Patron de Presse, Entrepreneur en communication, Écrivain, Scénariste, Organisateur de projets socio-éducatifs… lorsque Rachid écrit ses rêves, il s’aventure en mer en écopant à coup de vers, du droit d’vant au verlan – armé de ses talents, et de l’instinct de Ken le Survivant !

Itinéraire d’un rêveur devenu agitateur de rêves.

          Lorsqu’on demande aux petits garçons de dix ans ce qu’ils veulent faire comme métier, il n’est pas rare que l’on obtienne des réponses telles que pompier, policier, astronaute… Enfin, cela ne concerne plus les enfants de notre époque mais les enfants qui avaient huit ans en 1981.

          Dès cette époque, Rachid sait quel métier il veut faire, et si on le lui demande, il répond fièrement :« comme Stan Lee ». Stan Lee, c’est le célèbre scénariste et éditeur de bande dessinée, plutôt de Comics. Il est le créateur de Spider Man et de Hulk, tout comme d’une centaine autres Super-héros de chez Marvel.

           Quand sa tante lui offre la revue Strange, Rachid y découvre alors les créations de Stan Lee et c’est à cet instant précis que le gamin commence à cultiver son rêve. A force de le labourer et d’y croire, il le transforme chaque jour un peu plus en une passion créatrice et salvatrice. Il dessine et réalise de petites bandes dessinées. Il s’aventure toujours avec son crayon et aime créer et faire vivre des personnages. Le monde se dessine pour un gamin de huit ans sur les routes de la vie, qui, soudainement s’agitent pour venir lui mettre une baffe et le ramener sur les chemins de la réalité.

           Triste sort et hécatombe.. Le monde des adultes et de la conseillère d’orientation peut être troublant… lorsque quelques années plus tard, Rachid sort dégoûté et démotivé d’un rendez-vous avec la conseillère. Il a à peine 11 ans et elle nuance en lui expliquant que ce ne sera pas facile, et puis scénariste, c’est un métier particulier et difficile d’accès, après-tout… et les rêves des gamins de onze ans – qui veulent tous être sportifs, artistes, comédiens… Présidents de la République ! Mais qu’en faisons nous de ces rêves d’enfants ?

          En rentrant chez lui avec sa mère, il reste plongé dans une tristesse teintée de désillusion, Rachid casse ses crayons et enterre avec eux son rêve qui lui brûlait du bout des doigts jusqu’au fond du cœur. S’asseoir sur un rêve et affronter les épreuves de la vie, et cette envie, qui se cache dans tous les recoins… en attendant Rachid travaille et devient un homme. De magasinier à préparateur de commande, chauffeur-livreur ou manutentionnaire, il devient commis en salle puis chauffeur de direction.

          Une succession d’expériences qui l’amèneront à monter une agence de communication et de street-marketing jusqu’à la création du magazine 5 Styles en 2003, un mensuel gratuit distribué dans les magasins FNAC. Même s’il ne semble pas avoir ravivé le rêve de gosse, Rachid devient créateur d’un concept de presse innovant. Il reçoit le prix « Espoir de l’Economie » de la Chambre du Commerce et de l’Industrie de Paris en 2006. Cette récompense est une consécration, car l’aventure 5Styles n’a pas été une route sans encombres ni retentissements. Rachid a dû surmonter des obstacles dans tous les sens. Il découvre un monde qui n’est pas toujours identique au monde dans lequel il a grandi, il doit déchiffrer et apprendre certains codes.

Patron d’un magazine imprimé chaque mois à 50 000 exemplaires, c’est un peu son rêve de gamin qu’il approche mais ce n’est pas ce qu’il veut. De promesses peu tangibles en partenariats parfois mal appréhendés, Rachid tient la barre, surmonte vagues et tempêtes, sans jamais se résigner. La coque a beau être fissurée, Rachid écope…jusqu’à ce jour de 2010…ce matin précisément, il se réveille mais n’a plus envie. Il sait que c’est la fin de son bébé, 5 Styles cesse de paraître. Il enterre à nouveau son rêve, certainement sans le savoir, il ne se doute pas une seconde que ça va continuer. Mais il faut parfois savoir traverser un désert pour apprécier l’oasis.

          C’est en 2008 que Rachid Santaki débarque et met les pieds dans le plat et les mains dans l’énorme gâteau qu’est la littérature en France et son monde microcosmique de l’édition. Il sort alors La petite maison dans la cité puis enchaîne avec son succès Les anges s’habillent en caillera en 2011. Cette fois-ci ça marche fort, et c’est a l’âge de 38 ans qu’il déterre son rêve enfoui depuis si longtemps. Il devient celui qu’on appelle « le Victor Hugo du Ghetto ».

« Le monde ne nous laisse pas le choix. Il faut être déterminé sinon tu clamses en route » m’explique Rachid; lui qui a interviewé tant de personnalités pour son magazine 5 Styles se retrouve de l’autre côté de la table désormais. Et c’est monnaie courante, pour cet auteur made in 9.3, habitué des interviews. Plus que des personnages, c’est tout un univers qu’il met en scène, avec ce qu’il connaît : la boxe Thaï, la Seine Saint-Denis, les anti-héros modernes, toute cette « matière est un vivier d’inspiration ». Cette expérience l’amènera entre autre, à collaborer sur une création Canal Plus, REVERSO. C’est aussi ça son art, rebondir en toute circonstance et peu importe les contextes.

 Aujourd’hui, il continue l’aventure dans la création audiovisuelle et il anime un projet ludique et pédagogique magnifiquement orchestré. Un peu comme Bernard Pivot en son temps, avec l’association Force Des Mixités, Rachid anime chaque week-end depuis 2013 « La Dictée des quartiers ». Un événement qui vise à investir l’espace public en squattant le temps d’une dictée chaque quartier de France, afin de déconstruire l’angoisse des mots que peuvent avoir certains gamins. « La langue évolue, la jeunesse avec, il est important de transmettre cette richesse ».

Rachid Santaki ne rejette pas le fait qu’il puisse être un modèle pour certains jeunes, mais il préfère être une source d’inspiration pour ces gamins qui le suivent. Je dirais qu’il est plutôt un repère dans lequel les enfants peuvent désormais se projeter. Non ce n’est pas le vilain petit canard devenu cygne, c’est un héro des temps modernes qui a dû apprendre à utiliser son pouvoir et canaliser ses forces pour sublimer face à ce monde parfois surprenant.

Affaire à suivre !

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