Après avoir reçu le Prix Spécial du Jury d’Un Certain Regard au 69e Festival de Cannes, Michael Dudok de Wit et sa « Tortue Rouge », Pascale Ferran, coscénariste, ont reçu le 5 janvier dernier, le “Coup de chapeau » 2016 du Club Media Ciné. Un film d’animation sans parole, franco-japonais, d’une rare beauté qui a failli ne jamais voir le jour.

Comme certains livres, il existe des films à portée universelle qu’il ne faudrait pas manquer. La Tortue Rouge fait partie de ceux-là. Par chance, ce dernier était à la programmation du Cinéma Rif, à Tanger.

Le conte poétique du Néerlandais Michael Dudok de Wit donne à voir l’histoire d’un Vendredi, naufragé qui après une terrible tempête, se retrouve seul, échoué sur une île déserte ou presque. Ici, point d’épreuves imposées à la Koh Lanta, avec pour seuls compagnons de fortune, des tortues, des crabes et des oiseaux, l’homme est seul face à la nature. Ses forces retrouvées, l’homme fera tout son possible pour quitter l’île et retrouver les siens, mais la nature a ses raisons que la raison ignore et en a décidé autrement. Une fois, deux fois, trois fois, il s’acharne contre une force invisible et échoue à chaque fois. Jusqu’au jour où il rencontre son adversaire, ou plutôt pourrions-nous dire, son animal totem, la Tortue Rouge qui l’empêche de quitter l’île. De guerre las et fâché, l’homme s’en retourne contre elle avec perte et fracas, laissant l’animal inanimé, s’assécher au soleil. L’histoire pourrait s’arrêter là. Sauf que La Tortue rouge est un conte autour du thème de la réconciliation. L’homme n’a plus d’autre issue que de faire corps avec la nature et de l’apprivoiser. De la lutte et la haine va naître une histoire d’amour, avec l’allégorie de toutes les étapes de la vie.

Si l’histoire n’a peut-être rien d’original, la beauté du récit et l’émotion qu’elle soutire du spectateur tient aussi des choix artistiques. Animé « à la main » et à l’ancienne, le traité en estampe épurée, aquarelle, rend aux éléments leur palette de couleurs vivantes et toute leur beauté. Ce conte contemplatif s’exprime à travers le travail de la lumière et le jeu des couleurs des jours. Le vert intense de la forêt tropicale, tendre des bambous, le turquoise du rivage, le gris sombre des profondeurs, l’or du soleil, la douceur du ciel que vient contraster le temps de plomb signe d’orage… La nature est magnifiée par le soin apporté aux décors et amplifié par les sons. De l’averse dans la bambouseraie au clapotis de la pluie dans l’eau, du fracas des vagues sur les rochers au cycle du ressac sur le sable lisse, de la danse au bruissement de l’herbe et des feuilles : tout dans ce film fait vibrer les sens du spectateur.

Ici, tour à tour bienfaisante ou menaçante, la musique tient le rôle de conteur. Produit par les français Why Not Productions, Wild Bunch et le studio japonais Ghibli, ce long métrage a principalement été conçu entre Angoulême et Paris, au sein des Studios Prima Linea. La Tortue Rouge est le deuxième film à recevoir le prix “Coup de chapeau”, créé en 2015 par les journalistes cinéma français du Club Media Ciné, qui récompense en début d’année, le film considéré comme le plus audacieux, sorti au cours de l’année précédente. Ainsi, La Tortue Rouge arrive devant The Revenant, avec Leonardo DiCaprio, un autre style !

Fusion x64 TIFF File

S’il peut se voir à partir de 8 ans, ce film d’animation fait clairement partie de ceux que je recommande aux grands ! Alors si vous n’êtes pas encore allé le regarder, profitez du grand froid de ces prochains jours pour filer dans une des salles qui le projette encore ou acheter son DVD et vous plonger sous un plaid, devant la Tortue Rouge, histoire de réfléchir aux miracles de la vie ! 

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