Le Longines Masters de Paris est l’événement pour les amoureux des chevaux, et aussi pour celles qui en auraient quelque peu peur.

« Chaque homosexuelle a ses raisons de l’être » ; je me souviens de cette trivialité sortie de la bouche d’une meilleure amie d’enfance à usage unique, c’est-à-dire d’une fille bien imbibée qui se colle à vous toute une soirée chez l’ami d’un copain. Je ne sais pas si elle était vraiment homosexuelle ou si elle se prenait pour un mec, en attendant cette phrase m’est revenue à l’esprit ce matin lorsque V*** me proposa d’aller fêter au Longines Masters.

Il était étrange qu’elle me fasse cette proposition. C’était l’un énorme événement mondial sur le cheval ; ça avait lieu à Paris ; c’était sans doute important d’y aller lorsqu’on aime les chevaux et la compétition. C’était une énorme fête, bien ficelée, avec l’espoir de croiser Guillaume Canet au bras de Marion, ou une autre célébrité le temps d’un selfie ringard, une coupe à la main et la robe mi-froissée mi-mouillée de sueur à force de danser. Et c’est vrai que j’ai fait du poney et du cheval, comme la majorité des Français et surtout des Mansonniennes.

Mais V*** a peur des chevaux. De quoi a-t-elle peur, car depuis les cavales de Diomèdes, ça ne mange plus d’humain ? Un cheval, c’est musclé, élégant, sportif, bien coiffé, rapide, courageux et presque aussi obéissant qu’un chien. De quoi peut-on avoir peur ? Parce que c’est puissant, parce que si on en tombe ou doit remonter dessus, parce que ça a une réputation de virilité ? À mes yeux, ce qui différencie profondément le cheval d’un autre animal, c’est qu’il ne peut pas avoir le ténia. Il y a aussi le fait qu’il a du mal à mourir et qu’il dort debout (j’y vois plutôt une schizophrénie de type « peur de la vie »). Tiens ? ! Et si la peur des animaux venait de la peur de la vie que nous sentons chez eux ?… Et si la peur des animaux ne venait pas d’une répulsion, mais que la répulsion était le résultat d’une attirance animale, instinctive, dont nous nous méfierions à cause de notre surculture ?

Le cheval attirerait par sa puissance et sa noblesse, le serpent par sa souplesse et ses loves dessinées, les araignées par leur prudence et leur tricotage guerrier. En fait, si les femmes phobisent des animaux, c’est en fait la peur les hommes, ou de certaines choses chez eux qui réveillent leur animalité et qui risque d’étouffer la culturation. Ces animaux dont on a peur nous renvoient à ce qui nous attire malgré nous chez les hommes.

Voilà, une soirée Longines Masters et me voilà à réécrire Freud. Si ma théorie est corroborée, alors V*** a peur des hommes (ce qui est possible puisqu’elle est avec moi), et V*** est attirée sans le savoir par eux (ce qui est non vérifiable), et elle m’invite à cet événement pour me le dire (et alors ?)

Par Bénédicte

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