Il y a des moments où le temps s’arrête, tout autant qu’il existe encore des lieux où le temps s’est arrêté.
À l’aire où la société demande sans cesse d’être attentif au temps présent, à la modernité et au futur, il est parfois agréable voir nécessaire de replonger dans des époques que nous n’avons pas connu. Des époques à la fois proches et lointaines.

Gustave Moreau (1826-1898), connu pour être le maître de la peinture mystique et le père fondateur du symbolisme* est un artiste reconnu de son temps (par ses nombreux statuts : professeur à l’école des Beaux-arts, notamment de Matisse, académicien…) et du nôtre (grâce à la qualité de l’ensemble de son œuvre dont nous sommes les héritiers). Mais malgré les nombreux écrits se rapportant à sa vie, son œuvre ou son musée, que l’on est amenés à trouver aisément pour peu que l’on se soit pris de passion pour ce sujet, il convient ici de donner à tout lecteur la possibilité d’avoir connaissance de l’existence de cette bulle hors du temps, située en plein cœur de Paris.

Le 14 rue de La Rochefoucauld a été acheté en 1852, lieu de vie et de création dans un premier temps, Gustave Moreau charge l’architecte Albert Lafond de sa transformation en musée en 1895. Gustave Moreau, qui souhaitait vivement voir son œuvre perdurer après sa mort, consigne tout quant à l’aménagement de la maison et l’accrochage de ses œuvres avant sa mort en 1898. Léguée entièrement à l’État, la maison-musée et tout ce qu’elle contient ouvre ses portes au public en 1903, suivant les volontés de l’artiste. Et depuis c’est le temps qui s’est calfeutré entre les murs, comme il l’avait certainement imaginé.

Là où le terme « rénovation » peut parfois effrayer et être synonyme de modernisation, la campagne menée vis-à-vis du musée en 2015 ranime pleinement l’esprit des lieux, sans anachronisme. Finalement, « l’esprit des lieux », c’est celui de Gustave Moreau même. Et après avoir accepté de rentrer dans une bulle temporelle qui nous plonge dans un 19e siècle « Belle-Époque », le visiteur, s’il a pleinement conscience de vivre une vraie expérience, se sent alors à la fois comblé et chanceux ; animé par l’étrange impression de connaître si bien un artiste dont l’œuvre figure pourtant en quelque sorte le mystère.

Visiter le musée Gustave Moreau, c’est rentrer en communication avec lui, car cet artiste a tant mis son âme dans son œuvre que la visite est une rencontre.

De ses œuvres « colorées » et « texturées », où l’on retrouve souvent la figure du poète ou encore de nombreuses déesses splendides dans leur nudité, nous ne dirons rien de plus, il convient désormais d’aller rencontrer Gustave Moreau qui semble s’être échappé la veille de son propre sanctuaire. Au nombre de 25 000, dont 15 000 de sa main, le musée nous offre la possibilité de connaître à la fois l’œuvre (aux étages, sur tous les murs et les chevalets) et les sources documentaires directes de l’artiste (dans les différents cabinets du rez-de-chaussée), en passant par ses travaux d’essai (études, esquisses présentées dans des meubles conçus par l’artiste lui-même, par exemple les aquarelles sont cataloguées dans un meuble tournant ; les dessins disposés dans des panneaux pivotant installés dans les murs) ; soit une manière totalement ludique de suivre l’artiste de l’ « Inspiration » à la « Création » des œuvres.

La lecture sentimentale (la maison-musée) et artistique (les œuvres) du travail de Moreau est permise par une muséographie intimiste et spectaculaire. Cette dernière nous permet de replonger dans ce qu’était le 19e siècle en matière d’exposition : les murs du couloir et les différentes pièces arborent des toiles du sol au plafond, nous rappelant l’accrochage visible dans les Salons Académiques de l’époque, dont il est rare de se faire aujourd’hui une idée ; à l’heure où les tableaux sur les cimaises de nos musées sont espacés les uns des autres et où la lecture proposée au visiteur est une lecture unique et « pure », toile après toile.

Pour Gustave Moreau, l’oeuvre n’est donc pas un tableau, dans son unicité, mais un ensemble : l’ensemble de la vie et de la production de l’artiste.

Le musée Gustave Moreau c’est en quelque sorte une accumulation, où l’on comprend le destin des œuvres : « Séparées elles périssent ; prises ensemble, elles donnent un peu l’idée de ce que j’étais comme artiste et du milieu dans lequel je me plaisais à rêver ». (citation de 1862, Gustave Moreau songe déjà au devenir de ses œuvres.

*Le symbolisme est un mouvement qui entre en confrontation avec la naturalisme. Ce mouvement s’appuie sur de multiples symboles pour atteindre une réalité sensible et poétique. Pour les symbolistes, le monde ne saurait se limiter à une apparence concrète et rationnelle. Là où le naturalisme s’emploie à dépeindre la réalité le plus précisément possible, autrement dit de manière réaliste.

Venir au musée :

Musée national Gustave Moreau
14 rue de La Rochefoucauld
75009 Paris

Horaires d’ouverture :

Ouvert tous les jours sauf mardi
Lundi, mercredi, jeudi : de 10h à 12h45 et de 14h à 17h15 (Fermeture des salles 15 minutes avant)
Vendredi, samedi, dimanche : de 10h à 17h15 sans interruption (Fermeture des salles 15 minutes avant)
Fermé les mardis, 1er janvier, 1er mai, 25 décembre

Droit d’entrée :

Plein tarif : 6 €
Tarif réduit : 4 €
Gratuit pour les moins de 18 ans et pour tous le premier dimanche de chaque mois.
Gratuit pour les moins de 26 ans ressortissants de l’union européenne.
Gratuit pour les détenteurs du ParisMuseumPass.

Accessibilité :

Le musée n’est pas accessible aux personnes en fauteuil roulant.
Le musée comporte trois escaliers et n’est pas équipé d’ascenseur.

Activités culturelles proposées par le musée :

Ateliers de dessin, conférences, concerts, pour plus d’informations : http://musee-moreau.fr/events

Autre :

Possibilité de prises de vues pour le cinéma et la photographie
Tel : +33 (0)1 48 74 38 50
Fax : +33 (0)1 48 74 18 71
info@musee-moreau.fr

 

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