Je suis excentrique. Ô mon Dieu ! Que puis-je faire ? Si je suis comme tout le monde, je ne suis pas moi, mais je dois vouloir être moi pour faire comme tout le monde ? Avant que les glandes surrénales ne me fassent plongées dans le bad-trip de l’autodéfense sociale, réfléchissons…

L’art de réfléchir (que mes coaches en philo appelaient la « Philosophie ») s’est rarement intéressé à la mode, ni même au vêtement en général. Pourtant le personnage excentrique concentre pas mal de questions sur les normes du vivre ensemble.

Au préalable de ma réflexion, je considère que toi, lectrice engagée dans l’anonymat de ta lecture, tu connais des excentriques, en perso et au travers les magazines people de notre capilliculteur usuel. Je ne perdrai donc pas d’encre à bâtir une étude comparative sur les dernières robes de Lady Gaga, je ne passerai d’ailleurs pas en revue aucune des personnalités excentriques. Et puis je ne chercherai pas non plus à monter ma mayonnaise neuronale sur les différents sens que l’on peut donner aux excentriques selon la société dans laquelle ils évoluent. Je ne parlerai que d’une société, celle qui compte pour de vrai, pour moi et pour moi, je parlerai de la société d’ici maintenant. Au travers une nouvelle saga d’articles dont vous êtes devenues amatrices, je vous ferai passer l’été à réfléchir sur le sens de votre superbe vie à partir de la figure de l’excentrique. Je l’utiliserai donc comme d’un outil philosophique pour comprendre la nature humaine, la vie en société, le sens du bonheur, l’intérêt d’être riche + jeune + jolie + moi.

L’excentricité vestimentaire est un marteau (comme dirait Nietzsche) pour éclaircir si tous nos efforts sont ou pas absurdes, si nous devons ou pas aller terminer notre éternité dans un temple népalais.

Accrochez-vous, je vais vous parler de:

Le dress code, la mode et le malhabillement (déjà 3 articles sur la table). Le dress code en tant que pression sociale qui vous contraint à vous habiller comme on vous dit. La mode en tant que phénomène humain qui vous tente de vous habiller autrement mieux. Et le malhabillement comme le résultat de ce que vous avez sur le dos (non mais regarde-toi !). Et puis voilà, à cause du dress code et de la mode, il se creuse des séparations sociales plus prégnantes (cherche dans Littré, ça changera) que les partis politiques. Et pis encore, ils se produisent des jugements de valeurs entre les blocs séparés (comme au temps de la Guerre Froide) ; la preuve, je rédige encore un article pour accuser le malhabillement général (je voudrais tant que vous soyez toutes de mon parti).

Ensuite, je tenterai un maouachigueri retourné sauté en montrant comment le concept d’excentrique entre dans celui de marginal ; c’est-à-dire (pour ceux qui ne lisent pas le nippon classique couramment) comment l’excentrique est marginalisé, à cause que le groupe majoritaire (appelé « la société ») le repousse (en dehors de ladite société). Je me verrai alors, pour justifier mon propos et redonner toute la consistance (à chercher dans le Littré, aussi) à ma démonstration, amenée à faire une phénoménologie de la volonté d’uniformisation du Sujet (un peu de Nietzsche, un peu de Foucault, un petit peu de Levinas, des glaçons et de l’eau pétillante non salée). Enfin, soyons folles, je vous aurai ouvert les yeux sur une triste vérité sur nous, les humains. Vous ne regarderez plus les torses et les culs de la même façon à la plage, vous ne rentrerez pas non plus indemne au bureau, vous serez changées pour la vie.

Enfin, la semaine suivante, en souffrance de conclusion éthérée, vous me supplierez (j’espère) pour vous confier la fin de mes pensées pour nous-mêmes. Je vous montrerai que l’excentricité n’est pas une monstruosité mais une nécessité inventée par la société. Oui, faut le prouver et je le prouverai. Ainsi, avec la même brutalité que certains magazines attendent l’été pour nous révéler la culotte de cheval de Beyoncé ou le lifting raté de Nicole Kidman, à la fin de l’été j’étalerai en 4 x 3 les contradictions inhérentes à vivre ensemble, et vous quitterez définitivement la croyance envers le monde parfait du Festival de Cannes, pour l’épineuse joie des tickets de Loto perdants.

Si je vous disais plus haut que j’utiliserai la figure de l’excentrique comme d’un marteau, j’espère que vous avez bien compris que je taperai sur nous pour comprendre comment nous pouvons être nous en tant que ou en opposition à une excentrique. Cela étant, ce ne sera pas ça ma conclusion (vous verrez).

Par Bénédicte

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