Confinement : les couples sous tension

Le confinement a précipité la planète entière dans les affres de la dépression. Les individus confinés ont fait montre de symptômes tels que stress et anxiété. Privés de leur liberté de mouvement, ils se sont laissés déborder par la peur, la colère, la tristesse ou la confusion. Ces émotions négatives se sont à leur tour communiquées aux couples, familles et autres cellules humaines qui ont finalement été durement éprouvés par le confinement.

Explosion des demandes de divorce chez les couples confinés

Partout dans le monde, pour de nombreux conjoints soudainement pris au piège, confinement rime avec déchirement. De l’air, semblent réclamer les couples confinés qui n’en peuvent plus de cette cohabitation forcée ! Au Japon, une entreprise s’est inspirée d’Airbnb en proposant des locations courte durée. Elle s’adresse à une clientèle désireuse de s’extraire d’un quotidien confiné. C’est le cas de certaines femmes excédées par leurs enfants, qu’elles gèrent désormais à temps plein, pendant que le mari est en télétravail. Elles ont ressenti le besoin irrésistible de retrouver un peu d’intimité. Cette tendance fait écho à la domination du hashtag #corona-divorce au Japon.

En Chine, les administrations ne peuvent faire face à l’explosion des demandes de divorces : +25% à Shanghai, par exemple. Là-bas, les délais de dépôt des demandes se sont allongés, passant d’une semaine à un mois. Dans le Yunnan, les deux tiers des demandes de divorce sont attribués au confinement. Aux États-Unis, les thérapeutes du couple basés à New York reçoivent cinq fois plus d’appels qu’en temps normal. De même, les avocats spécialisés dans les divorces ont vu le nombre de leurs clients potentiels augmenter de 50%.

Parfois, les tensions peuvent prendre des formes cruelles et se traduire par des violences domestiques. Ainsi, dans le comté de Qianjiang (Hubei), les signalements ont augmenté de 80% entre le début de 2019 et 2020. En France, les autorités se penchent plus particulièrement sur la maltraitance de l’enfance. Elles ont pris soin d’assurer la continuité de service du 119. Elles ont également anticipé l’augmentation exponentielle du nombre d’appels (+56%). À chaque fois, ces appels signalaient des cas de violences psychologiques, physiques ou de négligences à l’égard des enfants.

Promiscuité et tensions dans les familles

Le couple Calard confiné avec ses sept enfants dans leur appartement T4, à Bourg-en-Bresse
Le couple Calard confiné avec ses sept enfants dans leur appartement T4, à Bourg-en-Bresse
(Le Progrès, 2 avril 2020, photo DR)

Le premier facteur de tensions réside dans la promiscuité excessive et constante des couples confinés. Par contraste, les conjoints ne se voient habituellement que 30 minutes le matin et deux ou trois heures le soir. Au Japon, le salaryman est connu pour passer le plus clair de son temps au bureau. Du jour au lendemain, le voilà obligé de cohabiter avec sa conjointe. Il est donc normal que les disputes soient nombreuses et violentes !

En Chine également, les femmes prennent en charge la gestion intégrale de la maisonnée. Elles s’occupent du ménage, des courses, de la cuisine, font faire leurs devoirs aux enfants… tandis que la participation du mari se réduit souvent à la portion congrue ! Là encore, cela ne se passe pas très bien. Les femmes font d’amers reproches à leurs conjoints, et comme on les comprend !

Les situations sont d’autant plus explosives qu’il n’y a pas la moindre soupape de sécurité. En effet, les conjoints ne peuvent s’isoler pour se confier à leurs amis. Ils ne peuvent évacuer leurs frustrations, même au téléphone, surtout en présence de l’autre conjoint ! À cet égard, les familles modestes sont particulièrement exposées aux tensions. Surtout si elles accueillent des chambrées d’adolescents qui, sans possibilité de se distraire calmement, ne savent plus comment tuer le temps ! Dans un contexte ainsi porté à ébullition, les sujets d’accrochage se multiplient : l’hygiène, l’éducation à donner aux enfants, les devoirs, le respect de la distanciation sociale, etc.

