Je suis avec un vieux pote. On prend l’apéro en attendant sa toute récente dulcinée et le petit monsieur qui fait battre mon coeur en ce moment. Il y a toujours eu une tension érotique entre lui et moi, mais nous ne sommes jamais passés à l’acte. L’amitié fait parfois obstacle aux désirs.

Pour une raison qui m’échappe — et qui lui échappe probablement aussi —, l’amitié, aujourd’hui, ne semble pas faire barrière. Le désir est là, présent, évident, gros, invitant. On plonge. Au milieu d’un baiser avide, je précise :

— Dans une demi-heure, il faut être assis sur le divan et avoir l’air de gens civilisés qui prennent l’apéro!

— Pas de problème.

On s’offre une baise efficace. J’énonce précisément ce dont j’ai envie; il dit exactement ce qui l’enflamme.

La contrainte temporelle est un aphrodisiaque incroyable. L’efficience de nos bisous, câlins et étreintes sont le fruit d’une négociation véloce qui, dans d’autres circonstances avec quelqu’un de différent, me laisserait complètement froide. Mais là, je suis totalement enlevée, chavirée, charmée. Je n’ai qu’une idée en tête, faire cadrer, dans ces trente minutes, autant de plaisirs que possible. Et je m’étonne de l’incroyable élasticité du temps.

Quand la sonnette se fait entendre, on vient tout juste de refaire nos braguettes et de poser les mains sur nos verres de vin, des sourires béats sur nos visages.

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