Les hommes ne pensent qu’à ça : la sexualité. Impossible de dépanner un copain en le laissant dormir à la maison sans qu’il ne tente quelque chose, et s’il ne tente rien, ses yeux trahissent ses pensées. Comment expliquer une telle obsession ?

Tous les mecs sont des obsédés.

Les plus intelligents, les plus forts, les plus gracieux, les plus drôles en viennent toujours à la même chose. Entre eux, ils se vantent, ils se font des plans, ils se provoquent, ils s’estiment, ils se valorisent. Entre eux, ils dessinent l’image du mâle conquérant. Face à nous, ils racontent de belles histoires en attendant que l’occasion se présente ; et ils peuvent attendre longtemps. Les hommes apprennent la patience en attendant qu’on dise oui, ou mieux, qu’on exprime notre désir. À les voir si gentils, on pourrait croire qu’ils sont amoureux, mais en fait ils sont comme ces chiens qui restent assis à côté de leur maître à l’heure du repas : ils montrent qu’ils sont beaux, polis, obéissants, alors qu’on devine facilement la forte tension qui les habite ; lorsqu’on les regarde, ils détournent la tête sans nous quitter du coin de l’œil ; si on leur parle, ils posent la tête sur nos genoux dans un câlin baveux, avec des petits couinements faussement retenus ; et si on leur jette un os, tout leur corps se détend comme un élastique, attrapant leur proie dans un mouvement d’athlète.

2.A quoi pense l’homme, selon Freud

2. A quoi pense l’homme, selon Freud

Ils ne pensent qu’à ça. Si vous ne me croyez pas, essayez, même avec vos meilleurs potes d’enfance ! Allez chez eux prendre un verre en tenue de bombe atomique, et après avoir laissé traîner votre décolleté, faites semblant de vous sentir un peu partir et regardez-le d’un air « prends-moi fort et tout de suite ». Comme 1+1=2, ça ne rate pas ! À croire que chacune de leurs pensées se termine par une idée pornographique, que chacune de leur réflexion ne vise qu’à démontrer que la vie est nécessairement sexuelle, à croire qu’il n’y a que ça qui ait un sens.

Pourquoi tant de sexualité ?

Je suis certaine qu’ils peuvent avoir d’autres centres d’intérêt ? Après sept ans de mariage, ils ne s’occupent plus de leur femme ; quand ils créent leur entreprise, ils n’ont plus de temps pour nous ; quand ils sont vieux, ils deviennent bricoleurs ou jardiniers, collectionneurs ou inventeurs, peintres ou philosophes,… Que des métiers où ils sont seuls, sans femme. On a un million de preuves qu’ils peuvent vivre sans femme, qu’ils peuvent être sympas, qu’ils peuvent avoir une sociabilité normale, non sexuellement intéressée. Alors pourquoi sont-ils des obsédés avec nous ?

Merci ma psy avec tes explications qui ne répondent à rien. Même si Freud a réduit le moteur humain aux pulsions sexuelles et aux pulsions mortelles, ça répond à ma question, mais faut être vraiment adepte de la psycha-secte pour croire que ces pulsions ont permis de remplir le Louvre. Alors exit cette réponse has been du XXsiècle.

Platon, IVsiècle avant J.-C. apporte THE réponse.

Allégorie de la sexualité : 3.Eros et Psyché, par David, 1817, Cleveland Museum of Art

Allégorie de la sexualité : 3. Eros et Psyché, par David, 1817, Cleveland Museum of Art

En effet, dans le Timée, il nous explique que le cerveau et le sperme sont faits avec de la moelle. En haut elle est plus solide, plus proche du ciel, plus ronde, plus parfaite, c’est la raison ; et en bas, elle plus liquide, plus mélangée, plus chaotique, moins régulière, c’est la concupiscence.

Mais c’est bien sûr ! C’est ça ! C’est relié ! Du cerveau aux testicules en passant par le dos, c’est la même substance qui traverse les mecs. Si les mâles ne se vident pas régulièrement, leur semence vitale monte au cerveau. Cette mécanique explique les comportements parfois déréglés lorsque les volumes se déséquilibrent. C’est lorsque ça ne déborde pas qu’ils redeviennent intelligents, raisonnables et utiles.

Donc, c’est pas qu’ils ne pensent qu’à ça, c’est juste que tant qu’ils ne répandent pas le surplus de cerveau liquéfié, alors leur raison se trouve prise au piège des désirs d’en bas. Si nous étions plus gentilles, ils seraient moins débiles. Mais est-ce que le monde irait mieux ?

Par Bénédicte.

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Showing 2 comments
  • Gaelle D.

    Comme toujours, sujet particulièrement intéressant.
    Mais la question qui me vient est au sujet des femmes, sommes nous réellement moins obsédées ?

    A toi d’y répondre, j’ai hâte !

    • Benedicte

      Bonne question Gaëlle. Je me mets au travail…