Des couples sous tension affective et économique

Lorsque les tensions n’ont pu être surmontées et que la procédure de divorce est enclenchée, son déroulement est rendu plus délicat encore par le confinement. En France, les démarches sont compliquées par la fermeture des tribunaux, renvoyant sine die toutes les audiences en matière civile non urgente. Les couples se retrouvent alors dans l’incertitude concernant leur situation matérielle notamment, et ils ne peuvent tourner la page rapidement, comme ils souhaiteraient pourtant le faire !

De plus, la crise économique déclenchée par la Covid affecte les revenus des ménages partout dans le monde : aux États-Unis, le taux de chômage est passé de 3,5 à 15% entre février et mai 2020 ; en France, la perte d’activité due au confinement est en moyenne de –30%, tous secteurs confondus. Le patrimoine des ménages risque de connaître une forte chute dans les mois à venir ! Certains individus voient leur capacité financière amputée, ce qui les oblige à proposer à leur conjoint des conditions de séparation moins avantageuses, créant ainsi un regain de tension et de méfiance dans le couple déjà en pleine tourmente !

Quelques pistes pour diminuer les tensions chez les couples confinés

Couple en train de se disputer en plein confinement

Afin de ramener les couples confinés à la raison, plusieurs stratégies sont possibles :

Communiquer davantage : par exemple, les conjoints peuvent rapprocher leurs positions sur les sujets qui leur tiennent à cœur. Cela peut être l’éducation des enfants, la gestion de l’argent ou encore les relations avec les amis. S’ils n’y parviennent pas d’eux-mêmes, ils ont la possibilité de consulter à distance des spécialistes. Ces derniers les aideront à reconstruire et renforcer leurs liens. Avant de déclencher le divorce, il convient par conséquent de se parler.

Faire preuve de réalisme : bien évaluer le manque à gagner entraîné par le divorce. En Chine, les femmes sont amenées à retirer leur demande de divorce après avoir refait leurs calculs. En effet, les tribunaux familiaux rendent des décisions généralement défavorables aux divorcées. Ils leur attribuent la garde des enfants, mais celle-ci est accompagnée d’une pension alimentaire insuffisante.

Organiser la gestion domestique du foyer sur une base égalitaire : trop de tensions sont encore liées au fait que l’homme ne participe guère aux tâches ménagères.

Conserver les rituels du couple : les conjoints peuvent s’envoyer des SMS, même à l’intérieur de la maison. Ainsi, ils se protègent du regard des enfants, tout en accentuant le côté complice de leur relation.

S’imposer des règles pour maintenir un mode de vie structuré : lever à heure raisonnable, horaires de table réguliers, etc. Il s’agit d’éviter de se « laisser aller ». Les hommes devraient continuer de se raser quotidiennement. Les deux conjoints continueraient de prendre soin de leur apparence et de leur hygiène corporelle, confinement ou non.

Organiser des rendez-vous zoom pour les couples en cours de formation brusquement interrompus dans leur élan : Ces rendez-vous représentent un bon moyen pour « faire l’amour », même virtuellement. Ils peuvent éventuellement être suivis d’un atelier cuisine partagé, même par écran interposé. C’est l’occasion d’inviter l’autre dans son intimité en lui donnant un avant-goût virtuel des plaisirs de la vie à deux !

Se retrouver tout entier

Couple ayant surmonté les tensions liées au confinement

En conclusion, le confinement a soumis les couples et les familles à rude épreuve. Les tensions préexistantes, dissimulées par notre rythme de vie accéléré peu propice à l’introspection, sont brusquement revenues au premier plan, provoquant disputes et remises en question. Certains couples confinés n’ont pas pu résister, d’autres ont mieux négocié cette période délicate.

La recherche d’un équilibre entre tourbillon de la vie, d’une part, et face-à-face trop intense, d’autre part, s’est imposée. Dans les premier cas, chacun perd de vue son couple. Dans le deuxième cas, l’introspection peut mener à la sensation d’étouffement. Il peut alors être intéressant d’aller voir des amis ou de pratiquer des activités non partagées avec le conjoint. C’est une bonne façon d’insuffler de l’oxygène dans la bulle du couple, en lui permettant de se consolider au final. Un peu loin des yeux, plus près du cœur, en somme…

Vous avez une expérience du confinement qui se rapproche de ce qui précède ? Ou bien alors vous souhaitez proposer un témoignage contradictoire ? N’hésitez pas à utiliser la section des commentaires ci-dessous ! Aidez-nous à enrichir cet article grâce à vos anecdotes personnelles 😉 !

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