure

Fiction présidentielle : discours aux partisans de la première heure

Présidente de la République. « On dirait que » mon doux rêve de donner un sens patriotique à ma vie s’est réalisé. Vous avez voté pour moi. Sur la promesse de mes articles, ça a marché. Tout fut mis en place comme voulu, tout allait enfin mieux comme espéré. C’était il y a déjà longtemps. Je me souviens. Un quinquennat, puis deux. Et mon visage s’est ridé au fur et à mesure que mes cheveux blanchissaient et mes seins tombaient. Je siège de temps à autre au Conseil constitutionnel. Je prends l’avion comme consultante d’une ONG qu’on ne présente plus. Ma vie est derrière moi. Il est l’heure de faire mon bilan. Riez, moquez, jubilez, appréciez… Je n’attends que ça.

Le temps du bilan

Mes amis, vous étiez là lorsque je vous annonçais que je me présentais à la présidence de la République française. Vous l’avez peut-être oublié, c’était il y a presque 20 ans. Merci d’être là aujourd’hui, ce jour du 13 avril 2040. Nous sommes réunis pour fêter mon âge avancé, ma dernière maturité, le temps du bilan. C’est effectivement l’heure de conclure, et je vous propose de partager ensemble quelques instants, car ma vie est maintenant derrière moi.

Vous vous souvenez en 2022, je me présentais alors sans aucune chance apparente de devenir Présidente. Mais j’avais caché un magot. J’avais effectivement gagné à l’EuroMillion, ce qui m’a permis d’avoir une vraie campagne présidentielle, digne des principaux candidats du moment. Et nous avons ensemble mis toute la sueur nécessaire pour y parvenir. Nous n’y croyions alors pas vraiment, mais nous nous disions qu’il fallait aller jusqu’au bout.

Du défi des signatures à la campagne inattendue

Par cette volonté, par notre programme qui montrait la vérité que personne ne disait alors, nous avons conquis jour après jour des signatures. Et sans en donner l’air, nous avions obtenu le record des signatures pour un candidat : plus de 10 000 signatures. Encore vingt ans après, c’est beaucoup ! Quel bilan ! Ces signatures nous ont conduits ici, par des chemins pas très droits…

Cette masse de signatures a porté sur nous le regard intrigué, moqueur, réprobateur, puis à la fois respectueux et méfiant, de la part des journalistes et des autres candidats. Nous apparaissions de plus en plus comme la candidate à éloigner. Mais rien n’y faisait : nos mots simples et vrais nous ont apportés la popularité et les sondages l’exhibaient toutes les semaines puis tous les jours. Vous vous souvenez peut-être des autres candidats sérieux d’alors : S*, R* et L*. Je ne vous détaillerai pas les courbes d’opinions, mais je retiens que pour la première fois l’abstention a diminué, au point de descendre à moins de 5 %. Les élections avaient été qualifiées de « combat du siècle » par certains médias. Et ce fut quasiment le cas.

Le tableau d’honneur

Mai 2022, les élections me nomment Présidente de la République française, dès le premier tour, avec près de 68 % des voies. Ce fut la première fois qu’un tel score fut atteint en France, et la première fois qu’un Président parvenait à être élu dès le premier tour dans la Ve République. Ce fut le premier tremblement de terre que j’apportais.

Immédiatement la classe intellectuelle du moment cherchait à comprendre autrement le phénomène qu’elle avait raillé, cherchant des ficelles cachées, et ne reconnaissant que péniblement que les Français avaient exigé la vérité en votant pour moi. Je me devais maintenant de répondre à leur attente. C’était une nécessité cosmologique. En plus des interrogations de certains, beaucoup comprirent que le vent venait de tourner définitivement, et ils avaient alors préféré disparaître définitivement plutôt que d’affronter quotidiennement l’échec de leur vie de magouilles.

J’ai eu des ennemis politiques qui aboyaient comme ces chiens qui sont abandonnés sur une aire d’autoroute attachés à un arbre. Et j’ai eu mes pires ennemis, mes pires critiques : vous, mes amis. Et je vous en remercie. Vous m’avez fatigué à force de remontrance, vous n’avez pas ménagé votre peine pour accroître la mienne, et grâce à tout ce travail douloureux nous avons construit la grandeur de la France.

Par Bénédicte, qui n’en finit pas

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