J’ai assisté au baptême d’une nouvelle rose : la rose de Chantilly, et il y a beaucoup de vérités à en penser.

Le sceau de Spinoza représentait une rose, comme symbole de la vérité. La première compréhension est que la vérité est belle mais épineuse, qu’elle exige de savoir la cueillir, comme est difficile la lecture de l’Éthique. Mais la devise « Caute » (« méfie-toi »), nous invite à comprendre l’inverse, et c’est plus intéressant : la belle fleur serait l’appât pour que nous cherchions la vérité qui serait en fait ces épines (ce que signifie « spinoza ») dures, coupantes et douloureuses. La vérité est autant une odorante beauté qu’un barbelé tranchant.

Prince Amyn Aga Khan et M. Delbard

Donc une nouvelle rose, la rose de Chantilly (Delagak), est née, offerte par Delbard au prince Amyn Aga Khan, sur le superbe Domaine de Chantilly, le 19 mai, lors des journées de Plantes. La rose serait une espèce créée par l’homme à partir de l’églantine ; la vérité serait une création humaine ? Les rosiers demandent un entretien régulier au cours de l’année parce qu’ils donnent des fleurs tout aussi longtemps, et sans entretien le jardinier risque de retrouver des églantines à la place de ses roses ; la vérité exigerait autant de travail, pour produire toujours, sinon elle redeviendrait simple opinion ?

Chaque nouvelle rose est différente (tautologie), mais nous la reconnaissons en tant que rose. C’est le résultat de notre conscience percevante d’unifier dans le même concept d’objet les expériences différentes réelles et potentielles. À chaque nouvelle rose, notre concept de rose s’élargit à une nouvelle infinité potentielle, il se précise sur l’unité de rose, il s’intensifie.

Et soudain je me rendis compte que je m’enfonçais dans mes considérations philosophiques, en me promenant dans le Domaine rendu jardin luxuriant à l’occasion de ces Journées. Le jardin faisait son effet d’occuper mon œil à une beauté mi-naturelle mi-humaine, pour laisser l’esprit partir dans les élévations divines. Je philosophais à Chantilly grâce à sa rose, je touchais avec méthode les épines, en observant la fractale des pétales.

Par Bénédicte

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