Alors que le 70e festival de Cannes battait son plein sur la Croisette ce moi de mai 2017, une polémique qui a vu le jour en mars dernier semble s’être tristement éclipsée au profit des stars et des paillettes du tapis rouge. Pour autant, l’affiche de cette édition est loin de faire l’unanimité et pose problème.

Une affiche iconique ?

70 ans de Cannes et de cinéma : cette affiche se devait d’être aussi iconique que le numéro qu’elle exhibe fièrement en police dorée sur fond rouge. Du chic, du glamour et de l’élégance donc, que l’actrice qui se déhanche seule dans l’image aurait dû elle aussi incarner. Mais le message premier de l’affiche se retrouve brouillé par une retouche aussi  ridicule que malvenue.

Une retouche malvenue qui nuit à l’authenticité de la photographie

Claudia Cardinale a 21 ans. Elle transpire de joie et de beauté, et danse sur une terrasse à Rome. Cette photographie de 1959 perd pour autant tout son charme et son authenticité car l’actrice italienne est retouchée à plusieurs endroits : son corps, son visage, ses cheveux, tout y passe. Quel est l’intérêt de photoshoper une affiche de cinéma qui n’est ni une image de mode ni une publicité, mais sensément un hommage à une comédienne ? Aucun, si ce n’est de se conformer à l’exigence stupide des canons corporels contemporains.

La photographie originale de Claudia Cardinale

L’exigence des canons corporels, même à Cannes

Pour autant, Claudia Cardinale est loin d’être considérée hors de ces canons occidentaux. Elle incarne justement la beauté féminine, mais pas assez visiblement aux yeux de l’Agence Bronx qui a crée cette affiche. La taille et les bras de l’actrice sont affinés, ses jambes sont étirées, ses pieds rétrécis : la maigreur des podiums de mode ressurgit de manière obsolète à Cannes.

L’image de la femme dégradée

Beaucoup ont réagi à la découverte de l’affiche. Certains évoquant la faible représentation des femmes sélectionnées au sein de la compétition, et donc l’atteinte supplémentaire que représente cette retouche, à l’image de la femme. Le graphiste parisien Edouard Chastenet choisit lui aussi de souligner l’absurdité de l’affiche en redonnant à la comédienne sa vraie silhouette.

L'affiche de Cannes retouchée par le graphiste Edouard Chastenet

Mais la principale intéressée s’est exprimée sur Twitter en déclarant qu’il s’agissait d’une « fausse polémique ». Claudia Cardinale voit cette modification comme une « sublimation » et rappelle que selon elle, « ce n’est que du cinéma ».

Ce n’est que du cinéma certes, mais ce n’est aussi qu’une image de la femme dégradée parmi tant d’autres. Peut-on continuer à excuser ce type de pratiques sous prétexte d’une ode au 7ème art?

Réponse peut-être l’an prochain avec la 71ème affiche du festival…

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