Étrangement, je vais parler du coronavirus. Alors ma chérie, si tu as des tendances angoissées ou que tu deviens claustro en face d’un reportage sur la fin du monde, ne lis pas cet article. Par contre, si tu veux savoir quoi faire quand tu seras en confinement, alors let’s go.

 

C’est une réaction naturelle de vouloir connaître ton adversaire et de t’informer sur le coronavirus auprès des meilleures vulgarisations scientifiques ou de l’avis officiel de Big Brother.

Maintenant que tu découvres que le gouvernement n’en dit pas plus que les journalistes de la radio (en fait ce sont eux qui, plutôt que de bosser, vont pomper sur les sites officiels), tu pourras réfléchir sur l’intérêt concret des chaînes d’info en continu comparer à Deezer.

Mais pour que tout cela prenne un peu de relief, on va lancer la machine à paranoïa.

 

Tu vas commencer par regarder World War Z (Foster, 2013), un bon film d’action et de zombies contaminés, avec le beau Brad Pitt. Cela te donnera une idée de ce que sont que des mouvements de panique aux States, et tu pourras les comparer avec notre bonne quiétude pantouflarde européenne. Les longues scènes où l’homme ordinaire profite de la fin du monde pour devenir un héros, te laisseront cogiter sur la totalité des métaphores cachées derrière ces zombies sans personnalité ni importance (= on peut les tuer sans trop de mauvaise conscience, qui représentent-ils ?)

Ton cœur battant à la chamade, la bouche sèche, les yeux grands ouverts, il t’en faudra plus. Ne te rabats pas sur une comédie ou un nanar, non ! Va jusqu’au bout, fait comme tous les lecteurs de VanityFair et de Télérama, revoit Contagion (Soderberg, 2011). Au-delà de la scène où Marion Cotillard se sacrifie pour l’humanité et meurt (encore), tu reprendras finalement espoir en ne comprenant l’épidémie actuelle que comme une version d’enquête scientifique internationale à résoudre, en commençant par la fouille de tous les restos chinois.

Réchauffée par l’idée que l’humanité va encore se sauver de sa propre destruction, tu iras, confiante, ouvrir la fenêtre, puis tu la refermeras et tu te laveras les mains en t’interrogeant sur les foyers de contagion qui apparaissent brutalement (#Italia). Pourquoi ces sauts géographiques ? L’écran toujours allumé, tu regarderas L’armée des 12 singes (Terry Gillian, 1995, avec encore Brad Pitt), accompagnée de chips et de pop-corn dans le même saladier. La fin te fera laissera méfiante sur les intentions autocriminelles de l’humanité et te donnera un prétexte supplémentaire de ne plus prendre l’avion (en plus ça pollue).

Prise de désespoir, sans plus aucune notion du temps, le t-shirt plein de miettes de pop-corn collants et de chips, une deuxième bouteille de chablis ouverte, ton esprit descendra sournoisement dans le désespoir. Prête à faire un plongeon dans la drogue de l’immobilisme, avant que le sommeil mouvementé ne te surprenne, tu te farciras tous les autres films sur le thème du virus. Cette liste peut sembler infinie (c’est long une quarantaine), mais il y a une limite biologique à ne pas dépasser : quand tu vomiras tes chips, tes pop-corn et les autres sucreries grasses aromatisées au chablis ou au Cointreau, il sera temps de fermer Netflix.

 

À ton réveil, tu pourras reformer tes esprits et écouter la leçon inaugurale au Collège de France de l’épidémiologie Arnaud Fontanet. La passion et le goût scientifique de vouloir savoir pour pouvoir agir te prendront, comme la fois où tu as passé ton PSC1 pour peut-être un jour sauver une vie. Alors tu regarderas tous les podcasts de ce chercheur, avec bonne conscience et plaisir de l’apprentissage.

Enfin devenue reposée, serine et rayonnante d’intelligence, si supérieure aux récits catastrophes absurdes, tu pourras trouver le sommeil dans la lecture en silence en te procurant le n° 86 de Philosophie magazine.

Maintenant, tu dois avoir fini ta quarantaine de confinement, perdu un peu de poids et fait un ménage intégral de ton appartement (aspirato, poussière, rangement, lessive et vitres). Si ta trousse à maquillage n’est pas trop vidée, tu pourras te refaire une beauté, choisir une belle jupe, t’iriser du meilleur parfum, et sortir afficher ton amour de la vie, avec un t-shirt « sauvez les pangolins ».

Par Bénédicte, anxiolytique naturel et carpe diem

Benedicte

Philosophe excentrique, Bénédicte vous cause de lifestyle, de tendances, de gastronomie, d'art et un peu sexo aussi. Et si vous cherchez un peu, vous trouverez un peu de philo, un peu partout.

No Comments Yet

Leave a Reply

Your email address will not be published.