Rencontre avec Hayat Outahar, co-fondatrice de Femme Entrepreneurs, une association qui promeut l’entreprenariat féminin. Elle nous parle de l’asso, de sa vision et de ses projets.

Pouvez-vous nous parler un peu de votre association, Femmes Entrepreneurs ?

Femmes Entrepreneurs est un collectif lancé en 2010. A l’époque, je montais une start-up, et j’étais incubée chez Advancia (aujourd’hui Novencia, une école de commerce). J’avais envie de promouvoir l’entreprenariat féminin, et j’ai fait lancé un évènement, qui a eu du succès. Advancia était prêt à créer un partenariat pour continuer cette démarche, mais il nous fallait le statut associatif. C’est la raison pour laquelle moi et deux autres femmes avons lancé cette association. Depuis, nous mettons en place un barcamp par an ; c’est-à-dire des rencontres où les femmes peuvent venir discuter de leur carrière, de leurs projets, etc. Ca leur permet de se rencontrer, d’échanger, et pourquoi pas de s’associer ; nous avons déjà été témoins d’associations entre femmes à la suite d’un de ces barcamps ! On anime également des workshops, c’est-à-dire des sortes de mini-formations avec différents intervenants et ateliers.

Cette égalité homme-femme au travail, c’est un sujet qui vous tient beaucoup à cœur ?

N’ayant pas d’enfant, pas de vie de famille, je ne ressens pas vraiment d’inégalité. Je sais néanmoins que c’est plus dur pour d’autres femmes, qui ont des situations différentes de la mienne. Mon but c’est surtout de donner des clefs à celles et ceux qui ne connaissent pas toujours leurs droits, ou qui n’ont pas toutes les compétences nécessaires pour gérer une entreprise de A à Z. Entre femmes, on est parfois mieux parce que l’on se comprend. Beaucoup de femmes viennent à nos rencontres et y gagnent de l’assurance, dont elles peuvent ensuite se servir dans leur quotidien.

Comment les hommes perçoivent-ils cette démarche ?

Ils adorent ! Les hommes sont bien plus réceptifs qu’on le pense, et comme je dis souvent « les meilleurs ambassadeurs des femmes, ce sont les hommes ! ». De toutes manières, dans l’association, on ne fait pas de sectarisme, on parle d’entreprenariat, point barre. Evidemment, nos réponses sont orientées pour les femmes puisque ce sont elles que l’on vise en premier. Mais on n’a absolument pas de discours féministes, ce n’est pas notre rôle. Nous, on apporte des solutions pratiques aux problèmes des femmes entrepreneurs. Ce n’est pas du militantisme.

Comment se présentent, concrètement, les rencontres que vous organisez ?

On a par exemple des open coffea, c’est un concept venu des Etats-Unis. On se retrouve le matin, à 10h, pour permettre à des femmes de se rencontrer dans une atmosphère détendue. On fait également des Beauty Times chez Donia ; des moments où l’on parle maquillage, on l’on s’échange nos produits… On ne fait pas que parler business ! Mon mot d’ordre : s’amuser ! Il ne faut pas que l’on sente cette retenue parfois propre aux rencontres orientées travail. Si on voit que quelqu’un est seul, on va lui parler. Cela fait partie du jeu !

Vous parliez de compétences qui manquent à certaines personnes, comment intervenez-vous à ce niveau là ?

Nous pratiquons beaucoup le troc de compétences ! Cela fonctionne principalement via les réseaux sociaux. On a plus de 42 000 abonnés sur Facebook, 5000 sur Twitter… Ca marche bien ! Ces échanges de compétences sont surtout très utiles aux personnes qui lancent leur entreprise : elles n’ont pas beaucoup de budget, mais elles ont souvent des savoir-faire que d’autres n’ont pas, et c’est là-dessus que ça marche.

Vous avez constaté une évolution dans l’entreprenariat féminin depuis 2010 ?

Oui, je crois qu’aujourd’hui les femmes ont moins peur que l’échec. C’est aussi vrai pour les hommes ! Dans un contexte économique plus difficile, et après la crise, les entrepreneurs se sont dit « bon, je ne suis pas le/la seul(e) à échouer ». Les success stories étaient plus rares. Il y a eu beaucoup de communication autour de l’échec, et l’on s’est décomplexé, je pense que ça a beaucoup aidé. Un phénomène assez intéressant est également apparu : celui des mompreneurs. C’est comme ça que l’on appelle ces femmes qui profitent d’une grossesse pour monter leur boîte. Elles se disent : c’est le moment de faire ce que je veux de ma vie, et l’occasion de pouvoir donner l’exemple à mes enfants. Les compagnons sont d’ailleurs en général très aidants, c’est très important.

Vous avez une bonne visibilité, vous êtes en contact avec des structures extérieures, vous recevez des aides ?

Nous n’avons pas de calendrier précis sur ce sujet. On marche en fonction des opportunités. Nos actions sont relayées par la Mairie de Paris, nous sommes en lien avec cet espace de co-working, Mutinerie, mais aussi avec HEC au féminin, l’ESSEC… La visibilité n’est pas ce qui nous manque le plus ! En 2013, on a même été invité au Parlement Européen. Une association avait été choisie dans chaque pays européen et nous y sommes allés ! C’était une expérience unique et enrichissante. A voir ce que l’avenir nous réserve !

Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !

 

Propos recueillis par Claire Le Gouriellec.

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