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Eugénie, un bébé au destin peu commun

Adoption, PMA, GPA, etc. : notre instinct de reproduction trouve aujourd’hui de multiples débouchés. Les méthodes de filiation se diversifient, tout autant que les types de familles caractéristiques des sociétés modernes. Au-delà de la famille composée d’un papa et d’une maman entourée de leur progéniture, l’explosion des cadres traditionnels a révélé au grand jour la multiplicité des possibles. Monoparentale, adoptive, de même sexe, autant de qualificatifs qui font entrer des familles autrefois exclues de toute considération sociale dans une norme renouvelée et inclusive ! Aujourd’hui, dans notre série de reportages “C’est leur histoire”, nous allons vous conter l’histoire de Kikay* et Sandy*, deux immigrées philippines installées à Paris travaillant dans le secteur des services à la personne, et d’Eugénie*, leur bébé au destin peu commun…

L’éveil à la différence

Sandy et Kikay, 44 et 33 ans respectivement, sont deux employées de maison philippines installées à Paris depuis le milieu des années 2000, en situation régulière et bien intégrées dans leur pays d’accueil. Elles forment aujourd’hui un couple heureux en ménage depuis douze ans, et elles ont accueilli leur premier enfant obtenu par PMA en août 2020. Nous vous proposons de revenir sur l’aventure singulière que les deux femmes ont vécue. Leur volonté a su mettre à bas tous les obstacles à la venue au monde d’Eugénie, un bébé au destin peu commun.

Eugénie, un bébé au destin peu commun
(c) Anna Shvets – Pexels

À l’origine, Kikay ne se voit pas comme lesbienne. Cela ne lui vient pas à l’esprit. Puis son opinion change quand elle s’installe au Japon au début des années 2000. Elle rencontre des hommes qui la laissent tomber après une nuit passée ensemble, ce qui lui cause une grande désillusion ! Puis, la solitude et le besoin de compagnie aidant, elle se laisse persuader par une amie de sortir avec elle. Et finalement, elle tombe amoureuse de cette femme, ce qui la surprend elle-même !

Quant à Sandy, elle s’aperçoit qu’elle préfère les filles alors qu’elle n’a encore que 7 ans, après qu’elle a osé demander à une amie de son âge de l’embrasser. Véritable garçon manqué, elle n’aime pas les vêtements féminins et ne se sent guère à l’aise en jupe. En grandissant, alors qu’elle fréquente un collège exclusivement féminin, les flirts entre filles se multiplient, comme souvent dans les établissements non-mixtes.

Le projet bébé de deux femmes

Eugénie, un bébé au destin peu commun
(c) Jérôme Ziel

Les deux femmes se rencontrent en France en 2008. Sandy remarque immédiatement Kikay, dont la beauté la renverse. De son côté, Kikay apprécie l’allure masculine de Sandy, à la limite du travestissement ! Très vite, les deux femmes tombent amoureuses l’une de l’autre et décident de faire leur vie ensemble.

Dans un premier temps, Sandy n’est pas désireuse d’avoir un enfant. Aux Philippines, elle a déjà reçu des propositions d’adoption, qu’elle a toutes refusées. Ayant elle-même été adoptée, elle connaît bien les difficultés liées à ce type de filiation : elle se sentait moins aimée que les enfants biologiques de ses parents, par exemple. Elle ne veut donc pas imposer cette expérience à un autre enfant. Cependant, elle se montre ouverte à la possibilité d’avoir un enfant “à elle”.

Eugénie, un bébé au destin peu commun
(c) JZ

Quant à Kikay, le projet d’avoir un enfant lui tient à cœur. Les jeunes enfants, elle connaît bien : elle a déjà élevé ses quatre frères et sœurs plus jeunes qu’elle, alors que leur mère passait ses journées à travailler et que leur père s’était remarié ! Elle s’en ouvre à Sandy dès 2013. Les deux femmes envisagent une procréation naturelle, à condition de trouver un homme qui leur conviendrait. Cependant, Kikay ne veut pas être infidèle à Sandy. Le projet mûrit dans son esprit jusqu’à ce qu’un déclic se produise : en juillet 2019, elle se sent enfin prête !

Le parcours du combattant de la PMA

Kikay et Sandy choisissent alors une clinique spécialisée en PMA sur les conseils d’une amie ayant eu recours à ce type de services. Dans la mesure où la situation juridique des couples lesbiens face à la PMA n’est pas encore clarifiée en France, malgré les promesses du président Macron, elles se décident pour une clinique belge.

