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Femmes et street art en France : le parcours de Nice Art

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Femmes et street art en France : le parcours de Nice Art

Nous vous proposons un voyage aux origines du street art en France. Le collectif Nice Art est né en 1986. Nous avons demandé à l’un de ses membres fondateurs, Ariane Pasco, de nous transporter à l’époque de la naissance de cette nouvelle forme d’art visuel. À l’époque, on parle simplement d’art urbain. Partie intégrante de la déferlante hip-hop venue de New York, il a encore peu de représentants en France. Parmi eux, les plus connus sont Jérôme Mesnager, Speedy Graphito, Kiki et Loulou Picasso, Jef Aérosol ou encore les frères Ripoulin. Dans ce monde d’hommes, quelques femmes émergent, dont Miss.Tic, La Signe, Gabri le Cabri ou encore Nice Art. Portrait de cette dernière.

80’s : naissance du street art féminin en France

Au départ, Nice Art est un collectif d’étudiants niçois* fraîchement débarqués dans la capitale et emmenés par Ariane Pasco. Adeptes du pochoir depuis 1986, ils s’inspirent des œuvres qu’ils voient dans la rue. Ils prennent alors le nom de Nice Art en référence au patois niçois, le nissart. Leur nom renvoie également au terme anglais « nice » (beau, joli). À prononcer comme vous le voulez !

Femmes et street art en France, le parcours de Nice Art
Performance mémorable à l’Université de Leipzig, alors que la ville commence tout juste à s’ouvrir à l’Occident. Ariane est alors enceinte de sa première fille (c) Nice Art, 1991

Alors qu’ils ne connaissent encore personne, leur rencontre avec Miss.Tic, autre précurseur du pochoir de rue, est déterminante. Ils choisissent de peindre au sein de quartiers en réhabilitation, tels que les 20e, 11e arrondissements, ou encore le Marais. Au milieu des fenêtres murées et autres bâtiments promis à la démolition, Nice Art essaime ses œuvres sur des murs lépreux qu’elle ne craint pas de dégrader. Au contraire, elle les embellit en y posant des images de forêts luxuriantes et d’animaux exotiques, sans oublier les gloires de la littérature française telles que Rimbaud, Proust ou Prévert. Nice Art veut contribuer à élargir les horizons des populations modestes résidant dans ces quartiers.

Un art de rue

La démarche de Nice Art n’est pas liée à des considérations financières. Outre ses activités artistiques, elle est enseignante en sciences de la vie. Libérée des contingences commerciales, elle peut alors consacrer son énergie à la rue. Selon elle, la rue donne à ses images leur pertinence, leur force et leur relief. De plus, dans la rue, les passants peuvent accéder gratuitement à ses œuvres. À l’extérieur, Nice Art profite pleinement de la lumière du jour et de ses multiples variations. De plus, elle intègre le grain du mur et le vécu du quartier à son œuvre. Cela lui donne son sens**.

Femmes et street art en France : le parcours de Nice Art
Moineau sur cubes en béton des anciennes usines situées au bord du canal de Nantes à Brest, au niveau de Redon (c) Nice Art, 2019

Une technique adaptée à l’art de rue : le pochoir

Avec le pochoir, Nice Art part d’une image qu’elle transforme en grille pouvant recevoir de la peinture. Cette technique existe depuis l’aube de l’humanité. Au début, Nice Art travaille en recouvrant ses grilles de couleurs variées. Cela donne des compositions à chaque fois différentes, colorées et amusantes. Puis elle se perfectionne en réalisant plusieurs caches : un pour le blanc, un deuxième pour le gris et enfin un troisième pour le noir. Elle réalise ainsi des grilles superposées, qu’il faut ensuite caler précisément l’une sur l’autre. Le seul inconvénient de ce dispositif est sa lenteur. Or, pour peindre dans la rue, il faut être rapide et spontané. Les images doivent être faciles à poser. Car, dans les années 80, les artistes de rue sont constamment aux aguets, redoutant l’irruption de la police à chaque instant !

C’est la raison pour laquelle Nice Art conserve depuis ses débuts sa signature énigmatique. Seuls les initiés la reconnaissent !

Femmes et street art en France : le parcours de Nice Art
Jacques Prévert, un des personnages fétiches d’Ariane, rêve en terrasse, sur la façade du Lavo//matik (c) Nice Art, 2016

D’un monde d’hommes…

Nice Art réalise rapidement que les filles s’adonnant au pochoir dans les années 80 sont peu nombreuses. Outre Miss.Tic, elle cite La Signe, autre pionnière du street art féminin, dont le style repose sur son trait brut et ses couleurs vives, de même que ses thématiques jazzy et heroic fantasy. Autre artiste marquante de cette période, Gabri le Cabri est une fan de tango et de danse. Les femmes street artistes se comptent alors sur les doigts d’une main. La domination masculine atteint son climax au moment de la déferlante du graffiti sur Paris. Ce milieu est alors à 100 % masculin, très axé sur la « baston ».

