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Didier Raoult se tire les cheveux

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Didier Raoult se tire les cheveux

Dans la grande galerie de portraits que propose notre magazine, j’ajoute celui du professeur Didier Raoult. Son visage n’a pas cessé d’occuper nos discussions depuis les débuts de la crise du covid. Et son combat pour la liberté capillaire restera le moment fort de ce début du XXIe siècle, quoi qu’en dira l’avenir sur les biens et maux de l’épidémie.

Question mode

Pour ceux qui ne cherchent plus à comprendre qui est le plus gradé parmi tous ceux qui passent à la télé, on sait surtout que le caractère de Didier Raoult est indubitablement lié à une forte identité visuelle. On ne peut que le deviner dans ses interventions dans les journaux, mais on ne perçoit bien dans tous les reportages ou les plateaux TV qu’il réjouit de son visage difficilement discernable. Didier Raoult s’offre l’image du nouveau sage.

Avant tout sa blouse blanche. C’est le symbole absolu de la science en progrès. Nous le savons tous depuis que nous avons dû nous acheter la même pour les cours de chimie du lycée. La blouse blanche, contrairement à la grise de l’épicier et la bleue du contremaître, est l’éternité scientifique dans tout l’éclat de la lessive OMO.

Mais chez Didier Raoult, cette même blouse n’est que le masque du sérieux professoral, à peine jeté sur un univers de joie et une liberté de pensée. La blouse offre le droit de traiter en pince-sans-rire les choses les plus matérielles que sont le corps et ses maladies infectieuses.

Mais allons au-delà. Il y a aussi les chemises colorées sans goût, les pantalons qu’on ne choisit pas… Et il y a la montre enfant rouge. C’est le bijou de l’insolence intellectuelle parfaite du Docteur Professeur Président et Lauréat.

Faites attention à elle ! Car une fois que vous y ferez attention, vous ne verrez plus qu’elle. Vous irez même regarder Raoult, non pas par conviction, ni par complotisme, mais pour vous interroger sur la véritable énigme de la crise actuelle : qui lui a offert cette montre si dépareillée ? Et s’il se l’est offerte, pour montrer une indifférence au faste de sa riche profession, pourquoi a-t-il cherché à véhiculer un message d’amuseur, de mec rigolo ? Serait-il quelqu’un d’autre finalement ?

Fin des capilliculteurs

Un jour Didier Raoult s’est dit que ce n’était pas grave d’avoir les cheveux un peu trop long, car il avait mieux à faire dans l’immédiat que de dégager ses oreilles et sa nuque. Ce sujet de recherche dut lui prendre vraiment beaucoup trop de temps et les cheveux, pendant ce temps, continuaient de pousser.

La longueur n’est pas pour autant devenue anarchiste. Pas de dreadlocks de crasse en vue. Au contraire, l’hygiène irréprochable a fini par user la kératine et sans après-shampoing, la coiffe devint sèche et hirsute.

La pensée n’a pas besoin d’être présentable outre mesure pour faire valoir sa supériorité sur le monde matériel. Hors mode, hors tendance, la coiffure, même désarticulée, reste ici encore un indice d’attention à son image. Toujours la même. Celle d’une intelligence qui se moque des moqueries, d’un professeur qui porte que ce dont il a besoin : une blouse blanche symbolique. Et les cheveux, gris poivre-sel mal entretenus mais propres, participent à ce message : je suis la science pure.

La science, pas la communication. La vérité nue, pas la vraisemblance intéressée. Qu’on trouve que c’est trop, qu’on achète ou pas le message… Eh bien le résultat reste le même : nous sommes dans la croyance. Le gourou sait bien qu’on ne peut que le croire quand on n’a pas la capacité de comprendre. Alors autant faire peur, horrifier, repousser… Et sélectionner ainsi les courageux, les curieux, les intéressés par le côté obscur de la vérité.

Une attitude de scientifique de série

Un goût télévisuel qu’il ne faut pas nier. Raoult est présent sur YouTube avec la régularité d’un métronome atomique. Accueilli par la voie d’un jeune stagiaire en communication médicale, il fait voler doucement de feuilles écrites en courbes pour appuyer des thèses qui ne révolutionnent rien. De toute façon les décisions se prennent sans lui, sauf peut-être à Marseille.

Une attitude ferme et non hautaine. Un discours clair mais pas vulgarisé. Un tas de papiers presque empilés et presque jetés. C’est le visuel fort d’un message internet lancé régulièrement comme une bouteille à la mer. Mais, au lieu d’appeler à l’aide, elle donne les coordonnées du moins pis endroit où finir : dans l’île paumée qu’est de l’institut hospitalo-universitaire Méditerranée.

De cette île partent tout un tas de fils vers les revues spécialisées et les recherches étrangères peut-être sérieuses. Des canaux de communication aussi directs que des ficelles tendues avec à chaque bout un pot de yaourt pour se parler. C’est rudimentaire, ce n’est pas de la haute définition, mais ça marche mieux que les technocraties ambiantes.

Apologie de la science et de Didier

Pas d’esclandre, pas de passion, pas d’exagération, que des propositions médicales, des restes de chiffres mis à jour, des retours contre encore des menaces de trolls à peine voilés. La vie d’un scientifique persécuté. Notre Galilée des temps modernes. Malgré toutes les bonnes décisions que pourra prendre le Gouvernement, « pourtant elle tourne ».

Témoin d’un virage dans la manière d’envisager la médecine, la vie, la mort. La question se pose de savoir si le paquebot qui quitte le port en le laissant sur le quai est bien celui qu’il fallait prendre. Il paraît qu’il y a des icebergs, d’après les nuages du réchauffement climatique.

Et l’amour triomphe

Au final je pense à sa superbe femme qui l’a épousé pour ses qualités humaines en plus du reste. D’après les photos, elle est aussi belle que je souhaiterai l’être d’ici-là. Donc ma nouvelle interrogation est : comment fait-elle pour embrasser un barbu aux cheveux hirsutes ?

Je crois que nous ne sommes pas de la même génération et, sans que je sache pourquoi ici encore, cette raison, qui n’en est pas une, me suffit pour trouver que, bien que tout aille mal, et bien jusqu’ici tout va bien. Le plus important restant de ne pas regarder en bas (même si on y va).

Par Bénédicte, traitée antipoison

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