Pour le projet bébé, de multiples tests et évaluations

Durant leur premier entretien, elles doivent répondre à de nombreuses questions : qui donnera ses œufs et qui portera l’enfant ? Le choix de Kikay s’impose naturellement aux deux femmes, dans la mesure où Sandy ne tient pas particulièrement à transmettre ses propres gênes. Kikay doit par conséquent se plier immédiatement à une batterie de tests : vérification de sa bonne santé reproductive (ovulation, etc.), tests sanguins, profilage psychologique, etc.

Eugénie, un bébé au destin peu commun
(c) JZ

La clinique leur soumet également un questionnaire concernant le type de donneur qu’elles recherchent : caractères physiques, couleur de cheveux, de la peau, des yeux, la taille, etc. Kikay a la possibilité de se faire inséminer six fois. Si, au bout de six fois, la PMA n’a toujours pas pris, c’est la fécondation in vitro qui prend alors le relais.

La deuxième insémination est la bonne !

Le première insémination se solde par un échec, difficile à supporter pour Kikay, qui déprime. Cependant, le deuxième essai se révèle concluant. La plupart du temps, les deux femmes prennent le bus pour effectuer leurs allers et retours entre Bruxelles et Paris (sept heures de trajet à chaque fois). En effet, elles ne peuvent s’offrir le luxe de prendre à chaque fois le Thalys, car elles sont obligées de réserver à la dernière minute en fonction du cycle reproductif de Kikay. En effet, l’insémination doit être réalisée immédiatement après les règles. Puis il convient d’attendre 14 jours avant d’effectuer un test de grossesse, période durant laquelle les deux femmes passent par toutes les émotions possibles et imaginables. 

Maman donnant le biberon à son bébé
(c) JZ

Quand Kikay s’aperçoit qu’elle est enceinte en mars 2020, elle en pleure de joie, littéralement. Les deux femmes en informent immédiatement leurs familles respectives, sans même attendre les trois mois de précaution habituelle. Elles mettent leurs employeurs également au courant, d’autant qu’ils les ont soutenues  tout au long de leur projet, en leur accordant autant de jours de congés que nécessaire pour leurs démarches. Malheureusement, le confinement est décrété peu après, ce qui inquiète Kikay. Mais finalement, cela n’aura que peu d’impact sur sa grossesse, si ce n’est qu’elle doit se rendre à la maternité seule pour les échographies, par mesure de précaution anti-Covid. Cela n’empêche pas le personnel médical français de s’enquérir du père. Prudente, Kikay dissimule le fait que son bébé est issu d’une PMA. Finalement, en août 2020, Sandy et Kikay accueillent leur bébé au destin peu commun. Il s’agit d’Eugénie, magnifique petite fille rousse à la peau laiteuse, qui les comble littéralement de bonheur !

Et demain ?

Consolider le statut du bébé au destin peu commun

Concernant le futur immédiat, les deux femmes vont devoir se concentrer sur le statut juridique d’Eugénie. Elles ont l’intention de se marier, ce qui permettra à Sandy de l’adopter, passant du statut de parent “social” à celui de parent à part entière. Lorsqu’Eugénie aura 13 ans, elles feront valoir le droit du sol pour que leur enfant devienne officiellement française. Son éducation se fera dans la langue de Molière. Les deux femmes sont extrêmement reconnaissantes envers la France qui leur a offert des conditions de suivi médical et d’accouchement optimales.

Ne rien lui cacher

Elles se préparent néanmoins à devoir expliquer à Eugénie les conditions de son arrivée. Elles lui diront qu’il existe différents types de parents, dont les parents de même sexe ! Les deux femmes ont conscience qu’il faudra préparer la petite à répondre aux questions que ne manqueront pas de lui poser ses camarades de classe.

(c) Polesie Toys – Pexels

Tu seras avocate, ma fille !

À quel futur rêvent-elles pour Eugénie ? Kikay aimerait qu’elle soit avocate, pour défendre la communauté philippine installée en France, de par son éducation bi-culturelle. Ou bien médecin. Mais, en tout état de cause, il lui reviendra de décider de son propre avenir.

Kikay et Sandy souhaitent-elles un deuxième enfant ? Pas dans l’immédiat. Kikay reste marquée par son accouchement par césarienne, difficile. Mais une fois la douleur complètement disparue, pourquoi ne pas envisager de faire grandir cette famille… au destin peu commun ?

Chère lectrice, avez-vous vécu une expérience similaire ? Si tel est le cas, en quoi diffère-t-elle de l’expérience vécue par Kikay et Sandy ? N’hésitez pas à vous en ouvrir dans la section des commentaires ci-dessous !

* Les prénoms ont été changés pour les besoins de notre article.

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