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Confinement : j’m’en sors…

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Quelques mots pour vous rafraîchir pendant le confinement. Je vais vous parler de vous, puis de moi. Je vais vous faire sourire, puis réfléchir. Ces quelques lignes vont vous occuper puis vous ouvrir une porte (mais vous ne sortirez pas) pour changer de vie (enfin !). Et là, j’aurai fait mon taf ; merci qui ?

Confinement au rapport : situation

Vous êtes bloquées chez vous, FB est votre seul et pire ami. Votre petit copain occupe la quelque dizaine de mètres carrés avec vous ; il pensait être drôle la première semaine (vous avez ri par politesse trop souvent, je pense) et maintenant il devient relou, pas beau, pas propre et même mal-baisant. Vos racines de cheveux s’allongent, vous ne vous rasez plus les aisselles, vous ne distinguez plus les odeurs de votre chat stupide de celles de vos chaussettes… Comme plusieurs millions de femmes, le travail vous manque, vous êtes au bord du n’importe quoi, du blues, du bad, du burn-in.

Les plus malheureuses

Les plus malheureuses d’entre nous… Car nous sommes malheureuses mais nous ne lâchons rien, car peut-être que ça durera tellement longtemps que nous n’aurons pas assez de larmes à pleurer. Alors on tient les filles ! Les plus malheureuses d’entre vous sont dans un petit appartement monoplace ou biplace occupé aussi par un amoureux plus très charmant. Je suis tellement désolée les filles, mais vous allez devenir folles. C’est prévu. Plutôt que de résister, plutôt que de vous laisser vous faire absorber par un écran en attendant la prochaine crise d’épilepsie, n’hésitez pas à crier votre hargne, à taguer votre colère sur les murs du salon, à regarder des films pornos le son poussé au maximum, ou à relire Virginie Despentes.

Les moins pires

Moi je fais partie des plus chanceuses, celles qui sont parties avec le million de Parisiens au début du confinement. Parmi eux, les plus nantis se sont mis à aller réparer le hangar attenant à leur pavillon Norman, et maintenant ils regardent l’herbe pousser entre deux tontes, en se plaignant qu’il n’y a plus de charbon pour le BBQ.

Sinon, si vous n’avez pas des amis agriculteurs ou éleveurs à la fois accueillant et désinvoltes face aux menaces gouvernementales, vous êtes rentrées chez vos parents en province, retrouver votre lit en bois et votre papier peint à motifs qui ont horriblement ornés votre enfance. C’est mon cas.

J’ai fui Paris. Oui j’ai abandonné le navire, je l’ai laissé se débrouiller avec la mondialisation ; j’ai laissé mon appartement aux cambrioleurs studieux dans leur genre. Je suis obligée d’avouer que ce dernier train à Montparnasse était une idée juteuse. Ici la police ne verbalise pas, personne ne tente de s’évader. On trouve des occupations et on attend. Mes chéries restées à Paris, je vous imagine à votre fenêtre comme dans une romance de Tavernier, regardant Paris exclusivement non pollué et tellement vide comme dans Seul two.

Le bout du confinement n’est peut-être pas si loin

Alors donc vous allez devenir folles et avoir des accès d’aigreur, de colère, de ras-le-bol. C’est normal. Vos voisins (même non contaminés) seront dans la même disposition. Ne leur tenez rigueur de rien, et espérons que vous ne ferez rien pour qu’ils puissent vous haïr lorsque tout sera fini. Car un jour, tout cela sera fini. En attendant ne signez aucun papier, n’achetez que le nécessaire, n’enregistrez votre CB sur aucun site. Vous êtes fragiles comme Ulysse aux abords des sirènes.

C’est extraordinaire ce qui arrive, n’est-ce pas ? Cette situation est incroyablement exceptionnelle. C’est la super globalisation du confinement planétaire. Une attaque de Martiens ne provoquerait pas autant de vide. La face du monde change : l’économie s’affole, la pollution s’évanouit, le luxe s’effondre, les liaisons économiques ont disparu, les indépendants profitent d’un revenu universel, la délocalisation est oubliée, les petits marchands du coin trouvent de nouveaux clients, l’immobilier se libère, la régression est en marche et… À toutes celles qui se plaignaient de tout tout le temps, admettez que le monde a changé. Nous en parlerons encore longtemps. C’est certain que nous le raconterons à nos enfants et nos petits enfants. Nous aurons un jour un mémoriel dédié…

Le bon côté des choses

Et il y a tout ce qu’il y a de bien là-dedans :

  • Tous les jours c’est samedi,
  • Rattrapage des heures de sommeil en retard,
  • Sport à la maison régulièrement et sérieusement,
  • Avoir du temps de cuisiner et de manger,
  • Gestion intelligente des absurdes réseaux sociaux,
  • Nettoyage intégral de notre demeure,
  • Plus de repassage en attente,
  • Réalisation de tous les menus travaux qui espéraient,
  • Fini de lire les livres qui s’oubliaient sous la poussière,
  • Début de la rédaction de nos mémoires ou d’un roman imaginaire dont nous sommes l’héroïne,
  • Test d’un grand nombre les trucs onanistes,
  • Tri de nos vêtements, et même aussi mis en vente sur Ebay ceux qui sont définitivement en trop,
  • Vidage de toutes les crèmes de jour, de nuit, d’anticellulite, d’antirides… qui ont été ouvertes puis oubliées dans le tiroir,
  • Essai laborieux de plein de recettes de cuisines,
  • Traitement tous les emails restés en attente,
  • Tous les jours un nouveau de parfum pour épuiser les échantillons grappillés,
  • Reprise au piano, au dessin, à la guitare, à la poésie, à la poterie…

Si vous n’avez pas checké chaque point de cette liste, rassurez-vous, le confinement n’est pas fini. Bon courage, je vous embrasse (l’écrire, ce n’est pas grave).

Par Bénédicte, car demain il fera beau

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