Utopie et dystopie dans l’ouvrage 1984 : un dur reproche à la société inéluctable d’hier (et d’aujourd’hui…). Mais une invention du futur est encore possible, selon George Orwell, grâce à la force de la littérature et de l’amour pour une femme, qui à travers sa beauté peut donner le rêve conscient d’une autre réalité. On en a parlé avec Frédéric Regard, Professeur de Littérature anglaise à l’Université Paris-Sorbonne.

1984 : le Big Brother et le contraste entre utopie et dystopie

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Le Professeur Frédéric Regard.

1984. Le cœur de la poétique orwellienne. L’amère théorie du Big Brother, ce monstre qui nous regarde toujours dans notre intimité et qui nous oblige à déchirer les pages de notre rêverie, qui nous ordonne de vivre comme des singes tous égaux.

Totalitarisme et technologie: des instruments de contrôle des masses. Mais Winston Smith n’en peut plus d’être esclave de cette logique malade et au lieu de déchirer des pages, il en écrit plusieurs. Il commence la rédaction de son journal intime pour marcher vers la beauté et créer une autre réalité.

On en parlera avec le Professeur Frédéric Regard, connu lors d’une conférence au Musée du Quai Branly. Selon Regard, la dystopie qui est un cauchemar, est la pratique à travers laquelle on peut matérialiser le futur au niveau spatial, architectural, technologique et social.

« Orwell » dit Regard pendant la conférence «a eu une vraie conscience poétique de son époque, il a été comme un spéléologue qui a creusé en profondeur et qui a sorti l’essence de son temps ». Un temps obscur, les premiers signes du danger de l’âge moderne : des gens espionnés par des écrans, la manipulation de la vérité, la quasiment absence de sentiments d’amour entre les deux sexes.

Est-ce que ça vous rappelle quelque chose ?

La littérature contre l’ère du digital?

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Image de la pellicule 1984. © 20th Century Fox.

Dans l’ère du digital et des réseaux sociaux on vit dans une fausse liberté d’expression, on est tous surveillés et tout le monde joue le rôle d’une marionnette.

Orwell comme un grand précurseur de notre temps qui avait prévu la catastrophe de l’abus de la technologie et du présentéisme, du narcissisme ?

« La fiction sera plus vraie que la réalité » dit Regard en citant le même écrivain. Aujourd’hui encore plus efficace. Mais pourquoi la littérature, alors ?

« Eh bien, Orwell avait déjà écrit un article sur le danger de la politique et de la manipulation de la vérité, mais par contre il a préféré nous laisser comme héritage, un roman. Winston Smith écrit un journal intime pour lancer un appel au futur, même si au final, lui aussi a été écrasé par le pouvoir de la terreur : dans la Salle 11, il va trahir son amour Julia en prient O’Brien de la torturer à sa place. Winston est finalement réintégré ». Hallucinant, mais terriblement concret.

La force de l’amour et de la beauté : la femme

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Image de la pellicule 1984. © MGM Home Entertainment.

Soudain, une femme. Winston connaissait déjà Julia mais il la détestait. Lorsque Winston abandonne le cauchemar de la haine, il tombe amoureux de Julia qui est la personnification du rêve. On a rejoint le Professeur Frédéric Regard pour un commentaire.

Bonjour Professeur Regard et merci beaucoup pour être là avec nous. Vu que vous avez parlé du journal intime de Winston comme la lutte de la littérature contre la société aveugle, peut-on considérer Julia une de ses pages ? Julia et la femme en général dans 1984, peut-elle être la véritable connexion à une poésie, une beauté perdue ?

«Bonjour et merci à vous. Oui, tout à fait d’accord. Il est vrai que l’écriture se fait lyrique quand Winston retrouve dans son rapport à la femme, et surtout à sa matérialité, la clef d’une humanité perdue. La dystopie est l’histoire d’une perte de l’humanité au profit de la toute-puissance de la raison, comme disait Adorno ; la rencontre avec la différence réintroduit de la sensation, du vécu, de l’individualité, mais aussi de l’échange, du dialogue, de la contradiction, modalités de la communication qui ont disparu du monde de Big Brother».

Winston trahi Julia, mais ce qui fait la différence c’est le parcours de leur amour et pas sa conclusion. Comme quelqu’un a dit « Le bonheur est le chemin et pas la destination », on peut dire la même chose à l’égard de cet amour: Julia a bouleversé l’univers gris de Winston en donnant des couleurs aux pages de son journal intime. Un échange inoubliable à dépit du temps et de la société.

Et vous, qu’est-ce que vous en pensez ? Littérature et amour peuvent-ils encore changer et sauver notre société ?

Sara Jay De Rosa

Italienne née en 1987. J'ai une licence universitaire en Lettres Modernes et je travaille comme rédactrice depuis 2012. J'adore l'art, la culture, la musique et surtout l'écriture. J'ai étudié la langue française et le web-marketing à Paris où je travaille comme rédactrice/traductrice bilingue française.

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