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Confinée à l’essentiel face à la pyramide de Maslow

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Face à la pyramide de Maslow

Crise mondiale oblige, la résistance s’est fortement organisée pour maîtriser la pandémie du siècle. Les bars, les restaurants, les musées, les concerts… les lieux de plaisirs et de culture ont pris plus durement que les autres secteurs en France. Et autant de questions nous trottent entre les tempes : qu’est-ce qui est essentiel ? En quoi l’essentiel est un critère moral ? Pourquoi l’essentiel est devenu une terre d’achoppement de notre vie sociale.

C’est bien tout le problème de la pyramide de Maslow, c’est qu’elle est utilisée autant en marketing qu’en politique, alors que bof, c’n’est pas trop scientifique. En mettant les choses au clair, elle embrouille les frontières. Je m’explique.

L’essentiel et la mode

Moi j’aime la mode. Alors certains diront que le plus important c’est de ne pas avoir froid et ensuite se protéger du soleil de la pluie, des cailloux qui tombent à côté des chantiers. Puis d’autres diront qu’il faut ensuite penser à la décence, s’habiller convenablement selon les circonstances sociales. Et après seulement se faire plaisir. Donc, selon le discours social de Maslow, on s’habille pour se protéger, ensuite pour s’intégrer et enfin pour soi. Mais moi je trouve que cet ordre est arbitraire, despotique, autoritaire.

Il m’arrive souvent de décider de m’habiller comme je veux, et tant pis si ça choque, et tant pis aussi si je choppe la crève, ou si j’ai trop chaud, ou si je n’arrive pas à m’asseoir. C’est justement ça la mode : c’est ce qui fait que nous ne sommes pas des animaux évolués, qui après avoir garanti les besoins de base, vont progressivement conquérir les désirs acceptables.

Si nous sommes en dehors du règne de l’animalité, c’est grâce à la force naturelle pour laquelle nous n’avons rien à voir avec l’idéologie animiste. Contrairement à n’importe quelle bestiole, même grosse, même domestiquée, nous pouvons choisir de fumer avec la conscience d’abîmer notre santé, de boire avec la conscience de prendre des risques, de rencontrer des inconnus avec la conscience absurde que demain n’existe pas. Nous pouvons faire les imbéciles, les fous, les débiles. Notre vie n’est pas vitale elle est action, décision, volition, émotions.

L’essentiel et la culture

Et puis moi, j’aime la culture, les musées, les expos, les théâtres, les concerts. J’aime sortir pour vivre un moment de grâce. Et lorsque je suis suspendue dans une ambiance musicale, lorsque mon œil est arrêté par une peinture, un objet, le cœur d’un cadre… Ou lorsque la répétition comique de ce monologue ne cesse de me troubler… Alors que m’importe l’essentiel. Que m’importe la santé si elle n’est qu’une condamnation. Je me sens comme une paraplégique semi-comateuse branchée à un protocole expérimental de machines inutiles, à qui l’on refuse la plus petite euthanasie.

L’essentiel et les bars-restaurants

Enfin moi j’aime manger, boire, remanger, déguster, être servie. J’en ai assez de mal manger ou de manger chez moi, dans mes odeurs, dans mon fauteuil, dans mon décor. Je veux être ailleurs, être accueillie, vivre la magie de me sentir chez moi loin de chez moi, et de choisir dans un menu de belles lettres avant que ne surviennent des plats par milliers, préparés par un autre, pour moi, et enchantant mon palais. Je souris, je remercie, et le serveur est content de mon plaisir, de mon bonheur. Le restaurateur est joyeux de faire plaisir à tant de monde venu vivre un moment d’allégresse, chez lui. Mais aujourd’hui ils sont fermés, comme mon cœur.

Perspectives étouffées

L’homme qui vit dans le présent a beaucoup progressé dans la sagesse. Mais vivre c’est agir, se projeter, vouloir demain, envier hier, et avaler le temps dans un rire nietzschéen. Mais le bout du tunnel est mal éclairé en cette saison où il fait nuit à 17h. La vie n’est pas la continuation de l’activité biologique des mécanismes reptiliens jusqu’aux angoisses existentielles. La vie c’est la vie, et au revoir Maslow.

Réflexions essoufflées

Alors quand certains décident que le plus important c’est de conserver des vies, malgré les plaisirs et les découvertes que cela implique de manquer, alors on doit sincèrement se demander si le plaisir de la vie mérite le meurtre même involontaire. Si la valeur des choix mérite le suivi, si l’importance des fins mérite les assassinats, si le pouvoir mérite la guerre, si l’amour mérite la haine, et la vie mérite la mort. La balance tangue comme un bateau ivre. Confinée. Confinées. Couvertes de feu. Il est l’heure de se demander pourquoi. Se demander de façon non pas à trouver une solution, mais à boucler sur la question jusqu’à la fin. En attendant la fin.

Par Bénédicte, qui veut sortir.

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