Quand on pense à Picasso, on pense à ses œuvres historiques, à ses techniques, à la philosophie qui l’accompagne. Jamais, le grand public ne pense à sa femme. Olga, qui était-ce au juste ? L’exposition « Olga Picasso » répond à cette question  au musée Picasso depuis mars 2016 et jusqu’en septembre 2017. 

Olga Picasso est avant tout Olga Kholkhlova, née dans les bras de l’empire russe en 1891. La troisième salle de l’exposition présente la vie de la danseuse dans l’empire Russe à travers des lettres en français et en russe, des photographies et autres objets divers comme des chaussons de danse ou des crucifix.

Entrée dans le ballet russe à l’âge de vingt ans, la jeune Olga n’avait à cette époque, jamais imaginé le destin extraordinaire qui lui était réservé. Elle quitte sa famille qu’elle ne reverra jamais, mais elle quitte aussi le pays qui l’a toujours bercée pour la France. Un pays, alors en plein tournant historique : révolutions de février et d’octobre, guerre civile, etc. Dirigé par Serge Diaghilev, le ballet russe permettra à la jeune femme de s’émanciper, d’être reconnue, de devenir la grâce que l’on dessine, celle qui attire l’attention. Six ans plus tard, en 1917 lors d’une représentation, elle rencontre Picasso. Cet amour inattendu bouleverse alors le destin de la ballerine russe qui ne veut plus en être une. Elle quitte le ballet pour vivre avec son prince charmant. Un an plus tard, le couple s’unit à Paris. A la même époque, et pendant trois ans, la ballerine n’aura aucun contact avec sa famille russe. Quand en 1920, leurs correspondances reprennent, Olga est une femme amoureuse, mais dévastée par le chaos qui plonge ses proches dans la pauvreté. C’est un traumatisme pour Kholkhlova. Elle devient alors aux yeux de Picasso, une source d’inspiration hors du commun, noyée dans l’inquiétude, le regard souvent vide ou absent.

© Musée National Picasso Paris

Pablo Picasso, éperdu, appréhende la mélancolie de son modèle et son esprit torturé. De 1917 à 1920, la présence de l’ex-ballerine dans les tableaux de Picasso devient importante. Fusain, peinture à l’huile etc, tous les moyens de l’artiste sont utilisés pour représenter sa muse dont la beauté morose le subjugue. Les lignes nous rappellent celle du peintre Ingres, les volumes sont parfois surprenants et antiquisants et chacune des œuvres relatives à Olga est imprégnée d’une douceur inéluctable. Son compagnon explore parfois dans les détails, parfois en ébauche son être. Son travail rencontre alors, sans surprise, l’entérinement de ses paires et le succès. Des lettres de la famille d’Olga ou encore des cartes postales restaurées pour l’événement, attestent de cet engouement pour le fruit du travail de Picasso à cette époque. La carrière du peintre a été l’objet d’émerveillement, de fascination, mais son inspiration a joué un rôle considérable dans la tâche de l’artiste. Une inspiration féminine, passive, innocente mais dont le talent et le destin étaient auparavant méconnus.

© Musée National Picasso Paris

Bien plus qu’une simple muse, la femme de Picasso a été sa moitié, un personnage complémentaire à lui. A deux, ils ont construit une relation fructueuse et ont connu une ascension sociale fulgurante. La quatrième salle et partie de l’exposition en témoigne à travers les représentations de leurs lieux de vie et de villégiature. Le couple acquiert à cette époque, des appartements à Paris, une villa Juans-les-Pins, mais s’entoure également de personnages du même milieu social. Parmi eux, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, le comte Etienne Beaumont qui évoluent dans un milieu mondain, que la compagne de Picasso appréciait particulièrement. Olga ne subit pas encore sa relation conjugale, elle évolue et s’adapte à cette vie pleine de gloire.

En 1921, trois ans après la rencontre du couple, l’ancienne ballerine devient mère. Le musée expose un extrait d’une lettre de sa mère : « Pour une fille, tu as déjà choisi un joli prénom : Tamara me plaît beaucoup, mais pour un garçon, laisse choisir ton mari ». Le petit Paul, nommé comme le voulait son père, est né. Olga épouse alors entièrement son rôle de mère en incarnant la tendresse maternelle. Cette grossesse a coïncidé parfaitement avec la redécouverte par le couple, de l’Antiquité et de la Renaissance au travers de plusieurs voyages en Italie. Désormais peinte plus ronde, Olga est vue par son mari comme la mère nourricière qui aime et chérit. Picasso retransmet la relation fusionnelle que sa femme entretient avec leur fils, dans des scènes familiales ordinaires. Son regard maternel est plus tendre, porté vers son enfant. L’exposition révèle également des photos de Paul et de sa mère, des cartes postales qui traduisent leur lien étroit et fusionnel. Mais la mélancolie est bien là, latente et tiraillant la mère entre le destin tragique de sa famille et la joie de voir grandir le petit Paul. Non seulement cette période de maternité était un tournant de l’évolution d’Olga dans les tableaux de l’artiste, mais elle a également permis de renforcer le duo.

© Musée National Picasso Paris

Mais le chagrin ancré en Kholkhlova ne cessera d’intervenir dans son destin. Bientôt, en 1927, une femme, Marie-Thérèse, fréquente de très près Picasso, devenant même pendant plusieurs années, sa maîtresse. Une relation que l’artiste espagnol tiendra secrète pendant six ans, jusqu’à ce qu’Olga la découvre. Cet événement est une véritable déchirure dans le couple dont la relation s’effritait déjà, depuis la fin des années 20.  Cette trahison provoque le départ de l’ancienne ballerine qui entreprend alors de s’en aller vers le sud de la France avec son fils, en demandant le divorce à celui qu’elle n’a eu de cesse d’aimer.

Mais voilà la véritable problématique du fulgurant couple : un amour scellé à jamais. Le serment d’amour d’Olga écrit dix-sept ans plus tôt : « Nous soussignés Olga Khokhlova et Pablo Picasso (sic) de vivre jusqu’à la mort en paix et amour. Celui qui cassera ce contrat sera condamné. » est exposé au musée. Cette promesse témoigne bien de la relation effectivement éternelle du couple, puisque le peintre a toujours refusé le divorce. Même si le couple d’Olga et de Picasso n’a plus jamais vécu ensemble mais ils sont restés officiellement mariés jusqu’au décès de l’ancienne muse.

Oui, la vie et l’œuvre de Picasso suscitent un intérêt permanent, d’où l’ouverture il y a deux ans du musée Pablo Picasso. Néanmoins, derrière l’artiste, se cachaient la muse, la femme blessée, rongée par la souffrance de ses proches, rebâtie par le bonheur d’être mère. Une femme, modèle, non pour son charme trépidant ou ses formes appréciables, mais pour la beauté marginale et mélancolique qu’elle possédait de par son histoire. Picasso a su exploiter les traits d’Olga pour en faire des chefs-d’œuvre. Entre haine et amour, le couple Olga et Picasso demeure à travers l’art, éternel. Le musée Picasso rend pendant six mois, hommage au destin extraordinaire d’une femme ordinaire.

Et vous, que pensez vous de la vie d’Olga Picasso ? Dites-le nous en commentaire ! N’hésitez pas à y faire un tour au musée Pablo Picasso, les places sont en plus gratuites pour les moins les moins de 26 ans !

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