Femmes et street art en France : le parcours de Nice Art
Portrait de Bernard-Marie Koltès, performance live à Artshopping au Carroussel du Louvre (c) Nice Art, 2017

… à l’explosion de la scène féminine du street art

La question du genre

Ce n’est plus le cas à l’heure actuelle. La production des artistes femmes de graffiti n’a plus rien à envier à celle des hommes : même force, mêmes thèmes. Ainsi, Vinie Graffiti ou Doudou’Style revendiquent un style délibérément féminin : teintes douces, personnages aux traits fins et visages de poupée.

Parmi les adeptes de la technique du pochoir, Miss.Tic, artiste la plus connue, arbore un style glamour, porté par les filles des magazines qu’elle aime à représenter, tout en détournant leurs attitudes sexy. Néanmoins, ce parti pris reflète la personnalité propre de Miss.Tic, et non un courant dominant parmi les pochoiristes féminines.

Ainsi, Nice Art ne se pense pas en termes de genre. Seuls ses dessins trahissent son sexe, car ils représentent des couples de femmes ou des couples mythologiques. On y voit des sirènes, des démons ou des tritons extrêmement sexués. Nice Art leur dessine une poitrine et des organes génitaux disproportionnés. Ses dessins sont destinés à être encadrés et exposés dans des chambres à coucher : ils mêlent graphisme et textes sur le thème de l’amour. Alors que ses pochoirs sont destinés à frapper les passants, ses dessins reflètent son univers personnel, intime et érotique.

La nouvelle génération, entre artistes de rue et plasticiennes

À l’heure actuelle, Nice Art constate que le street art féminin explose, avec des jeunes femmes dont le profil se situe à mi-chemin entre l’artiste de rue et la plasticienne.  Plusieurs noms lui viennent en tête. Evaze-Nam est une peintre ayant recours aux lacérations d’affiches, spécialisée dans les portraits de femmes des années 50. Carole b., ex-formatrice en vente de cosmétiques en milieu carcéral, s’est reconvertie en artiste de rue (découpage et collage). Elle utilise des icônes de la culture pop, telle Wonder Woman, afin d’interroger sur féminité et féminisme.

Dessin Ariane Pasco / Nice Art - érotisme
Mont-Oriol, confinement 2, dessin (c) Nice Art, 2020

Nice Art évoque également le travail de Diane de la Roque, ex-restauratrice de tableaux à Drouot, appliquant des techniques anciennes sur ses immenses fresques murales au style réaliste et coloré. Ou encore AkElo, à la fois designeuse, architecte et plasticienne, qui travaille la pierre avec des huiles. Elle produit ainsi des images qui ont l’air de se fondre dans le mur ou au contraire d’en sortir. Quant à Louyz, elle reprend le flambeau de son grand-père Fabio Rieti, artiste peintre décorateur de murs en trompe-l’œil. Elle-même peint des animaux au réalisme fascinant, tout en leur donnant des couleurs fauves, selon une inspiration quasi-mexicaine.

Parmi la génération intermédiaire entre pionnières et jeunes artistes, Nice Art cite encore Kashink, dont la moustache tatouée la rend reconnaissable entre toutes. Elle peint son propre personnage, en lui donnant le don de la double vue (quatre-z-yeux) et l’allure d’un Mexicain ultra tatoué.

Nice Art peinture toucan dans forêt vierge
Performance sur palissade réalisée lors du festival de street art Extramuro’s à Dordives (c) Nice Art

De l’art urbain au street art

Nice Art conclut l’entretien en soulignant le contraste entre les années 80, époque où les artistes de rue femmes se comptaient sur les doigts d’une main, et l’explosion actuelle de la scène féminine du street art. Ces jeunes artistes, douées et virtuoses, se partagent entre leur atelier et la rue. La qualité de leur travail se rapproche d’ailleurs de celle obtenue en atelier. Elles font des choses magnifiques… au grand jour. En effet, les nouvelles artistes ne craignent pas de se montrer : l’époque a changé et le street art a entre-temps acquis ses lettres de noblesse…

Chère lectrice, connaissez-vous les œuvres de Nice Art ? Avez-vous entendu parler des artistes qu’elle cite, depuis Miss.Tic jusqu’à Louyz, en passant par Kashink ? Faites-nous part de ce que le street art vous inspire, notamment lorsqu’il est produit par des femmes !

* À ses débuts, le collectif Nice Art est composé d’Ariane, Dominique, Jean et Lily.

** Pour les curieux, les œuvres de Nice Art sont également disponibles, à Paris : au Lavo//matik, à la Galerie Ligne 13, à la Galerie Lithium ; et, à Étampes, à l’Espace Déclic.

Léo Malet, portrait par Nice Art, 1991
Portrait de Léo Malet par Nice Art, 1991, (c) Roswitha Wiehl Guillemin – Instagram

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